INTRODUCTION
Les inhibiteurs
calciques ou antagonistes du calcium sont
des médicaments qui permettent d'inhiber
le transfert membranaire du calcium dans
les cellules musculaires cardiaques et les
cellules musculaires vasculaires. Ils diminuent
les résistances périphériques vasculaires
et la consommation en oxygène du myocarde.
Leurs indications sont multiples, elles
comprennent : hypertension artérielle, angor
et crises de tachycardie jonctionnelle paroxystique
ou leur traitement préventif.
MECANISME
D'ACTION 1
- Au niveau cellulaire.
Les inhibiteurs
calciques diminuent l'entrée du calcium
au cours du plateau du potentiel d'action,
succédant normalement à l'excitation d'une
cellule contractile et bloquent ainsi l'action
de l'ATPase des myofibrilles. Cet effet
est lié à une inhibition sélective de la
fréquence d'ouverture des canaux calciques
dépendant du voltage cellulaire.
L'inhibition de l'entrée
du calcium provoque bien sûr une réduction
du relargage du calcium par le réticulum
sarcoplasmique, entraînant donc au niveau
des cellules musculaires myocardiques, une
diminution de la force contractile et de
la consommation d'oxygène au niveau du myocarde.
De même, au niveau des cellules musculaires
lisses des artérioles, il existe une diminution
de l'activité des protéines contractiles
aboutissant donc à un effet vaso-dilatateur.
De plus, certains
antagonistes du calcium ont des effets inotropes
négatifs et chronotropes négatifs car ces
inhibiteurs calciques ralentissent la conduction
de l'influx cardiaque et permettent donc
d'obtenir une action anti-arythmique.
2 - Au niveau de l'organisme
L'effet principal
des antagonistes du calcium est l'abaissement
des résistances artériolaires, provoquant
une diminution de la charge du travail systolique
du cœur et donc une baisse de la consommation
d'oxygène du myocarde . Cet effet inotrope
négatif entraîne rarement une baisse de
la performance cardiaque au repos ou à l'effort,
chez les sujets ayant une fonction ventriculaire
normale, du fait d'un équilibre entre la
diminution de la force contractile et celle
de la post-charge.
Par contre, il existe
un effet inotrope négatif qui s'exprime
parfois lorsque la fraction d'éjection du
ventricule gauche est déjà atteinte, et
l'abaissement de la charge de travail systolique
rend donc les inhibiteurs calciques contre-indiqués
dans l'insuffisance cardiaque.
CLASSIFICATION
DES INHIBITEURS CALCIQUES ET PRINCIPALES PROPRIETES
PHARMACOLOGIQUES
Les effets thérapeutiques et toxiques
des digitaliques sont dose-dépendants.
Leur dosage plasmatique doit s'effectuer
à jeûn, après 4 demi-vies,
ce qui correspond à 1 semaine pour
la digoxine, et 3 semaines pour la digitoxine,
à distance de la prise (au moins
6 heures).
A) Les dihydropyridines
:
1 - Les médicaments
de la classe :
Le chef de file de
cette classe médicamenteuse est la nifédipine
(ADALATE), les autres médicaments de cette
classe sont l'amlodipine (AMLOR), félodipine
(FLODIL), isradipine (ICAZ) , lacidipine
(CALDINE), nicardipine (LOXEN), nitrendipine
(BAYPRESS).
Il existe de plus
une dihydropyridine utilisée dans le cadre
des pathologies neurologiques à type de
spasmes des artères cérébrales au décours
d'hémorragies méningées, il s'agit de la
nimodipine (NIMOTOPE).
1.1 - Propriétés pharmacologiques
:
Les inhibiteurs calciques
sélectifs des canaux calciques présents
dans la famille des dihydropyridines, ont
un tropisme vasculaire prépondérant avec
un effet vasodilatateur artériel très puissant
supérieur à celui des autres inhibiteurs
calciques. De plus, ils ont une action moins
marquée sur le myocarde. Ils n'ont aucune
action sur le tissu de conduction. Leurs
effets s'expriment donc principalement par
une baisse de la pression artérielle sans
modification du rythme cardiaque. L'action
vasodilatatrice s'accompagne d'un puissant
effet préventif et curatif des spasmes artériels,
cette propriété a donc été mise à profit
dans les maladies liées au spasme des artères
coronaires (angor de printzmetal), et aussi
des artères à destinée encéphalique ou inter
digitale (syndrome de Raynaud).
1.2 - Effets secondaires
:
La prédominance
de l'effet artériel périphérique s'accompagne
bien évidemment d'effets indésirables fréquents
à type de céphalées ou d'œdèmes des membres
inférieurs. Ces effets secondaires sont
d'autant plus fréquents que la variation
de concentration plasmatique est brutale.
Les formes à libération prolongées ont permis
d'éviter les pics de concentration et de
réduire ainsi la fréquence de ces effets
indésirables.
>B) Bépridil :
Cet inhibiteur calcique
est différent des autres inhibiteurs calciques
car il existe une activation des canaux
calciques lents et du canal calcique rapide
qui induit un allongement des périodes réfractaires
au niveau auriculaire et au niveau du faisceau
de His avec un allongement de l'espace QT
et potentiellement risque de torsades de
pointe.
Cette molécule a
un effet anti-arythmique et un effet anti-angineux
très puissant mais il nécessite une surveillance
attentive notamment de l'électro-cardiogramme.
Il s'agit en fait
d'une activité anti-arythmique de type classe
I qui se rapproche de la classe des Quinidiniques.
C) Diltiazem et Vérapamil
:
Les autres antagonistes
calciques appartiennent au groupe des benzothiazépines
pour le diltiazem et aux phénylalkylamines
pour le vérapamil.
Ces deux molécules
ont un tropisme mixte, à la fois vasculaire
et myocardique, toutefois le vérapamil déprime
davantage les fonctions chronotrope, dromotope
et inotrope du myocarde que les benzothiazépines
(diltiazem).
Ces médicaments ont
une action vaso-dilatatrice artériolaire
associée à une action anti-spastique majeure
et s'accompagne en outre, donc d'un ralentissement
de la fréquence sinusale et de la conduction
intra-cardiaque. Ils diminuent la consommation
d'oxygène du myocarde par réduction de la
post-charge et de la fréquence cardiaque.
INDICATION
THERAPEUTIQUE 1
- Hypertension artérielle :
Les antagonistes
calciques font partie des traitements de
3ème intention de l'hypertension artérielle
essentielle. Ce sont surtout les formes
actives en une prise sur 24 heures donc
les formes à libération prolongées qui sont
utilisées dans l'indication concernant l'hypertension
artérielle. Plusieurs études récentes (NORDIL
et INSIGHT) ont démontré que les antagonistes
du calcium pouvaient réduire la fréquence
des complications de l'hypertension artérielle,
notamment diminuer les chiffres de mortalité
globale.
Ils ont bien sur
démontré leurs capacités à baisser les chiffres
tensionnels.
Il existerait une
différence non significative entre la classe
des benzothiazépines et des phénylalkylamines
par rapport aux dihydropyridines en ce qui
concerne la mortalité de ces patients hypertendus(
faisant donc préférer le diltiazem et le
vérapamil par rapport aux dihydropyridines).
L'introduction du
traitement ne nécessite aucune précaution
particulière avec les médicaments de la
classe des dihydropyridines par contre pour
le vérapamil et le diltiazem, il convient
de s'assurer de l'absence de troubles de
la conduction grâce à l'électrocardiogramme.
Tous les antagonismes
du calcium administrés per os à l'exception
bien sur du bépridil, ont l'autorisation
de mise sur le marché dans le traitement
de l'hypertension artérielle pour une ou
plusieurs des formes commercialisées par
molécules. Enfin, il existe un traitement
des poussées hypertensives sévères grâce
à la nicardipine (LOXEN injectable) permettant
lors de poussées d'hypertension artérielle
malignes de faire appel à cette molécule
pour la baisse des chiffres tensionnels
en urgence.
2 - Prévention de
la crise angineuse
Les calciums bloqueurs
retardent bien sur l'apparition des signes
d'ischémie myocardive lors des épreuves
d'effort et diminue la fréquence des crises
angineuses. Ce sont des médicaments dont
l'efficacité est démontrée dans le traitement
des angines de poitrine dues à un spasme
artériel coronaire.
Plusieurs études
ont été menées dans l'angor instable à la
phase aiguë de l'infarctus du myocarde ou
en post infarctus, dans toutes ces études,
il s'avère que les inhibiteurs calciques
notamment la nifédipine s'avère inefficace
voire délétère. Le diltiazem administré
en post-infarctus ne modifie en rien la
mortalité globale, mais réduit uniquement
les récidives angineuses et les réinfarcissements.
Par contre, le vérapamil a été administré
en post-infarctus et ne modifie en rien
la mortalité globale. Il n'existe donc aucune
indication des inhibiteurs calciques dans
le post-infarctus, et ils ne doivent être
considérés comme une alternative aux traitements
bêtabloquants que lorsque celui-ci est mal
supporté et on ne peut prescrire que le
vérapamil, dans cette indication.
Il faut noter que
le diltiazem injectable a une indication
à type de prévention des accidents ischémiques
au décours des anesthésies générales chez
les coronariens qui permettent d'utiliser
lors de la chirurgie, ce médicament en prévention
d'éventuels accidents ischémiques myocardiques.
3 - Les troubles du
rythme :
Le vérapamil et le
diltiazem ont par ailleurs reçu une autorisation
de mise sur le marché dans le traitement
des troubles du rythme supra-ventriculaire
: les formes injectables sont utiles pour
réduire les crises de tachycardie supra-ventriculaire
de type Bouveret. Les formes orales permettent
de ralentir la fréquence ventriculaire et
de prévenir la récidive des troubles à type
de fibrillations auriculaires ou des flutters
auriculaires.
LES
EFFETS INDESIRABLES Ils
sont pour la plupart liés aux effets vasodilatateurs
puissants artériolaires ; il s'agit d'œdème
des membres inférieurs, de céphalées et
de flush. Ces effets indésirables sont plus
fréquents avec la classe des dihydropyridines.
Les œdèmes des membres inférieurs sont en
particulier plus fréquents chez des patients
ayant des insuffisances du retour veineux
et en pratique, l'existence d'une pathologie
veineuse des membres inférieurs doit contre-indiquer
l'utilisation des médicaments de cette classe.
Le diltiazem et le
vérapamil exposent bien sur à des risques
de troubles de la conduction auriculaire,
voire auriculo-ventriculaire. Ce risque
est dose dépendant et majoré lors de la
prescription associée avec des bêtabloquants.
Il n'est donc pas licite d'utiliser simultanément
le diltiazem et le vérapamil et d'autre
part, d'utiliser un bêtabloquant bradychardisant
(dénué d'activité sympathomimétique intrinsèque)
avec le diltiazem et le vérapamil.
Il faut noter aussi
qu'il n'existe aucune indication des inhibiteurs
calciques chez la femme enceinte.
Il n'est absolument
pas recommandé d'effectuer un traitement
par inhibiteurs calciques lors de manifestations
d'insuffisance cardiaque.
Tableau
1 : Effets indésirables des antagonistes
calciques.
|
DCI |
Spécialité |
Fréquence
(%) |
Céphalées |
Vertiges |
GI |
Flush |
Paresthésie |
Dépression
conduction
S.A. - A.V. |
IVG |
Hypo TA |
Oedèmes |
Angor aggravé |
|
Nifédipine |
Adalate
® |
20 |
*** |
*** |
* |
*** |
* |
0 |
0/* |
* |
** |
* |
|
Nifédipine LP |
Adalate
® LP |
10 |
* |
* |
* |
* |
* |
0 |
0/* |
* |
* |
0 |
| Nicardipine |
Loxen
®
(et LP) |
20 |
*** |
*** |
* |
*** |
* |
0 |
0 |
* |
** |
* |
| Nitrendipine |
Nidrel ® |
20 |
** |
* |
* |
** |
* |
0 |
0/* |
* |
* |
* |
| Amlodipne |
Amlor ® |
15 |
** |
* |
* |
* |
* |
0 |
0 |
* |
** |
0 |
| Isradipine |
Izcar ® |
15 |
** |
** |
* |
* |
* |
0 |
0 |
* |
** |
0 |
| Diltiazem |
Tildiem ® |
5 |
* |
* |
* |
* |
0 |
*** |
* |
* |
* |
0 |
| Diltiazem
LP |
Tildiem LP ® |
5 |
* |
* |
* |
* |
0 |
*** |
* |
* |
* |
0 |
| Vérapamil |
Isotopine
® |
8 |
* |
* |
*** |
0 |
0 |
*** |
** |
* |
* |
0 |
| Vérapamil |
Isotopine LP ® |
8 |
* |
* |
*** |
0 |
0 |
*** |
** |
* |
* |
0 |
| Bépridil |
Cordium ® |
15 |
0/* |
0/* |
* |
0 |
0 |
*** |
** |
0/* |
0 |
0 |
|
0 : absent
* : rare
** : occasionnel
*** : fréquent
A.V. : auriculo-ventriculaire
S.A. : sino-ventriculaire
GI : gastro-intestinal
HypoTA : hypotension artérielle
IVG : insuffisance cardiaque congestive
|
Tableau
2: Caractéristiques pharmacocinétiques
et posologie des antagonistes calciques.
| DCI |
Nifédipine |
Diltiazem |
Vérapamil |
Bépridil |
Nicardipine |
|
Spécialité |
Adalate ® |
Tildiem ®
BiTildiem ® Dilrène
® |
Isoptine ®
Arpamyl ® |
Unicordium ® |
Loxen ® |
|
Présentation |
gélule 10 mg Cp 20
mg(LP) amp IV 0.2mg |
cp 60-90-120 gél 300*
(LP) amp IV 25,100* |
40-120 mg cp 240 (LP)
amp IV 5 mg |
cp 100 mg |
cp 20 mg gél 50 mg
(LP) amp IV 5mg |
|
Absorption p.o. Biodisponibilité T
½ (élim.) |
90-100 % 30-70 % 2-4
h |
90% 20-70 % 4-7 h |
90-100 % 10-20 % 4-8
h |
60 % 7-30 h |
90-95 % 20-40 % 3-4
h |
|
Durée d’action |
gél : 4-6 h LP :
10-12 h |
gél : 8-12 h LP :
24 h |
8-10 h (LP) |
- |
10-12 h |
Elimination :
-> rénale -> fécès |
70-80 % |
35 % 65 % |
75 % 25 % |
- - |
60 % 40 % |
|
Fixation protéique |
95 % |
80-90 % |
80-90 % |
65 % |
90 % |
|
Posologie HTA |
LP 20-40 mg/j (2 prises) |
LP 300 mg/j (1 prise) |
LP 240 mg/j (1 prise) |
- |
LP 50 mg/j (1 prise)
cp 20-60mg/j (2 prises) |
|
Posologie Angor |
30-60 mg/j (3-4 prsies)
max 6 prises/j |
LP 300 mg/j (3-4 prises)
BiTildiem R 90-120 (2
prises) |
240-360 mg/j (3-4 prises) |
300-600 mg/j (2-3 prises) |
- |
|
Autres indications |
HTA aiguë1 gél s.l.
spasmes cor. (intra-cor.) |
TSV(x) 25 mg IV spasme
cor. (intr -cor.) |
TSV(x)5-10 mg IV CMO
240-480mg/j |
Tr. Rythme (effet classe
I) 200-30 mg/j |
HTA sévère 1.5 mg IV |
|
Métabolisme |
Foie |
Foie |
Foie°° |
Foie |
Foie |
|
(x) : contre-indication
en cas d'altération de la fonction
VG
· : usage hospitalier strict
· :cardiomyopathie obstructive
Sl : Sub lingual
TSV : tachycardie supra-ventriculaire
°° : Métabolismes actifs
T1/2 : ½ vie d'élimination
Cor : coronaire |
|
DCI |
Nitrendipine |
Amlodipine |
Isradipine |
Caldine |
Lercanidipine |
|
Spécialité |
Nidrel ® Baypress
® |
Amlor ® Vaskyl ® |
Izar ® LP 10
|
Lacidipine |
Lercan ® Zanidip ® |
|
Présentation |
cp 10-20mg |
gél 5-10 mg |
cp 5-10mg |
cp 2 mg cp 4 mg |
cp 5-10 mg |
|
Absorption p.o. Biodisponibilité T
½ (élim.) |
80 % 10-50 % 12 h |
60-65 % 35-50 h |
95 % 17 % 9 h |
95 % 2 - 9 % 10 - 35 h |
80 % 10 - 20 % 12 - 24 h |
|
Durée d’action |
16 h |
>24 h |
- |
> 24 h |
> 24 h |
Elimination :
-> rénale -> fécès |
15 % 77 % |
60 % 25 % |
70 % 30 % |
30 % 70 % |
70 % 30 % |
|
Fixation protéique |
80 % |
97 % |
97 % |
> 95 % |
97 % |
|
Posologie HTA |
10-40 mg/j (1-2 prises) |
5-(10) mg/j (1 prise) |
LP 10 mg/j (1 prise) 5-20 mg/j (2
prises) |
6 mg (1 prise) |
10 mg (1 prise) |
|
Posologie Angor |
- |
5-10 mg/j (1 prises) |
7.5-22.5 mg/j (2-3 prises) |
- |
- |
|
Autres indications |
- |
- |
- |
- |
- |
|
Métabolisme |
Foie |
Foie |
Foie |
Foie |
Foie |
(x)
: contre-indication en cas d'altération
de la fonction VG · : usage hospitalier
strict · :cardiomyopathie obstructive
Sl : Sub lingual
TSV : tachycardie supra-ventriculaire
°° : Métabolismes actifs
T1/2 : ½ vie d'élimination
Cor : coronaire |
|