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INTRODUCTION
L'utilisation des
amines sympathomimétiques, c'est-à-dire,
en pratique essentiellement des catécholamines,
reste depuis plus de 30 ans, l'un des traitements
de première importance des états
de choc. La physiologie des récepteurs
adrénergiques, les caractères
propres de chaque catécholamine et
surtout le contexte pathologique, incluant
la réponse de l'organisme à
l'agression, expliquent les modalités
d'utilisation de ces médicaments
en réanimation, notamment au cours
des états de choc.
RECEPTEURS ADRENERGIQUES
:
1 - Classifications
des récepteurs adrénergiques
:
L'action des catécholamines
va s'exercer par l'intermédiaire
de 3 grandes classes de récepteurs
: les récepteurs alpha et bêta
adrénergiques, et les récepteurs
dopaminergiques.
1.1 - Les récepteurs
1
adrénergiques :
Ils sont localisés
de manière prédominante au
niveau des muscles lisses des vaisseaux,
du tractus génito urinaire, de l'intestin,
mais aussi des hépatocytes et du
cur.
1.2 - Les récepteurs
2
adrénergiques :
Ils sont au contraire
essentiellement situés au niveau
des extrémités des neurones
et donc qualifiés de présynaptiques.
Ils existent également au niveau
des vaisseaux où ils ont un effet
vasoconstricteur ; cet effet est le résultat
de l'inhibition de la production d'AMP cyclique
par l'inhibition de l'adénine cyclase
via une protéine G inhibitrice. On
trouve enfin des récepteurs alpha
2 sur les cellules bêta des îlots
de langerhans ou ils inhibent l'insulino
sécrétion et sur les plaquettes
dont ils favorisent l'agrégation.
1.3 - Les récepteurs
ß adrénergiques :
Ils
sont subdivisés en récepteurs
bêta 1 à localisation cardiaque
et en bêta 2 situés sur les
muscles lisses vasculaires, bronchiques,
intestinaux et génito urinaires,
le muscle strié et les hépatocytes.
En réalité, une proportion
relativement importante de l'effectif total
des récepteurs bêta myocardiques
est de type bêta2. Les agonistes des
récepteurs bêta 1 induisent
un effet chronotrope et inotrope cardiaque.
Les agonistes des récepteurs bêta2
entraînent une vasodilatation et une
bronchodilatation et des effets similaires
à l'activation bêta 1 au niveau
du myocarde ; en outre, il favorise la glycogénolyse
et le captage potassique sarcoplasmique.
Enfin, il existe des récepteurs bêta
2 presynaptiques dont l'activation stimule
la libération synaptique de noradrénaline.
2
- Régulation des récepteurs
adrénergiques :
Il existe une régulation
complexe des récepteurs adrénergiques
dont le résultat est de pouvoir moduler
la réponse à l'exposition
aux agonistes. D'une manière générale,
la diminution de réponse à
l'exposition d'un agoniste est appelée
désensibilisation. Cette désensibilisation
se produit pratiquement pour tous les récepteurs
de surface lorsqu'il sont exposés
de façon continue ou répété
à un agoniste.
Les agonistes
peuvent aussi entraîner une séquestration
des récepteurs, phénomène
survenant en quelques minutes et consistant
en une internalisation du récepteur
à l'intérieur de la membrane
cellulaire. Ce phénomène est
rapidement réversible dès
lors que la stimulation bêta agoniste
cesse. Lorsque l'exposition à l'agoniste
est plus prolongée (heures ou jours),
on observe alors une véritable down
régulation qui implique une diminution
permanente du nombre des récepteurs
de la surface cellulaire et leur dégradation
définitive.
PHARMACOLOGIE
DES PRINCIPAUX AGONISTES ADRENERGIQUES :
L'activité
pharmacodynamique des catécholamines
résulte non seulement de leur effet
sur les récepteurs adrénergiques,
mais aussi se la mise en jeu de mécanismes
réflexes de l'organisme (en particulier
baroréflexes). Il faut enfin considérer
que l'activité de certains médicaments
sympathomimétiques est d'ordre indirect,
en favorisant la libération de noradrénaline
par les terminaisons présynaptiques.
D'une manière
générale, les catécholamines
ont une demi-vie très courte, ce
qui impose en pratique leur perfusion continue.
Il n'y a pas de modification notable de
leur pharmacocinétique en cas d'insuffisance
rénale ou hépatique, compte
tenu de leur métabolisme ubiquitaire.
Les effets pharmacodynamiques
des agonistes adrénergiques sont
caractérisés par l'existence
d'une concentration seuil à partir
de laquelle, l'effet attendu est décelable
(de l'ordre de 100 pg/ml pour l'adrénaline
et de 1000 pg/ml pour la noradrénaline),
puis dans l'accroissement linéaire
de l'effet en fonction du logarithme des
concentrations. Posologie et concentration
plasmatique sont liées par une relation
linéaire.
Les effets généraux
des agonistes adrénergiques utilisables
dans les défaillances circulatoires
sur les différents types des récepteurs
sont résumés dans les tableaux
n°1 et 2. L'administration de ces drogues
obéit des règles précises
pour assurer une sécurité
et une efficacité maximale. Elle
doit être, sauf exceptions spécifiques,
strictement intraveineuse, préférablement
via un cathéter central. L'extravasation
du médicament expose en effet à
un risque de nécrose cutanée
. La posologie doit être ajustée
aux objectifs thérapeutiques en respectant
des paliers de 10 à 15 minutes, suffisant
pour juger de l'effet clinique. Un débit
parfaitement constant doit être assuré
par l'intermédiaire d'un pousse-seringue
ou d'une pompe à perfusion. Compte
tenu de la courte demi-vie d'élimination,
toute interruption intempestive de la perfusion
peut entraîner des conséquences
hémodynamiques graves. Le monitorage
strict de la pression artérielle,
préférentiellement par voie
sanglante chez les patients en état
de choc, est une règle de sécurité
minimale. La surveillance de l'index cardiaque
et des index de perfusion régionales
sont également souhaitables.
1 - L'adrenaline :
L'adrénaline
est une hormone endogène synthétisée
à partir de la noradrénaline.
Elle est produite et sécrétée
principalement par la surrénale en
réponse au stress.
1.1
- Lorsqu'elle est administrée en
perfusion continue chez l'homme adulte sain,
elle entraîne à faible dose
une stimulation préférentielle
des bêta récepteurs, générant
une diminution globale des résistances
vasculaires et une augmentation de la fréquence
cardiaque et de la contractilité.
Il en résulte un élargissement
de la pression artérielle avec augmentation
modérée de la systolique et
diminution de la diastolique, une diminution
des résistances vasculaires pulmonaires,
une augmentation du volume d'éjection
systolique, du travail systolique ventriculaire
gauche et du débit cardiaque. A doses
plus élevées, les résistances
vasculaires systémiques vont augmenter,
expliquant l'accroissement de la pression
artérielle avec des effets variables
sur les débits cardiaques, fonction
de l'importance de l'accroissement de la
post-charge. L'adrénaline réduit
le débit sanguin rénal et
cutané, y compris à faible
dose. En revanche, les débits sanguins
splanchnique et musculaire sont augmentés,
au moins à faible dose.
1.2
- Les effets extra circulatoires
de l'adrénaline sont nombreux : bronchodilatation
et inhibition de la dégranulation
mastocytaire résultent de la stimulation
des bêta 2 récepteurs. Les
effets métaboliques sont également
liés à la stimulation bêta.
Ils comprennent un accroissement de la glycémie,
des lactates, du bêta-hydroxybutirate,
des acides gras libres et une réduction
de la kaliémie et de la phosphorémie
par transfert intracellulaire. Une acidose
métabolique transitoire peut parfois
être observée chez des patients
en état de choc.
1.3
- L'adrénaline reste le médicament
de choix du choc anaphylactique en raison
de son effet vasoconstricteur limitant la
dégranulation mastocytaire, réduisant
le bronchospasme et l'hyperméabilité
capillaire.
Elle est en outre depuis longtemps utilisée
au décours immédiat de la
chirurgie cardiaque. Elle induit une augmentation
modérée de la pression artérielle
(dose inférieure à 0.1 µg.kg
par minute) et une augmentation significative
de l'index cardiaque et du volume d'éjection
systolique. En outre, l'adrénaline
pourrait induire une tachycardie moindre
que la dobutamine. Une association synergique
avec les inhibiteurs de la phosphodiestérase
a été démontrée.
Comparée
à d'autres catécholamines,
l'adrénaline peut être considérée
comme le médicament "à
tout faire" du choc septique. Les gammes
posologiques usuelles sont très larges,
variant de 0.5 à 5 µg/kg/mn.
Utilisée en seconde intention après
échec de la dopamine, elle améliore
la pression artérielle par un effet
équilibré sur les résistances
vasculaires systémiques et l'index
cardiaque.
Enfin, l'adrénaline
reste le médicament de première
intention au cours de l'arrêt circulatoire.
La dose actuellement recommandée
est toujours de 1 mg, administrée
par voie intraveineuse toutes les 3 à
5 minutes pendant la réanimation.
De nombreuse études se sont attachées
à évaluer la posologie optimale
de l'adrénaline ; les résultats
de celle ci sont contradictoires. Le bénéfice
de fortes posologies n'est donc pas pour
l'instant établi. La voie veineuse
doit toujours être préférée
à la voie endotrachéale. Cette
dernière peut cependant être
utilisée en l'absence de voie veineuse,
à condition d'utiliser un cathéter
fin introduit le plus distalement possible
dans le voies aériennes et des posologies
probablement 5 fois supérieures à
celles utilisées pour la voie veineuse.
2 - La noradrénaline
:
La noradrénaline
est le médiateur chimique libéré
par les neurones adrénergiques post-ganglionnaires
; c'est aussi le précurseur de la
biosynthèse de l'adrénaline.
A la différence de l'adrénaline,
la noradrénaline est quasiment dépourvue
d'effets bêta 2 agonistes.
2.1 -
La noradrénaline augmente la pression
artérielle systolique et diastolique
de façon importante, essentiellement
par l'intermédiaire d'un accroissement
des résistances vasculaires systémiques
; le débit cardiaque peut s'accroître
modérément, rester stable
ou décroître. Il n'existe,
en général, pas de tachycardie
importante, en raison de la mise en jeu
baroréflexe du système vagal
consécutive à l'augmentation
de pression artérielle. Comme l'adrénaline,
la noradrénaline est un vasoconstricteur
dans la circulation splanchnique, rénale
et pulmonaire. Les effets extra circulatoire
de la noradrénaline sur la glycémie,
le taux de bêta-hydroxybutyrate et
d'acides gras libres plasmatiques sont plus
modérés qu'avec l'adrénaline.
2.2 -
La noradrénaline peut être
utile dans le choc cardiogénique
de l'infarctus du myocarde, puisque le déterminant
majeur du transport d'oxygène au
myocarde est le gradient de pression artérielle
diastolique du ventricule gauche. Le maintien
d'une pression artérielle suffisante
est donc un objectif important qui peut
être obtenu avec la noradrénaline,
éventuellement après échec
d'autres catécholamines . En effet,
il existe indiscutablement un risque d'augmentation
délétère de la post-charge
ventriculaire. Celui-ci peut cependant être
réduit par l'association de noradrénaline
à un médicament inodilatateur
tel que dobutamine, dopexamine, ou inhibiteur
des phosphodiestérases.
2.3 -
Au cours du choc septique, la noradrénaline
connaît un regain d'intérêt
depuis une dizaine d'années, utilisée
à des posologies variant de 0.3 à
2.5 µg/kg/mn. Elle est recommandée
dans cette indication en cas de résistance
à la dopamine, et en association
avec la dobutamine, ce qui autorise un maintien
ou une augmentation du transport d'oxygène.
Les effets hémodynamiques globaux
de cette association sont similaires à
ceux de l'adrénaline.
Tableau 1 :
Principales caractéristiques pharmacocinétiques
des amines sympathomimétiques chez
l'adulte
| |
ADRENALINE |
NORADRENALINE |
| Demi-vie
plasmatique (min) |
2-3 |
0.6-3 |
| Volume
de distribution (l/kg) |
? |
? |
| Clairance
plasmatique (ml.kg.min) |
35-90 |
20-100 |
Tableau 2 :
Propriétés pharmacologiques
des principales amines sympathomimétiques
| |
Récepteurs
 |
Récepteurs
ß1 |
Récepteurs
ß2 |
| Adrénaline |
+
+ + |
+
+ + |
+
+ + |
| Noradrénaline |
+
+ + |
+
+ + |
0 |
|