|
INTRODUCTION
Les inhibiteurs de
l'enzyme de conversion (IEC) constituent
une classe thérapeutique originale dont
les propriétés résultent d'une action sur
les mécanismes régulateurs neurohormonaux
de l'hémodynamique. Les IEC forment un groupe
thérapeutique récent, prenant une part importante
dans le traitement de l'hypertension artérielle
systémique, et de l'insuffisance cardiaque
congestive et du post infarctus avec ou
sans insuffisance cardiaque mais une fraction
d'éjection basse < 40%.
CLASSIFICATION
ET PHARMACOCINETIQUE
1 - IEC et enzyme de
conversion (Kininase 2)
L'enzyme de conversion
est une métalloenzyme appartenant à la famille
des carboxypeptidases. Elle est susceptible
d'agir sur de nombreux substrats-peptidiques.
Elle clive la partie C terminale de l'angiotensine
1 en libérant l'angiotensine 2 et un dipeptide.
L'affinité des IEC pour l'enzyme de conversion
varie suivant les produits, il est possible
de classer les IEC selon l'élément structural
qui interagit avec l'enzyme de conversion
(Kininase 2). On trouve alors des IEC interagissants
par différentes fonctions :
fonction sulfhydrile
fonction cardoxylique
fonction phosphorée.
Cette classification
chimique des IEC n'a pour l'instant pas
d'application directe en thérapeutique.
2 - Résorption digestive
:
La plupart des IEC
commercialisés actuellement sont résorbés
pratiquement entièrement par le tractus
digestif. Seul le Lisinopril est incomplètement
et lentement résorbé.
3 - Métabolisme :
Le Captopril,
premier IEC commercialisé, a une demi-vie
d'élimination courte, mais il a la caractéristique
de pouvoir se lier aux protéines, ou à lui-même
sous forme de dimère, ce qui explique qu'une
libération progressive peut intervenir dans
l'organisme. Il en résulte une durée d'action
beaucoup plus prolongée que le laisse supposer
la courte demi-vie du produit.
Le Quinapril
a également une demi-vie courte (2 heures),
mais il entraine un bloquage prolongé de
l'enzyme de conversion, ce qui autorise
une seule prise journalière.
4 - Elimination :
Beaucoup d'IEC ont
une élimination pratiquement exclusivement
rénale, ce qui impose une réduction des
posologies en cas d'insuffisance rénale.
D'autres ont une élimination rénale et hépatique
à 50% des cas, certains une élimination
hépatique et rénale adaptative selon s'il
existe une insuffisance rénale ou hépatique.
Quoi qu'il en soit, l'insuffisance rénale
n'est pas une contre-indication formelle
à la prescription d'IEC. Elle demande une
surveillance plus rapprochée de la fonction
rénale.
MECANISME D'ACTION
ET PROPRIETES DES IEC
Le bloquage de l'enzyme
de conversion (Kininase 2) par les IEC est
un phénomène spécifique n'affectant pas
les autres protéases. Il empêche l'enzyme
de conversion d'agir sur ses cibles naturelles
notamment l'angiotensine 1 et la bradykinine.
1 - Effets hormonaux
:
1.1 - Effet sur le
système rénine-angiotensine-aldostérone
:
Les IEC empèchent
la transformation d'angiotensine 1 en angiotensine
2. La diminution de production de ce vasoconstricteur
très puissant qu'est l'angiotensine 2 est
estimé à environ 50%. Il en résulte une
formation et une accumulation plasmatique
de rénine et d'angiotensine 1, ainsi qu'une
diminution de la synthèse d'aldostérone.
On observe alors une élévation de l'activité
rénine plasmatique chez le sujet sain, et
chez l'insuffisant cardiaque. L'action des
IEC sur la synthèse de l'aldostérone est
responsable parallèlement d'une accumulation
de potassium. La secrétion de l'aldostérone
est toutefois en partie stimulée par le
taux de potassium, ce qui évite une élévation
dangereuse de la kaliémie, au moins lorsque
la fonction rénale est normale.
1.2 - Effets sur le
système kallicréine-kinine et sur le système
des prostaglandines :
Une partie de l'action
hypotensive des IEC pourrait s'expliquer
par l'inhibition de la dégradation de la
bradykinine, substance douée de propriétés
vasodilatatrices. L'augmentation du taux
de bradykinine pourrait agir sur la production
de prostaglandines vasodilatatrices (PGI2
et PGE2), complétant ainsi l'action des
IEC au niveau de la fibre musculaire lisse
vasculaire, et au niveau rénal. L'augmentation
du taux de bradykinine est responsable d'un
effet secondaire validant : la toux.
1.3 - Effets sur les
catécholamines circulantes :
La diminution des
catécholamines circulantes induite par les
IEC s'explique au moins en partie par une
action périphérique : l'angiotensine 2,
par l'intermédiaire de récepteurs présynaptiques
à l'angiotensine favorise la libération
de noradrénaline au niveau des terminaisons
sympathiques, mais possède également une
action sur la libération des catécholamines
à partir de la médullo-surrénale ainsi qu'une
action facilitatrice au niveau des transmissions
ganglionnaires.
2 - Effets cardio-vasculaires
2.1 - Effets hémodynamiques
:
Au niveau vasculaire,
les IEC engendrent essentiellement une baisse
de la pression artérielle systémique, dont
le principal facteur responsable est la
chute de production d'angiotensine 2 plasmatique
et tissulaire, ce qui limite la vasoconstriction
artériolaire, malgré l'élévation par rétrocontrôle
négatif de la rénine. La chute de la pression
artérielle est à la fois systolique et diastolique.
L'effet sur la systolique est plus marqué
du fait d'un effet vasodilatateur non homogène
prédomiant au niveau des territoires musculaires
et affectant à la fois les artérioles et
les gros troncs artériels, dont la compliance
est améliorée.
Chez l'insuffisant
cardiaque, les IEC provoquent une vasodilatation
à la fois artérielle et veineuse responsable
d'une diminution de la post-charge, mais
aussi de la précharge. La chute de la pression
artérielle est habituellement peu importante,
et s'accompagne d'une augmentation nette
du volume d'éjection systolique et du débit
cardiaque et d'une chute de la pression
capillaire pulmonaire.
2.2
- Effets cardiaques :
A l'inverse des vasodilatateurs
artériels, les IEC ne modifient pas la fréquence
cardiaque et n'entraînent pas de tachycardie
réflexe.
Les IEC pourraient
par ailleurs exercer un effet bénéfique
au niveau de la circulation coronaire, en
s'opposant à la vasoconstriction induite
par la stimulation du système sympathique
au cours de l'ischémie myocardique.
2.3 - Effets rénaux
:
Malgré une diminution
de la pression artérielle, les IEC augmentent
le débit sanguin rénal, sans modifier la
filtration glomérulaire, du fait d'une chute
du tonus vasculaire des artérioles afférentes.
Dans l'insuffisance cardiaque, le débit
sanguin rénal, très diminué, augmente de
façon marquée en présence d'IEC, contribuant
alors à une majoration de la diurèse.
Les IEC ont par ailleurs
une action tubulaire rénale contribuant
à une augmentation de la diurèse par :
diminution de la libération d'aldostérone.
suppression de l'effet tubulaire
antinatriurétique de l'angiotensine 2.
potentialisation de l'effet natriurétique
des kinines et du facteur atrial natriurétique.
INDICATIONS DES
INHIBITEURS DE L'ENZYME DE CONVERSION 
1 - Hypertension artérielle
:
Les IEC ont prouvé
leur efficacité dans toutes les formes d'hypertension,
en dehors de l'HTA de l'hyperaldostéronisme
primaire lié à un adénome surrénalien. L'indication
élective des IEC est représentée par l'hypertension
à rénine élevée, ce qui correspond généralement
à l'hypertension essentielle du sujet jeune.
L'effet antihypertenseur des IEC est équivalent
à celui des diurétiques ou des bêta-bloquants
en monothérapie dans le traitement de l'HTA
essentielle. L'efficacité d'une monothérapie
par IEC, jugée sur le contrôle des chiffres
tensionnels, varie de 50 à 75 %. Cette efficacité
est obtenue dans un délais rapide d'environs
10 jours, sans phénomène d'échappement ultérieur.
L'observance du traitement
est facilité par la longue demi-vie des
molécules disponibles permettant une seule
prise quotidienne. Les IEC sont également
efficaces dans l'hypertension artérielle
essentielle à rénine basse ou normale. L'association
avec un diurétique thiazidique ou un diurétique
de l'anse renforce l'efficacité, et permet
de réduire le risque d'hypokaliémie induite
par les diurétiques.
2 - L'insuffisance
cardiaque congestive :
Depuis quelques années,
les IEC ont radicalement modifié le traitement
de l'insuffisance cardiaque congestive,
permettant une amélioration de la symptomatologie,
de la qualité de la vie et des performances
à l'effort des insuffisants cardiaques.
Le Captopril et l'Enalapril ont, les premiers,
prouvé leur efficacité à moyen terme sur
la survie.
Plusieurs études
menées avec le Captopril et l'Enalapril
ont démontré que les IEC en association
avec le traitement diurétique permettent
non seulement d'améliorer les signes fonctionnels
de l'insuffisance cardiaque mais encore
de réduire la mortalité à long terme. Les
études CONSENSUS de la VETERAN ADMINISTRATION
ainsi que les études SOLVD (Study Of Left
Ventricular Dilatation) ont formellement
établi ce fait.
Désormais, le traitement
de l'insuffisance cardiaque congestive à
forme dilatée ne se conçoit plus sans inhibiteur
de l'enzyme de conversion.
L'amélioration du
débit sanguin résulte essentiellement d'une
baisse de la postcharge, et à un moindre
degré, de la précharge. L'effet secondaire
clinique le plus gênant est le risque d'hypotension
artérielle à l'induction du traitement.
Dans l'insuffisance cardiaque congestive,
il est indispensable de débuter le traitement
par de petites doses, et d'augmenter progressivement
la posologie.
3 - Post-infarctus
:
De la même façon,
il a été démontré que l'administration des
inhibiteurs de l'enzyme de conversion dans
le post-infarctus était susceptible de modifier
la mortalité à long terme.
Les études SAVE (Survival And Venticular
Enlargment) et AIRE ont confirmé que la
prescription d'un inhibiteur de l'enzyme
de conversion (Captopril pour la 1ère, Ramipril
pour la seconde) améliorait la survie chez
les sujets à fonction ventriculaire gauche
altérée après infarctus (fraction d'éjection
inférieure à 0.40) ainsi que chez les sujets
ayant eu des manifestations d'insuffisance
ventriculaire gauche congestive à la phase
initiale.
Désormais, on ne peut pas concevoir le traitement
du post-infarctus dans ces deux circonstances
sans inhibiteur de l'enzyme de conversion.
Dans cette indication, on estime que les
inhibiteurs de l'enzyme de conversion interfèrent
avec les mécanismes de remodelage ventriculaire
gauche qui, dans les infarctus transmuraux
étendus, conduisent à la dilatation cavitaire
progressive et à l'insuffisance ventriculaire
gauche congestive.
Les IEC dans ces indications ont la capacité
de réduire la dilatation cavitaire ou en
tout cas d'en réduire la progression et
d'éviter la détérioration de l'état contractile
de la zone non intéressée par la nécrose.
4 - Prévention primaire
et secondaire des événements cardio-vasculaires
L'étude Hope réalisée
chez des patients diabétiques et/ou atteints
d'une pathologie vasculaire a démontré une
réduction des événements cardio-vasculaires
dans le groupe traité par ramipril. D'autres
études sont en cours en post infarctus ou
pontage (étude europa).
CONTRE-INDICATIONS
DES IEC
1
- Une allergie connues aux IEC est
une contre-indication absolue à l'utilisation
de ces produits.
2
- Par prudence, les IEC sont contre-indiqués
pendant la grossesse bien qu'ils n'aient
pas d'effet tératogènes connus chez l'être
humain.
3
- Une sténose bilatérale des artères rénales
ou une sténose sur rein unique sont des
contre-indications classiques aux IEC.
4
- L'insuffisance rénale est une contre-indication
aux IEC. Dans les formes moderées, les IEC
peuvent parfois être perscrits, à faible
dose et sous surveillance biologique stricte.
EFFETS INDESIRABLES
ET PRECAUTIONS D'EMPLOI
1 - Insuffisance
rénale :
L'insuffisance
rénale fonctionnelle, aiguë ou chronique
représente la complication la plus fréquente
en cas de prescription d'IEC.
On la
rencontre le plus souvent en cas :
de sténose d'une ou des deux artères
rénales,
d'hypovolémie induite par un régime
désodé strict ou un traitement diurétique
préalable.
2 - L'hypotension
artérielle :
Cet
effet indésirable est retrouvé généralement
dans les premiers jours du traitement, notamment
dès la première dose chez les patients à
risque, c'est à dire chez les sujets âgés
ou en insuffisance cardiaque avec activité
rénine plasmatique élevée.
On préconise
de débuter le traitement par de petites
doses (Captopril 6,25 mg), à administrer
préférentiellement le soir au coucher, avec
surveillance tensionnelle.
3 - L'hyperkaliémie
:
La survenue
d'une hyperkaliémie est une complication
grave, survenant le plus souvent en cas
d'administration de doses élevées d'IEC,
ou en cas de supplémentation potassique
inappropriée, d'utilisation intempestive
de diurétiques épargneurs de potassium,
ou en présence d'une insuffisance rénale
préexistante.
4 - La
toux :
La toux
sèche et isolée représente vraisemblablement
l'effet indésirable le plus fréquent des
IEC. Il se rencontre avec tous les IEC et
son mécanisme est inconnu. Elle survient
dans environ 15% des cas, elle cesse à l'arrêt
de la thérapeutique.
5 - Les
réactions d'hypersensibilité :
Elles
sont le plus souvent représentées par une
poussée d'urticaire, mais il existe des
effets indésirables plus graves, sous forme
d'oedème de QUINCKE, ou d'angio-oedèmes.
Ils surviennent le plus souvent au début
du traitement et imposent un arrêt immédiat
et définitif.
6 - Les
troubles cutanés :
Des
rashs cutanés ont été décrits, imposant
l'arrêt du traitement.
7 - Les
troubles digestifs sont rares :
Nausées,
gastralgies, douleurs abdominales, anorexies,
diarrhées ou constipations.
8 - Les
dysgueusies :
Les
troubles du goût sont classiques, pouvant
aller jusqu'à l'agueusie. Ils sont signalés
surtout avec le Captopril. Ils disparaissent
en général après quelques semaines de traitement
ou lors d'une simple diminution de posologie.
9 - Autres
effets indésirables :
Rarement
des manifestations d'asthénie ou de céphalées
peuvent ses rencontrer avec les IEC.
10 - Effets
indésirables du Captopril :
Certains
effets indésirables ont été décrits exclusivement
avec le Captopril qui est la première molécule
commercialisée. Il n'est pas exclu qu'on
observe ces effets à l'avenir avec d'autres
molécules. Ces effets indésirables sont
représentés par :
des cas exceptionnels d'aplasie
ou hypoplasie médulaire,
des protéïnuries, voire quelques
cas de glomérulopathie extra-membraneuses.
INTERACTIONS
MEDICAMENTEUSES
Certaines
interactions médicamenteuses sont à connaître
:
1 - Sels
de potassium et diurétiques épargneurs potassiques
:
Cette
association diurétique épargneurs de potassium
- IEC n'est pas formellement contre-indiquée,
elle impose simplement une surveillance
de la kaliémie, de plus elle est même indiquée
dans l'insuffisance cardiaque de stade 3
(suite à l'étude RALES).
2 - Neuroleptiques
et antidépresseurs tricycliques :
Comme
pour tut autre hypotenseur, ce type d'association
majore le risque d'hypotension orthostatique.
3 - Insuline
et sulfamides hypoglycémiants :
Certains
cas d'amélioration de la tolérance au glucose
ont été rapportés avec le Captopril ou l'Enalapril,
exposant au risque d'hypoglycémie.
4 - Lithium
:
L'introduction
des IEC chez un patient traité par lithium
peut entraîner une élévation de la lithémie.
CONCLUSION
L'intérêt
des IEC est désormais bien établi dans l'HTA
et l'insuffisance cardiaque congestive.
La tendance est de proposer cette classe
thérapeutique en première intention. Les
effets indésirables des IEC sont assez rares
et, le plus souvent banals, ce qui en fait
des produits souvent bien tolérés, à condition
de respecter les règles fondamentales de
prudence et de surveillance, notamment chez
le sujet âgé ou insuffisant rénal. |