GENERALITES Il
faut distinguer le traitement des troubles
du rythme en évolution (traitement de la
crise), et le traitement anti-arythmique
ayant pour but de prévenir une récidive.
En présence de troubles
du rythme cardiaque, l'urgence est généralement
de l'enregistrer et non de le réduire. Il
est capital d'essayer d'obtenir un enregistrement
ECG de bonne qualité avant de le traiter.
La tolérance fonctionnelle
d'un trouble du rythme dépend essentiellement
de sa fréquence et de la nature de la cardiopathie
sous-jacente, plutôt que de la nature du
trouble du rythme lui-même.
Tout trouble du rythme
mal supporté et s'accompagnant d'un collapsus
cardio-vasculaire avec perte de connaissance,
nécessite une réduction immédiate par cardioversion
externe. Dans ce cas, l'urgence impose parfois
une réduction sans que l'on connaisse la
nature exacte du trouble du rythme. Alors,
seul un enregistrement ECG préalable peut
permettre une analyse rétrospective.
L'obtention d'un
ECG de bonne qualité, avant réduction, est
d'autant plus importante que l'arythmie
est mal tolérée, et qu'il existe une cardiopathie
sous-jacente évoluée. En effet, le diagnostic
précis de la nature du trouble du rythme
est fondamental, non pas tant pour obtenir
sa réduction que pour guider la conduite
thérapeutique ultérieure. L'efficacité d'un
traitement anti-arythmique au long cours
ne peut évidemment être jugée que si on
connaît la nature exacte de l'arythmie.
Aucun antiarythmique
n'est spécifique d'une arythmie donnée.
Au contraire, certains anti-arythmiques
sont efficaces à tous les étages (atrial,
jonctionnel ou ventriculaire). C'est à dire
que la prescription anti-arythmique ne dépend
pas que de la nature de l'arythmie, mais
également de sa tolérance et de la cardiopathie
sous-jacente.
Aucune substance
anti-arythmique ne possède une efficacité
supérieure à 80 % devant une arythmie donnée.
A l'inverse, toutes peuvent avoir un effet
proarythmique (5 à 20 % des cas selon la
drogue), c'est à dire être responsable de
la survenue d'une arythmie, qui ne se serait
pas produite en l'absence de la drogue.
Tout trouble du rythme
doit faire rechercher un facteur déclenchant
favorisant. En particulier, la correction
de désordres métaboliques, ioniques ou gazométriques
est impérative.
Retenir, qu'en cas
de cardiopathie sous-jacente, la survenue
d'un trouble du rythme ventriculaire est
fréquemment un facteur de mauvais pronostic,
dans la mesure où il témoigne de la gravité
de la cardiopathie sous-jacente.
L'analyse de l'ECG
ne se limite par à celle du tracé en crise.
Le tracé post-crise peut révéler la cause
de l'arythmie : infarctus aigu, pré-excitation
ventriculaire...
Vous trouverez en annexe un extrait du " VIDAL
Cardiologique " sur le traitement des troubles
du rythme. Il en ressort clairement que dans
l'intérêt du patient, il ne faut pas lui prescrire
n'importe quoi n'importe comment et qu'il
existe des règles , souvent, de bon sens.
LES
MOYENS 1 -
Traitements médicamenteux
On dispose de plusieurs
familles d'anti-arythmiques. Ceux-ci agissent
en modifiant les cinétiques membranaires,
soit directement (inhibiteur du canal sodique
ou calcique, modification de la repolarisation),
soit indirectement par l'intermédiaire du
système nerveux autonome.
En 1970, Vaughan
et Williams ont proposé une classification
qui s'appuie sur les effets électrophysiologiques
des différents anti-arythmiques. Cette classification
est la plus universellement acceptée, mais
elle est basée sur des propriétés établies
in vitro sur des fibres cardiaques isolées.
Elle est donnée à titre indicatif seulement,
car elle n'a pas d'application clinique
directe.
Les différentes drogues
sont réparties en 4 classes :
Classe I : Drogues qui inhibent le courant
entrant sodique rapide, et déprime la phase
O du potentiel d'action : ce sont les "stabilisants
de membrane". On différencie 3 sous-groupes
:
- drogues qui allongent le potentiel d'action
(quinidine : LONGACOR, SERECOR - disopyramide
: RYTHMODAN, EXACOR),
- drogues qui raccourcissent la durée du
potentiel d'action (lidocaïne : XILOCAINE
- mexilétine : MEXITIL),
- drogues ne modifiant pas la durée du potentiel
d'action (flécaïnide :FLECAINE ; propafénone
: RYTHMOL - cibenzoline : CIPRALAN, EXACOR)
Classe II : Cette classe comprend les bêta-bloqueurs,
dont les effets antiarythmiques sont obtenus
grâce à leur action anticatécholaminergique.
Classe III : Drogues qui inhibent la sortie
du potassium et prolongent la durée du potentiel
d'action (amiodarone : CORDARONE - sotalol
: SOTALEX).
Classe IV : Cette classe est composée des
inhibiteurs calciques, qui diminuent le
courant entrant calcique, (verapamil : ISOPTINE
- diltiazem : TILDIEM).
Retenir que pour
un patient ou une molécule donnée, il n'existe
aucun schéma thérapeutique absolu permettant
de prévoir l'efficacité. Certaines règles
peuvent toutefois être énoncées :
La correction des désordres métaboliques,
ioniques ou gazométriques, doit être réalisée
en priorité. L'hypoxie, l'acidose et surtout
l'hypokaliémie (diurétiques) sont fréquemment
associées.
L'association de 2 antiarythmiques d'une
même classe est illogique et en règle inefficace.
Certaines associations sont dangereuses
et doivent être évitées. Il s'agit des associations
des classes 1.a et 1.c ; 1.c et 3 ; 2 et
3.
Un trouble du rythme soutenu, ayant résisté
à 2 antiarythmiques successifs, doit être
réduit par un traitement non médicamenteux.
De même, lorsqu'il s'agit d'un effet pro-arythmique,
d'un anti-arythmique.
Schématiquement,
les utilisations préférentielles des différents
antiarythmiques se répartissent comme suit
:
1.1 - Antiarythmiques
du groupe 1.a
Les quinidiniques : ils sont surtout
utilisés comme traitement d'entretien, pour
prévenir la récidive des troubles atriaux
(ACFA, flutter, TSA). Ils ont des effets
indésirables fréquents : troubles digestifs,
cutanée, et torsade de pointe.
Disopyramide : surtout utilisée dans
les troubles du rythme atriaux. Possède
des effets indésirables, essentiellement
anticholinergiques (constipation, rétention
d'urine) et effet inotrope négatif.
1. 2 - Antiarythmiques
du groupe 1.b
La lidocaïne est utilisée par voie
veineuse. Elle est active seulement à l'étage
ventriculaire. Elle est habituellement utilisée
en première intention pour la réduction
d'une TV, mais surtout à la phase aiguë
de l'infarctus myocardique. Son effet inotrope
est négatif et ses effets indésirables sont
neurologiques : vertiges, tremblement, confusion,
délire.
La mexilétine
est très proche de la lidocaïne. Il existe
une formule orale (MEXITIL).
1.3 - Antiarythmiques
de classe II
Ce sont les bêta-bloqueurs,
comme le propanolol. Leurs contre-indications
en cas d'insuffisance cardiaque limitent
fortement leur emploi. On les utilise essentiellement
dans le post-infarctus et/ou lorsque l'arythmie
est déclenchée par l'effort (arythmie catécholaminergique).
1.4 - Antiarythmiques
de classe III
L'amiodarone
est très efficace à tous les étages. Ses
effets secondaires extra-cardiaques limitent
sont utilisation : dysthyroïdie, photosensibilisation,
dépôts cornéens, fibrose pulmonaire. Son
efficacité et sa bonne tolérance cardiaque
en font l'anti-arythmique le plus utilisé,
notamment en cas de cardiopathie sous-jacente
sévère.
Selon les auteurs, le Sotalol fait également
parti des classes III. Moins efficace que
le cordarone, il peut être un médicament
de substitution.
Enfin depuis quelques années, les firmes
pharmaceutiques réinvestissent dans le marché
des anti-arythmiques et on voit arriver
maintenant de nouveaux classe III (ibutilide)
dont les indications restent à bien cerner.
Ils semblent efficaces dans la FA, et on
espère dans les troubles ventriculaires.
1.5 - Antiarythmiques
de classe IV
Le
Vérapamil est utilisé dans le traitement
des crises de tachycardie paroxystique par
réentrée intra-nodale (maladie de Bouveret).
Il peut être utilisé comme traitement curatif
ou préventif. Il est très inotrope négatif,
et en cas de mauvaise fonction ventriculaire
gauche, il faut lui préférer le diltiazem
ou l'amiodarone.
2 - Traitement non
médicamenteux.
Lorsque le traitement
antiarythmique médicamenteux n'est pas efficace,
ou est responsable d'effets secondaires
inacceptables, on se tourne vers d'autres
solutions thérapeutiques, plus agressives,
à condition que le trouble du rythme mette
en jeu le pronostic vital, et/ou qu'il soit
sévèrement invalidant pour le patient.
Ici encore, il faut
distinguer les méthodes permettant d'interrompre
l'accès de tachycardie (réduction de la
crise), de celles qui visent à réduire la
récidive (traitement curatif).
2.1 - Réduction d'une
tachycardie soutenue
Lorsque les anti-arythmiques
sont inefficaces, ou que la mauvaise tolérance
clinique nécessite une réduction urgente
de l'arythmie, celle-ci sera réduite par
stimulation électrique directe du myocarde
:
Stimulation endocavitaire :
Le cathétérisme d'une voie veineuse périphérique
permet de placer une ou plusieurs sondes
dans les cavités cardiaques droites. La
stimulation électrique du myocarde, à une
fréquence supérieure à celle de la tachycardie,
permet en général d'interrompre celle-ci.
Il s'agit de la méthode la plus efficace,
sauf en cas de fibrillation atriale, où
elle est inopérante. Cette méthode permet
également un diagnostic précis de la nature
du trouble du rythme lorsque l'ECG est pris
en défaut. A noter que l'oreillette peut
également être stimulée par voie transoesophagienne.
Cardioversion externe :
Il s'agit d'un choc électrique externe,
délivré par un défibrillateur externe. La
cardioversion est le traitement spécifique
de la fibrillation ventriculaire. Chez l'adulte,
la charge est de 300 à 400 joules. Elle
doit être réalisée devant tout trouble du
rythme rapide, responsable d'une dégradation
sévère de l'hémodynamique, avec troubles
de la conscience.
Elle permet également de réduire la fibrillation
atriale permanente, et sera dans ce cas
réalisée sous anesthésie générale, et obligatoirement
sous traitement anticoagulant, efficace
depuis au moins 3 à 4 semaines.
Défibrillateur implantable :
c'est un appareil capable de défibriller
automatiquement et/ou de stimuler un myocarde
en cas d'arythmie ventriculaire grave. Il
s'agit d'un dispositif intracorporel, implanté
à demeure, comme un pacemaker. L'appareil
est relié à une ou des sondes, fixées au
myocarde, qui lui permettent de détecter
l'arythmie, et de la traiter voire de défibriller.
Ce type d'appareil est proposé aux patients
lorsque les troubles du rythme menacent
le pronostic vital et ne sont pas contrôlés
par un traitement médicamenteux ou curatif.
Les indications évoluent vers les patients
à haut risque de mort subite mais qui n'ont
pas fait encore d'événement grave. Il impose
un suivi technique régulier dans un centre
spécialisé dans cette prise en charge.
2.2 - Traitement curatif.
Dans certains cas,
un traitement radical des accès de tachycardie
peut être obtenu par suppression du foyer
"arythmogène". Récemment encore, la seule
possibilité de destruction de la zone myocardique
impliquée dans l'arythmie était représentée
par le traitement chirurgical classique
: suppression d'un faisceau de Kent en cas
de syndrome de Wolff-Parkinson-White, anévrismectomie
en cas de TV récidivante due à un anévrisme
ventriculaire.
Depuis les années 80, le dévelop-pement
de la fulguration endocavitaire a permis,
dans certains cas, un traitement curatif
non chirurgical. La fulguration endocavitaire
consiste à délivrer à l'aide d'une sonde
endocavitaire un choc électrique, au contact
de la zone myocardique que l'on veut détruire.
La sonde est reliée à un défibrillateur
externe. La fulguration se fait sous anesthésie
générale brève. Elle permet de détruire
un foyer arythmogène auriculaire, ou ventriculaire,
un faisceau de Kent ou le faisceau de His.
Rapidement les succès de la fulguration
ont permis l'émergence de techniques moins
compliquées, toujours endocavitaire appelée
" ablation par radiofréquence ". L'appareil
de fulguration (défibrillateur) a été remplacé
par un bistouri électrique, permettant de
créer des lésions tissulaires ponctuelles
(2 à 3 mm de diamètre) en bout de sonde
d'électrophysiologie. L'énergie délivrée
est mieux contrôlée, et l'action est indolore.
Il en résulte deux avantages déterminants
:
absence d'anesthésie générale
disparition des rares accidents gravissimes
de perforation pariétale que pouvait
occasionner le choc électrique de
haute énergie de la fulguration.
Actuellement, les
principales indications d'ablation d'une
zone arythmogène par radiofréquence sont
:
ablation d'un faisceau de Kent.
Il s'agit de l'indication idéale d'ablation
par voie endocavitaire, permettant la cure
radicale des arythmies dues à la préexcitation,
ablation de la voie nodohissienne.
L'interruption totale de la conduction atrio-ventriculaire
est encore parfois indiquée, lorsque le
patient présente des troubles du rythme
auriculaire rapides, récidivants, mal tolérés
sur le plan fonctionnel et que les autres
traitements s'avèrent inefficaces ou intolérables
pour le patient (effets secondaires des
anti-arythmiques).
On crée alors volontairement un BAV complet
permanent nécessitant la mise en place d'un
stimulateur cardiaque définitif.
Ablation d'une double voie nodale.
L'existence d'une double voie de conduction
intranodale est responsable de crises de
tachycardie jonctionnelle par réentrée intranodale
("crises de Bouveret").
La radiofréquence permet l'ablation, par
voie endocavitaire, sélective d'une des
deux voies nodales, la voie lente et la
cure des crises de tachycardie, au prix
d'un risque minime mais sérieux de création
d'un BAV complet (2 à 5 %). Les patients
sont donc informés avant la procédure de
ce risque et parfois préfèrent ne pas le
prendre et garder un traitement médicamenteux.
Ablation d'un foyer de tachycardie ventriculaire.
Rendu possible par les nouvelles techniques
de cartographie endocavitaire, cette technique
est très prometteuse, avec un taux de succès
d'environ 60%. Cela dépends surtout du type
de cardiopathie sous-jacente. Les cardiopathies
ischémiques sont les plus nombreuses et
donc leurs complications rythmiques. Malheureusement
cette technique n'enlève pas le foyer arythmogène,
elle modifie ses trajets d'activation. On
obtiends une rémission des troubles . Actuellement,
les indications concernent les patients
présentant des accès de tachycardies ventriculaires
incessants malgré un traitement médical
et qui ne peuvent être soumis à un traitement
chirurgical, ou palliatif (défibrillateur
implantable).
Ablation d'un foyer de tachycardie atriale.
Dans le flutter atrial commun, les travaux
ont montré qu'il s'agit d'une arythmie organisée
tournant dans l'OD en empruntant des passages
anatomiques obligés. L'ablation de la zone
comprise entre la VCI et l'anneau tricuspide
(isthme cavo-tricuspide) donne de bons résultats
avec un taux de succès initial d'environ 95%.
L'ablation est réservée aux patients invalidés
par leur arythmie.
Pour l'instant, cette technique est totalement
inopérante dans la fibrillation atriale permanente.
Des travaux sont en cours dans la FA paroxystique
avec ablation de foyers d'extrasystoles dans
les veines pulmonaires avec des résultats
encourageants.
LES INDICATIONS
Le traitement
d'un trouble du rythme cardiaque soutenu
suppose que l'on en connaisse le type et
la cause.
Lorsque le trouble du rythme est bien supporté,
il est indispensable de recueillir un ECG
de bonne qualité, avant traitement, et de
faire un massage sino-carotidien en cas
de difficultés d'interprétation.
Une tachycardie mal tolérée (hypotension
artérielle, insuffisance cardiaque) impose
une hospitalisation urgente, avec mise à
disposition rapide d'un défibrillateur externe.
1 - Tachycardie sinusale
Une tachycardie
sinusale ne doit pas être considérée comme
un trouble du rythme. Il s'agit d'une tachycardie
symptôme qui cédera au traitement de la
cause (hyperthermie, hyperthyroïdie, hypovolémie
ou anémie aiguë, insuffisance cardiaque...).
2 - Extrasystoles
2.1
- Extrasystoles auriculaires
Les extrasystoles
atriales sont toujours bénignes, ne réclamant
pas de traitement antiarythmique. Un sédatif
est généralement indiqué lorsqu'elles sont
très mal ressenties, ou surviennent dans
un contexte de grande anxiété.
Lorsqu'il existe une cardiopathie connue,
notamment valvuloplathie mitrale, les extrasystoles
atriales sont parfois nombreuses. Elles
annoncent souvent la survenue d'une fibrillation
atriale et peuvent justifier un traitement
digitalique.
2.2
- Extrasystoles ventriculaires (ESV)
Le traitement des
ESV est différent selon qu'elles surviennent
lors d'une situation cardiaque aiguë, ou
qu'il s'agit d'ESV chroniques.
ESV en situation aiguë : c'est le
cas notamment de la phase aiguë de l'infarctus
myocardique ou en cas de CMNO décompensée.
Si l'extrasystolie complique une intoxication
digitalique, et/ou une hypokaliémie, il
faut corriger le désordre électrolytique
et interrompre les digitaliques. Le traitement
spécifique des arythmies ventriculaires
liées à l'intoxication digitalique se fait
par la Diphényl-hydantoïne (DIHYDAN). A
la phase aiguë de l'infarctus, on peut utiliser
la lidocaïne (XYLOCAINE : 400 à 800 mg/24
h par voie intraveineuse).
ESV chroniques : c'est le cas le
plus difficile. Les ESV bénignes, c'est
à dire survenant sur cœur sain, monomorphes,
peu fréquentes, disparaissant à l'effort,
ne réclament pas de traitement. Les ESV
peuvent être potentiellement dangereuses.
Le facteur pronostique le plus important
est certainement la cardiopathie sous-jacente.
Néanmoins, certains critères électriques
sont classiques (ECG, épreuve d'effort,
Holter), et les extrasystoles sont considérées
comme dangereuses si elles présentent un
des caractères suivants : ESV > 30/h, ESV
en phase ou polymorphe, ESV précoce (R/T),
aggravation à l'effort, apparition ou aggravation
à la faveur d'un traitement digitalique,
d'une hypokaliémie, ou d'un traitement anti-arythmique
(effet proarythmique).
Après infarctus du myocarde, il arrive
de proposer un traitement antiarythmique
chez les patients à "haut risque", lorsque
les ESV sont fréquentes ou complexes, mais,
à ce jour, aucun traitement antiarythmique
n'a fait la preuve de son efficacité en
terme de la prévention de la mort subite.
La difficulté est de sélectionner patients
à " haut risque ". Les critères sont une
FEVG < à 40% voire 35%, l'existence d'une
extrasystolie importante et surtout de salves
de tachycardies ventriculaires. L'ECG haute
amplification, à la recherche de potentiels
électriques anormaux, appelés potentiels
tardifs ventriculaires est très sensible
mais peu spécifique (comme les D-Dimères,
seule la négativité est discriminante).
Il est admis chez ces patients de réaliser
une stimulation ventriculaire pour essayer
de déclencher un trouble ventriculaire grave,
imposant alors l'implantation d'un défibrillateur.
3 - Flutter et tachysystolie
atriale
Le traitement antiarythmique
doit être précédé d'une anticoagulation,
surtout s'il existe une cardiopathie valvulaire
sous-jacente.
Un essai de réduction
médicamenteuse est justifié en cas d'arythmie
récente et bien tolérée. On emploie essentiellement
un digitalique (CEDILANIDE IV : 2 à 3 ampoules
par 24h, ou DIGOXINE per os : 1 à 1,5 cp/j),
ou l'AMIODARONE : CORDARONE IV : 600 à 900
mg/24h, ou 3 cp/j pendant 10 j puis 1 cp/j).
DIGOXINE ET CORDARONE peuvent être associées.
La réduction électrique
est l'option choisie après échec du traitement
médicamenteux, ou lorsque l'arythmie est
mal tolérée. Elle peut être réalisée par
stimulation rapide de l'oreillette, par
voie veineuse ou transoesophagienne, ou
encore par cardioversion.
En cas d'hyperthyroïdie,
on utilisera les bêta-bloqueurs. La réduction
électrique ne sera tentée qu'après retour
à l'euthyroïdie.
Le traitement d'entretien
est le même que dans la fibrillation atriale.
4 - Fibrillation atriale
Le traitement comprend
naturellement 2 termes : traitement des
accès et traitement préventif des récidives.
4.1 - Traitement des
accès de FA :
Dans tous les cas,
le traitement comporte des anticoagulants,
afin d'éviter les accidents thrombo-emboliques.
Les bêta-bloqueurs sont indiqués en cas
d'hyperthyroïdie.
On distingue des médicaments ralentisseurs
de la cadence ventriculaire (les béta-bloquants,
les anticalciques, la digoxine) et les médicaments
pour tenter de réduire l'arythmie, les classes
I, III
Lorsque la réduction a été obtenue, il faut
envisager un traitement d'entretien définitif
.
4.2 - Traitement au
long cours :
Le traitement repose
habituellement sur :
les digitaliques : DIGOXINE (1 à
1,5 cp/j), de façon à obtenir une digoxinémie
en zone thérapeutique (1 à 2 ng/ml),
les quinidiniques : par exemple SERECOR
(2 à 3 gélules/j).
CORDARONE (5 à 10 cp/semaine)
Les quinidiniques
ainsi que la cordarone, peuvent être associés
aux digitaliques.
Le traitement médicamenteux permet habituellement
un maintien durable mais non définitif du
rythme sinusal. Après une ou plusieurs récidives,
il faut respecter l'arythmie. Le but du
traitement médicamenteux est alors d'obtenir
une bonne tolérance du trouble rythmique,
par ralentissement de la fréquence ventriculaire.
Exceptionnellement, le traitement médicamenteux
ne permet pas de ralentir suffisamment la
cadence ventriculaire. On peut alors être
amené à créer un BAV complet par destruction
volontaire du faisceau de His (ablation)
par radiofréquence. Ceci impose la mise
en place d'un pacemaker définitif
5 - Tachycardie paroxystique
supraventriculaire
Lorsque les crises
sont rares et bien supportées, on doit les
respecter. La crise cesse souvent spontanément
ou à la faveur d'un massage sino-carotidien.
Si les crises sont
peu invalidantes, on se contente habituellement
de conseiller la prise d'un antiarythmique
uniquement à l'occasion des crises, et éventuellement
un traitement de fond neurosédatif.
Ce n'est que lorsque
les crises sont fréquentes, et très invalidantes,
qu'un traitement anti-arythmique au long
cours est proposé (ISOPTINE 120 mg : 3 gélules/j).
En cas de crises
rebelles sur une cardiopathie évoluée, la
CORDARONE doit être préférée à l'ISOPTINE,
qui est très inotrope négative.
Enfin, lorsque les
crises de TPSV sont très invalidantes, ou
en relation avec une pré-excitation ventriculaire
(Wolff-Parkinson-White), on propose désormais
un traitement radical en détruisant le faisceau
de Kent, ou la double voie nodale par voie
endocavitaire (radiofréquence).
6 - Tachycardie ventriculaire
Le traitement des
TV est toujours une urgence médicale, étant
donné le risque toujours possible de dégénérescence
en fibrillation ventriculaire, et de mort
subite.
La TV survient fréquemment
à la phase aiguë de l'infarctus du myocarde,
mais elle peut également survenir à tout
moment au cours de l'évolution d'une cardiopathie,
notamment ischémique, surtout en cas de
mauvaise fonction ventriculaire gauche.
Ici encore, il faut
distinguer le traitement curatif des crises
et le traitement d'entretien.
6.1 - Traitement curatif
des crises.
La XYLOCAINE est
la drogue la plus utilisée en première intention
(50 à 100 mg IV en 5 minutes).
Elle est d'autant
plus efficace que la fréquence ventriculaire
est basse. Rapidement (15 min), en cas d'inefficacité,
il faut changer de traitement. La CORDARONE
est utilisée (300 mg/30min) lorsque la XYLOCAINE
est inefficace, ou que la TV est rapide
et/ou mal tolérée.
Dans tous les cas,
l'hospitalisation en unité de Soins Intensifs
Cardiologiques est formelle et urgente.
En cas de mauvaise tolérance hémodynamique
et surtout neurologique, la réduction par
cardioversion doit être réalisée au plus
vite.
Lorsque la TV, bien
que mal tolérée, est bien supportée sur
le plan neurologique, la réduction sera
faite par voie veineuse endocavitaire, si
le traitement médicamenteux n'est pas rapidement
efficace. La mise en place d'une sonde électrode
dans le ventricule droit permet habituellement
de réduire la crise. Cette méthode a également
l'avantage de permettre d'affirmer l'origine
de la tachycardie, lorsque l'origine ventriculaire
n'est pas certaine.
Après réduction de
la crise, un traitement préventif de la
récidive s'impose bien entendu. Lorsqu'il
n'existe ni traitement médicamenteux préventif
efficace, ni possibilité de cure radicale
du foyer de tachycardie ventriculaire, on
peut être amené à mettre en place chez certains
patients un défibrillateur automatique implantable.
Ce dispositif intracorporel permet une cardioversion
automatique en cas de récidive de TV.
6.2 - Traitement préventif
des récidives.
Si les problèmes
posés par la réduction des crises de TV
sont assez faciles à résoudre, il n'en va
pas de même pour le traitement préventif
des récidives. Le traitement médical au
long cours doit tenir compte de la cardiopathie
causale et de la tolérance hémodynamique
des crises.
Le médicament le
plus utilisé est la CORDARONE. D'une part,
c'est l'anti-arythmique le plus régulièrement
efficace ; d'autre part, ses effets secondaires
cardiaques (inotropisme négatif et effets
proarythmiques) sont peu marqués.
Le MEXITIL a également
peu d'effets cardiaques gênants, mais il
est moins efficace.
A l'inverse, les
produits de classe 1.c (FLECAINE, RYTHMOL)
sont efficaces mais difficiles à manier,
du fait de leurs effets secondaires cardiaques.
Enfin, les bêta-bloqueurs
sont fréquemment utilisés, surtout en cas
de TV sur cardiopathie ischémique, à faible
dose, en association avec un anti-arythmique
de classe I ou III.
De plus en plus rapidement,
on se pose la question chez ces patients
de l'implantation d'un défibrillateur. En
effet si celui-ci n'a aucune action préventive
(rôle des médicaments de limiter les récidives),
son rôle dans la " récupération " de la
mort subite n'est plus à démontrer.
En cas de tachycardie ventriculaire récidivante
et mal tolérée, on doit envisager une cure
chirurgicale du ou des foyers de TV. Il
s'agit habituellement de TV récidivante
sur infarctus ancien, avec anévrisme ventriculaire.
La cure de l'anévrisme peut parfois permettre
l'ablation du foyer de TV.
On peut également discuter une ablation
par radiofréquence.
Note :
Le problème le plus
difficile, en matière de traitement préventif
des récidives de TV, est d'apprécier l'efficacité
du traitement anti-arythmique mis en route.
Car la stratification du risque rythmique
reste actuellement très difficile. Les méthodes
habituelles non invasives (Holter, ECG d'effort)
sont peu performantes. De même la stimulation
ventriculaire programmée, longtemps utilisée,
a fait maintenant la preuve de sa mauvaise
spécificité et sensibilité. Il s'agit d'un
test invasif, qui vise à déclencher l'arythmie
en provoquant des salves d'extrasystoles,
au moyen d'une sonde placée dans une cavité
ventriculaire. Ce test a cependant ses limites,
et il arrive que l'on déclenche des tachycardies
ventriculaires, appelées non cliniques,
c'est à dire qui n'ont aucune chance de
se produire spontanément. Il faut donc pouvoir
comparer la TV que l'on a déclenchée, à
celle que le patient présente spontanément
(appelée TV clinique), c'est la raison pour
laquelle il est extrêmement important d'enregistrer
toute tachycardie ventriculaire, par un
ECG complet, avant de tenter de la réduire
(même, et surtout, si elle met en jeu le
pronostic vital).
7 - Torsade de pointe
Les torsades de pointe
surviennent dans des circonstances qui allongent
la repolarisation ventriculaire : grande
bradycardies, hypokaliémies, effets indésirables
des anti-arythmiques (notamment 1.a). Le
traitement comporte essentiellement une
recharge en potassium et en magnésium. Les
anti-arythmiques qui allongent les périodes
réfractaires ventriculaires sont formellement
contre-indiqués. Il vaut mieux éviter tout
anti-arythmique, et se contenter d'accélérer
la fréquence cardiaque en mettant en place
un entraînement électrosystolique.
SYNTHESE CONCERNANT LE TRAITEMENT DES TROUBLES
DU RYTHME CARDIAQUE (Extrait du Vidal Cardiologique
2001 - Pr Lechat) Ref:
Vidal Cardiologie. Guide Pratique du Médicament.
1ère Edition. Ph. LECHAT, Ed. Editions
du Vidal Paris 2000. Pp 202
GENERALITES
Avant de prescrire un traitement antiarythmique,
il faut préciser la nature du trouble rythmique,
l'état de la fonction ventriculaire gauche
et rechercher l'étiologie du trouble rythmique,
en particulier les affections nécessitant
un traitement spécifique : cardiomyopathie
hypertrophique, valvulopathie mitrale, infarctus
du myocarde, hyperthyroïdie, surdosage digitalique.
Les troubles du rythme cardiaque justifient
un traitement soit à titre symptomatique
(palpitations, malaises, déclenchement de
crise d'angor ou de manifestations d'insuffisance
cardiaque), soit à titre pronostique (risque
de mort subite pour certains troubles rythmiques
ventriculaires). Le traitement des troubles
rythmiques est compliqué par l'insuffisance
de l'évaluation des médicaments antiarythmiques
et par l'existence d'accidents thérapeutiques
: ces traitements peuvent, par un effet
arythmogène, provoquer l'apparition d'un
trouble rythmique grave, voire léthal. Dans
certaines situations, le risque du traitement
paraît plus important que le risque spontané
: c'est notamment le cas pour le flécaïnide
dans le traitement de l'extrasystolie en
post-infarctus, et peut-être pour les quinidiniques
après cardioversion pour fibrillation auriculaire.
Ces constatations incitent à une grande
prudence lors de l'utilisation des antiarythmiques
: on peut conseiller de ne prescrire ceux-ci
que lorsque la gêne fonctionnelle est notable
ou le pronostic grave. Lorsque c'est possible,
il convient d'utiliser en première intention
les médicaments les plus sûrs (béta-bloquants,
vérapamil, digitaliques), d'éviter les associations
de plusieurs antiarythmiques, de vérifier
la kaliémie, de
veiller au respect des posologies
et des possibilités d'associations à d'autres
traitements. Une insuffisance cardiaque
sévère contre-indique de nombreux antiarythmiques.
LES TACHYCARDIES
SINUSALES
Elles ne nécessitent habituellement aucun
traitement mais l'étiologie doit être recherchée
: insuffisance cardiaque, hyperthyroïdie,
anémie, fièvre, émotivité.
LES ACCES DE FLUTTER
ET DE FIBRILLATION AURICULAIRE
Ils peuvent se réduire spontanément : avant
d'envisager une cardioversion, on conseille
habituellement d'attendre quelques semaines
en prescrivant un traitement digitalique
pour ralentir la fréquence ventriculaire.
Une cardioversion est indiquée en cas d'accès
récent ou mal toléré ; elle a moins d'intérêt
en cas d'arythmie ancienne ou récidivante
du fait d'un risque élevé de récidive. La
cardioversion est réalisée habituellement
par choc électrique sous anesthésie générale,
précédé par un traitement anticoagulant
de quelques semaines ; en l'absence de dysthyroïdie,
on peut aussi proposer un traitement par
amiodarone par voie orale. Les modalités
de la prévention des récidives après cardioversion
restent controversées : il semble en effet
que les quinidiniques, efficaces pour éviter
les récidives, exposent à un risque accru
de mort subite ; les autres antiarythmiques
diminuant le risque de récidive (amiodarone,
disopyramide, flécaïnide, sotalol) peuvent
aussi avoir des effets indésirables graves.
En cas de fibrillation auriculaire ou de
flutter d'évolution chronique ou récidivante,
le traitement cherche à améliorer l'état
fonctionnel en ralentissant la fréquence
ventriculaire : digitalique en première
intention, vérapamil ou bêtabloquants en
l'absence d'insuffisance cardiaque. L'amiodarone
et les autres antiarythmiques sont utilisés
en cas d'échec des traitements précédents,
après un bilan spécialisé. Un traitement
anticoagulant ou antiagrégant plaquettaire
est indiqué en cas de fibrillation auriculaire
permanente pour la prévention des embolies
: son indication reste discutée en cas de
fibrillation auriculaire isolée, sans cardiopathie
sous-jacente.
Chez les sujets âgés, les épisodes de tachycardie
supraventriculaire peuvent alterner avec
des accès de bradycardie définissant la
maladie rythmique auriculaire : il peut
alors être nécessaire de mettre en place
un stimulateur cardiaque, en association
avec le traitement antiarythmique.
LES TACHYCARDIES
JONCTIONNELLES
Les accès de tachycardie de Bouveret : persistant
après manœuvres vagales, ils cèdent habituellement
après injection de triphosadénine, d'adénosine
ou de vérapamil ; pour ces médicaments,
l'injection doit être faite sous surveillance
électrocardio-graphique et par un médecin
expérimenté. Si ces conditions ne sont pas
remplies et en l'absence de syndrome de
Wolff-Parkinson-White, on peut utiliser
un digitalique injectable. Les traitements
de prévention des récidives sont souvent
d'efficacité incomplète et sont indiqués
en cas d'accès invalidants par leur durée
ou leur répétition. Les béta-bloquants,
le vérapamil et les digitaliques sont utilisés
en première intention. En cas d'échec ou
d'accès à fréquence très élevée (syndrome
de Wolff-Parkinson-White avec voie accessoire
à période réfractaire courte ou associé
à une fibrillation auriculaire), il faut
utiliser l'amiodarone ou les antiarythmiques
du groupe I, ou proposer une ablation
de la voie accessoire au cours d'un cathétérisme.
LES EXTRASYSTOLES
Elles ne nécessitent aucun traitement quand
elles sont peu gênantes et qu'il n'y a pas
d'autre signe de cardiopathie. Lorsque la
gêne est plus marquée, elle peut être améliorée
par la prise de sédatifs cardiaques ou de
bêtabloquants. Une gêne fonctionnelle persistant
malgré ces traitements peut exceptionnellement
justifier l'utilisation d'autres antiarythmiques,
surtout si les extrasystoles sont ventriculaires,
très fréquentes ou en salves, et après avoir
corrigé d'éventuels facteurs d'aggravation
: hypokaliémie, traitement digitalique ou
antiarythmique.
Lorsque l'extrasystolie survient dans le
cadre d'une cardiopathie patente, le risque
est plus élevé. L'utilisation d'antiarythmiques
peut être licite : à la phase aiguë de l'infarctus
du myocarde, la lidocaïne réduit le risque
immédiat de tachycardie ventriculaire en
cas d'extrasystolie importante et, après
infarctus du myocarde, les bêtabloquants
diminuent le risque de mort subite, indépendamment
de la présence d'extrasystoles. Aucun autre
médicament antiarythmique n'a montré qu'il
réduisait le risque de mort subite en cas
d'extrasystolie associée à une myocardiopathie
dilatée ou à une coronaropathie.
LES TACHYCARDIES
VENTRICULAIRES
Les tachycardies ventriculaires : elles
nécessitent un traitement urgent en raison
du risque de fibrillation ventriculaire
: choc électrique ou antiarythmique injectable,
lidocaïne notamment. Plusieurs traitements
sont utilisés pour prévenir les récidives
: anti-arythmiques (principalement amiodarone),
défibrillateur automatique implantable,
traitement chirurgical ou fulguration du
foyer : arythmogène.
Le traitement des torsades de pointes fait
appel à l'arrêt des médicaments éventuellement
en cause, à la recharge potassique, à l'isoprénaline
et à l'entraînement électrosystolique. |