GENERALITES
La survenue d'un
trouble du rythme cardiaque est un phénomène
de signification et d'expression très variables,
suivant d'une part le trouble du rythme
lui-même et d'autre part l'existence éventuelle
d'une cardiopathie sous-jacente.
Le diagnostic du
trouble du rythme lui-même est parfois suggéré
par la clinique, mais sa nature ne peut
être affirmée que par l'enregistrement électrocardiographique.
Le pronostic d'un
trouble du rythme cardiaque dépend essentiellement
de la gravité de la cardiopathie sous-jacente.
SIGNES FONCTIONNELS ET EXAMEN CLINIQUE
1
- Les troubles du rythme cardiaque
sont responsables de manifestations suggestives
et variées. Les perceptions les plus vives
et plus déplaisantes sont parfois le fait
des troubles du rythme les plus bénins.
2
- L'interrogatoire doit s'attacher
à recueillir la description des "palpitations".
Il s'agit d'une perception anormale, et
souvent déplaisante de contractions cardiaques
qui peuvent être normales, plus rapides
ou plus lentes qu'à l'ordinaire, irrégulièrement
espacées, et souvent anormalement puissantes,
provoquant un volume d'éjection accru.
Les palpitations
ne sont pas un phénomène pathologique, mais
leur apparition peut révéler une cardiopathie
sous-jacente.
Lorsque le trouble
du rythme est paroxystique, souvent de brève
durée, l'interrogatoire essaie de déterminer
les caractéristiques de l'arythmie et sa
tolérance :
début et fin de l'accès, brutal ou progressif,
caractère régulier ou irrégulier,
sensation de pause cardiaque,
fréquence cardiaque (souvent mal appréciée
par le patient),
recherche de signes de mauvaise tolérance
: sueur, vertiges, voire perte de connaissance
initiale.
3
- Lorsque le trouble du rythme est permanent,
ou si l'on a la chance d'assister à un accès
paroxystique, il faut d'abord et surtout
l'enregistrer, à défaut de procéder sans
tarder à l'examen objectif.
Celui-ci notera par
l'auscultation, plus que par la prise du
pouls, le caractère régulier ou non de l'arythmie
et la fréquence cardiaque. On doit également
mesurer la pression artérielle systémique
per-critique.
On notera enfin l'existence
ou non d'une crise polyurique après réduction
de l'accès de tachycardie.
4
- Le diagnostic précis de l'anomalie rythmique
repose en fait sur un certain nombre
d'explorations électrocardiographiques dont
la mise en oeuvre varie suivant le caractère
permanent ou paroxystique du trouble du
rythme.
électrocardiogramme basal,
électrocardiogramme en crise si on a la
chance de pouvoir saisir la crise. Même
dans ces cas, le diagnostic exact du trouble
du rythme peut n'être pas facile en particulier
en présence de tachycardie à complexe large.
Des manoeuvres particulières peuvent s'avérer
nécessaires pour faire la différence entre
tachycardie ventriculaire et tachycardie
supra-ventriculaire avec bloc.
enregistrement Holter de longue durée parfois
répété si le patient n'a pas éprouvé de
symptomes au cours de son enregistrement,
enregistrement endocavitaire couplé ou non
à des épreuves de stimulation de manière
à reproduire le trouble du rythme. Cette
technique est utilisée parfois en cas de
suspicion de tachycardie paroxystique supra-ventriculaire,
compliquant un syndrome de Wolff Parkinson
White ou la recherche d'une tachycardie
ventriculaire post-infarctus.
enregistrement de l'électrocardiogramme
haute amplification à la recherche de potentiel
ventriculaire tardif.
LES
EXTRASYSTOLES (Pour
les aspects électrocardiographiques voir
chapitre Extrasystoles) Il
s'agit de battements cardiaques prématurés.
Souvent, les extrasystoles ne sont pas ressenties
par les patients. Lorsqu'elles le sont,
il s'agit le plus souvent d'un symptôme
désagréable, avec notamment sensation de
pause cardiaque.
Les extrasystoles
atriales ou ventriculaires peuvent très
bien survenir sur coeur sain. Elles sont
aisément reconnues à l'auscultation, mais
seul l'électrocardiogramme permet de préciser
leur origine.
Les extrasystoles,
surtout si elles sont d'origine ventriculaire,
doivent faire rechercher une cardiopathie
sous-jacente, des désordres métaboliques
(hypoxie, hypokaliémie, hypomagnésémie)
ou une intoxication médicamenteuse (en particulier
intoxication digitalique ou par les anti-arythmiques).
1 - Evolution et pronostic
1.1.
Extrasystoles atriales. Elles sont
pratiquement toujours de bon pronostic.
Lorsqu'elles sont très nombreuses, elles
peuvent annoncer un passage en fibrillation
atriale.
1.2.
Extrasystoles ventriculaires. Le
problème le plus difficile est de distinguer
les extrasystoles ventriculaires bénignes
des extrasystoles ventriculaires potentiellement
dangereuses.
Certains critères sont en faveur d'une bénignité
:
- absence de cardiopathie décelable,
- extra-systole ventriculaire monomorphe,
- extra-systole ventriculaire disparaissant
à l'effort.
Certains critères sont en faveur d'ESV potentiellement
dangereuses :
- ESV très fréquentes (plus de 100 à l'heure),
- activité répétitive (doublet, triplet...)
- ESV polymorphes,
- phénomène R/T,
- augmentation des ESV à l'effort.
En fait, le facteur pronostique le plus
important est la nature de la cardiopathie
sous-jacente. Le plus souvent, des ESV dangereuses
témoignent d'une cardiopathie organique
sous-jacente sévère.
2 - ESV et infarctus
myocardique
2.1.
A la phase aiguë de l'infarctus myocardique,
les extrasystoles ventriculaires nécessitent
un traitement (le plus souvent recharge
ionique par K+, Mg++), car elles peuvent
favoriser une tachycardie ventriculaire,
ou une fibrillation ventriculaire sur un
myocarde ischémique.
2.2.
Lorsque les ESV surviennent après la phase
aiguë de l'infarctus, le problème
est beaucoup plus difficile, car jusqu'à
présent aucun traitement anti-arythmique
au long cours n'a fait la preuve de son
efficacité, en terme de mort subite en particulier
chez le patient asymptomatique.
L'ECG à haute amplification permet la recherche
de potentiels ventriculaires tardifs qui
témoignent d'un substrat arythmogène. Dans
les cas les plus difficiles, on peut être
amené à proposer un test de stimulation
ventriculaire afin de déterminer si le patient
est à risque de tachycardie ventriculaire
ou de mort subite.
Un traitement anti-arythmique systématique,
autre que bêta-bloqueur, n'est pas justifié
dans le post-infarctus, chez un sujet asymptomatique
présentant des extrasystoles ventriculaires
monomorphes, même nombreuses.
FLUTTER
ET TACHYSYSTOLIE ATRIALE
(Pour plus de détails et pour les tracés électrocardiographies,
voir chapitre Flutter
et Tachysystolie Atriale) 1
- Il s'agit d'un trouble du rythme fréquent,
dont la tolérance fonctionnelle est très
variable. La tachycardie est régulière dans
la plupart des cas, fixe à 150/mn (flutter
2/1). Elle peut être non ressentie par le
malade. La tolérance fonctionnelle dépend
de la cardiopathie sous-jacente. Flutter
et tachysystolie peuvent être responsables
d'une décompensation cardiaque, surtout
en cas de mauvaise fonction ventriculaire
gauche.
2
- Toutes les cardiopathies peuvent se compliquer
de flutter, mais ce sont principalement
les cardiopathies valvulaires (surtout mitrales
et les cardiomyopathies). Notons également
les péricardites et la cardiothyréose. Flutter
et tachysystolie témoignent toujours d'une
cardiopathie sous-jacente.
3
- L'évolution se fait fréquemment
vers la dégradation en fibrillation atriale.
Flutter et tachysystolie ont peu tendance
à la réduction spontanée et nécessitent
de ce fait assez souvent une réduction médicamenteuse
ou électrique.
4
- Une intoxication digitalique doit
systématiquement être recherchée, notamment
en cas de tachysystolie.
FIBRILLATION
ATRIALE
(Pour plus de détails et pour les tracés
électrocardiographies, voir
chapitre Fibrillation Atriale)
1
- Il s'agit du trouble du rythme le plus
fréquent, pouvant survenir également
en l'absence de cardiopathie évidente. La
tolérance fonctionnelle est également très
variable et dépend de la cardiopathie sous-jacente.
1.1.
En cas de fibrillation atriale paroxystique,
les patients se plaignent souvent d'accès
de tachycardie, péniblement ressentie à
début et fin brusque, avec rythme ventriculaire
très rapide et irrégulier.
1.2.
Lorsque la fibrillation atriale est permanente,
le plus souvent le patient ne ressent plus
la tachycardie, sauf en cas de cadence ventriculaire
très élevée.
L'adaptation hémodynamique à l'effort est
moins bonne, du fait d'une perte de la systole
atriale mécanique et d'une accélération
excessive du rythme ventriculaire.
Dans certains cas, notamment en cas de cardiomyopathie
hypertrophique, le passage en fibrillation
atriale peut entraîner une très mauvaise
tolérance hémodynamique, avec oedème pulmonaire.
2
- La perte de la systole atriale mécanique
favorise la formation de thrombus
pariétaux intra-auriculaire susceptible
de migrer dans la circulation artérielle
systémique, notamment en cas de retour au
rythme sinusal. La fibrillation atriale
permanente se complique fréquemment d'embolie
artérielle périphérique (le plus souvent
accident vasculaire cérébral), ce qui explique
qu'elle représente une indication formelle
du traitement anticoagulant.
La fibrillation atriale peut être très bien
tolérée sur le plan hémodynamique lorsqu'elle
est peu rapide. Une embolie artérielle périphérique
est donc une complication fréquemment révélatrice.
3
- La fibrillation atriale doit être réduite
lorsqu'elle est mal tolérée sur le plan
hémodynamique, ou d'installation récente.
En cas de fibrillation atriale ancienne,
bien tolérée, ou d'altération sévère de
la fonction ventriculaire gauche avec dilatation
majeure des cavités cardiaques, le choc
électrique externe ne doit pas être tenté.
4
- Après réduction, un traitement
préventif de la récidive s'impose, sauf
en cas de premier accès de fibrillation
atriale, sur coeur apparemment sain, car
le risque de rechute est alors minime à
moyen terme.
TACHYCARDIE PAROXYSTIQUE
JONCTIONNELLE (Pour
plus de détails et pour les tracés électrocardiographies,
voir chapitre
Tachycardie jonctionnelle)
1
- Le plus souvent, il s'agit d'une tachycardie
par réentrée intranodale de type tachycardie
de Bouveret. Il peut également s'agir
d'une tachycardie par réentrée dans le cadre
du syndrome de Wolf Parkinson White.
2
- Ces tachycardies surviennent habituellement
sur coeur sain et leur caractère
clinique les rend souvent aisément identifiable
:
début inopiné, brutal, par une sorte de
déclic,
rythme cardiaque souvent très rapide (170
à 230/mn) régulier et immuable durant toute
la crise,
terminaison inopinée et également brutale,
parfois d'une crise polyurique.
3
- L'évolution est très variable dans
le temps, avec crise souvent brève et rare,
mais parfois très rapprochée ou prolongée.
L'évolution est globalement imprévisible.
Le plus souvent, les crises sont bien tolérées
et rares. Le traitement se limite au traitement
de la crise. Ee cas de crise récidivante
et invalidante, on peut proposer une ablation
du circuit de ré-entrée par voie endocavitaire
(radio-fréquence).
TACHYCARDIE VENTRICULAIRE
(Pour plus
de détails et pour les tracés électrocardiographies,
voir chapitre
Tachycardie ventriculaire)
1
- Il s'agit d'un trouble du rythme rare,
mais mettant en jeu le pronostic vital.
L'expression clinique est variable. Le plus
souvent, la tachycardie ventriculaire est
mal tolérée parce qu'elle survient sur une
cardiopathie sévère.
Les palpitations sont rarement au devant
de la scène, parfois même la tachycardie
n'est pas ressentie par le malade et c'est
l'altération de l'hémodynamique qui est
au premier plan, avec souvent oedème pulmonaire,
voire collapsus ou syncope au démarrage
de la crise.
2
- Le diagnostic formel ne peut être
qu'électrocardiographique. Etant donné l'importance
du traitement préventif des récidives, il
faut impérativement pouvoir documenter la
tachycardie ventriculaire, même lorsqu'elle
nécessite une réduction en urgence.
3
- Toutes les cardiopathies peuvent se compliquer
de tachycardie ventriculaire, en
particulier les cardiomyopathies primitives
ou ischémiques.
La dysplasie arythmogène du ventricule droit
est le plus souvent en cause chez les sujets
jeunes sans cardiopathie connue, la tachycardie
ventriculaire étant le plus souvent révélatrice
de la maladie.
Les tachycardies ventriculaires idiopatiques
sont exceptionnelles.
4
- L'évolution est fonction essentiellement
de la gravité de la cardiopathie sous-jacente.
Les tachycardies ventriculaires dégénèrent
volontiers en fibrillation ventriculaire,
se traduisant par un arrêt circulatoire,
et évoluant vers la mort en quelques minutes
en l'absence de cardioversion.
5
- La réduction de la crise de tachycardie
ventriculaire est médicamenteuse
ou électrique (choc électrique externe ou
réduction endocavitaire). La réduction endocavitaire,
lorsqu'elle est possible, permet d'interrompre
la tachycardie dans la plupart des cas ;
elle a l'avantage, par ailleurs, de pouvoir
affirmer formellement le diagnostic de tachycardie
ventriculaire, grâce à l'enregistrement
endocavitaire, lorsque l'ECG classique est
d'interprétation difficile.
6
- Le traitement préventif de la récidive
de tachycardie ventriculaire est
obligatoire, mais souvent difficile à conduire.
Lorsque les traitements anti-arythmiques
sont insuffisamment efficaces, on est parfois
amené à proposer un traitement palliatif
avec mise en place d'un défibrillateur automatique
implantable. Dans de rares cas, on peut
réaliser une ablation chirurgicale, ou endocavitaire
du foyer arythmogène.
CONCLUSION
Les troubles du rythme
cardiaque sont nombreux et variés.
Certains d'entre eux mettent en jeu le pronostic
vital à court terme. Le thérapeute
dispose actuellement de moyens de plus en
plus puissants pour prévenir la récidive
des troubles du rythme mettant en jeu le
pronostic vital. Cependant, l'efficacité
d'un traitement anti-arythmique, quelqu'il
soit, ne peut être vérifié
si l'on ne connait pas la nature précise
de l'arythmie. C'est dire que le rôle
du médecin est d'abord de chercher
à obtenir un enregistrement ECG d'un
trouble du rythme mal supporté, même
s'il est parfois amené à réduire
celui-ci sans en connaitre la nature exacte.
Seule alors, la lecture rétrospective
du document ECG permettra de faire un diagnostic
précis et d'adapter le traitement
préventif des récidives. |