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GENERALITES
On parle de bloc
de branche organique du faisceau de His,
lorsque la conduction est interrompue ou
ralentie dans l'une des branches, sans que
ce phénomène soit lié à la phase réfractaire
physiologique du myocarde.
Le diagnostic de
bloc de branche est électro-cardiographique.
Il existe un certain nombre de caractéristiques
communes aux différentes variétés qui sont
indispensables pour un diagnostic correct.
Dans un premier
temps, il faut pouvoir affirmer que le rythme
est supraventriculaire avec conduction de
l'influx au travers du nœud atrio-ventriculaire
et du tronc commun du faisceau de His. Pour
être sûr de ce fait, on exige habituellement
la présence d'un rythme sinusal, avec intervalle
PR >= 0,12 seconde. En cas de rythme
auriculaire ectopique, il doit exister une
relation constante de temps entre les oreillettes
et les ventricules.
L'existence d'un
bloc de branche entraîne un asynchronisme
de contraction ventriculaire, et donc un
élargissement du QRS. On parle de bloc de
branche complet si le QRS est élargi à plus
de 0,12 seconde, et de bloc de branche incomplet
si la durée de QRS est inférieure à 0,12
seconde (entre 0,09 et 0,12 seconde).
BLOC DE BRANCHE DROIT
Nous prendrons comme
type de description le bloc droit complet
isolé, non compliqué d'hypertrophie ventriculaire.
1 - Plan horizontal
C'est dans les dérivations
précordiales droites (V1 V2) que l'on observe
la morphologie caractéristique du bloc droit,
comportant une positivité
tardive généralement de grande amplitude.
Les complexes ventriculaires sont crochetés
et épaissis : du type RSR', rSR', ou plus
rarement rR'. La repolarisation ventriculaire
y est habituellement inversée avec une onde
T négative et asymétrique.
En dérivations précordiales
gauches (V5 à V7), on note une petite onde
q mince de dépolarisation septale, suivie
d'une grande onde R fine, puis d'une onde
s peu profonde mais large et empâtée. La
repolarisation est normale en précordiales
gauches.
2 - Plan frontal
La durée du QRS est
habituellement de 0,12 à 0,14 seconde. L'axe
de QRS est variable, le plus souvent entre
+60 et +100°. Le QRS est caractérisé en
D1 par une grande onde R mince (parfois
précédée d'une petite onde q) suivie d'une
onde s, moins ample et élargie.
3 - Aspects clinique
et étiologique des blocs de branche droits
complets
Les blocs complets
de la branche droite n'ont guère par eux-mêmes
d'expression clinique ou hémodynamique.
Il s'agit d'une anomalie habituellement
bénigne. Les causes cliniques des blocs
droits complets sont nombreuses :
les cardiopathies ischémiques représentent
l'étiologie principale (1/3 des cas). A
noter qu'en cas d'antécédent d'infarctus
myocardique antéroseptal, ou septal profond,
l'aspect typique RSR', observé en précordiale
droite, disparaît laissant un aspect QR.
En effet, la positivité R initiale fait
place à une onde q de nécrose.
les cardiopathies valvulaires, surtout mitrales,
sont à l'origine d'environ 1/5 des blocs
droits complets.
les cardiopathies congénitales sont également
responsables d'environ 20% des blocs droits
complets. Il s'agit essentiellement des
cardiopathies avec retentissement sur le
coeur droit, comme la tétralogie de Fallot.
le coeur pulmonaire chronique, l'HTAP, les
cardiomyopathies primitives représentent
les autres causes de blocs de branche droits
complets.
BLOC DE BRANCHE
GAUCHE
Nous prendrons comme
type de description le bloc de branche gauche
complet en position électrique horizontale.
1 - Dérivations précordiales
C'est dans le plan
horizontal que l'on observe l'aspect caractéristique
du bloc de branche gauche complet :
En dérivations précordiales gauche (V5 V6),
on a habituellement un complexe QRS entièrement
positif, avec une onde R large, bifide,
crochetée, ou avec un plateau. La repolarisation
ventriculaire y est inversée, avec une onde
T négative, profonde et asymétrique.
Les dérivations ventriculaires droites (V1
V2) montrent généralement une petite onde
r initiale, suivie d'une grande onde S large
et profonde. Dans certains cas, il n'y a
pas d'onde r. Celle-ci est remplacée par
une onde Q initiale, qui ne témoigne pas
d'un infarctus antéroseptal.
2 - Dérivations frontales
La durée du QRS est
prolongée, atteignant souvent 0,14 seconde.
L'axe de QRS est dans la majorité des cas
normal ou légèrement dévié à gauche.
3 - Il existe des variétés
électriques atypiques de bloc gauche
blocs gauches homophasiques : il s'agit
d'une variété peu fréquente de bloc gauche,
ou les ondes T en précordiales gauches sont
positives, dirigées dans le même sens que
le QRS, contrairement aux blocs gauches
habituels.
blocs gauches avec forte déviation axiale
gauche : ils sont relativement fréquents.
L'axe de QRS est compris entre -45 et -90°.
Le plus souvent, le QRS est très élargi
et il existe une cardiomégalie.
les blocs gauches avec déviation axiale
droite : ils sont rarissimes, et toujours
associés à une hypertrophie avec forte dilatation
ventriculaire droite.
blocs
déguisés.
On appelle "bloc déguisé" les images electrocardiographiques
où l'aspect est celui d'un bloc gauche en
périphérique et d'un bloc droit en précordial.
Ces blocs déguisés assez rarement rencontrés
traduisent la présence de lésion dégénérative
diffuse du tissu de conduction. Ils représentent
souvent une indication de mise en place
de pacemaker définitif.
4 - Aspects cliniques
et étiologiques des blocs gauches complets
Le bloc de branche
gauche n'a pas en soit de traduction clinique.
Il témoigne pratiquement toujours d'une
pathologie cardiaque organique sous-jacente.
Une cardiomégalie radiologique est fréquente
dans le bloc gauche.
Toutes les cardiopathies
peuvent se compliquer de blocs gauches,
mais la grande majorité des étiologies est
représentée par les cardiopathies valvulaires
aortiques, l'HTA, et les cardiomyopathies,
qu'elles soient d'origine ischémique ou
primitive.
Chez l'enfant et
le nourrisson, le bloc gauche est exceptionnel.
5 - Bloc gauche et
infarctus myocardique.
Un problème particulier
est représenté par le diagnostic ECG de
l'infarctus myocardique qui est difficile
en cas de bloc de branche gauche complet.
Dans ce cas, l'activation ventriculaire
se fait entièrement de droite à gauche,
et la présence d'une onde q en précordiales
droites peut être due uniquement aux troubles
de conduction. En outre, les grandes ondes
T négatives secondaires aux troubles de
conduction vont masquer les altérations
de l'onde T déterminées par l'ischémie myocardique.
Dans les infarctus
récents, le diagnostic peut être fait dans
environ 50% des cas, lorsque les tracés
ECG sont enregistrés précocemment et à intervalles
répétés. Souvent, le diagnostic se base
sur les modifications typiques du segment
ST et de l'onde T, en insistant sur l'intérêt
que prennent les changements évolutifs d'un
tracé par rapport à l'autre pendant la phase
aiguë de l'infarctus.
Dans les infarctus
anciens, le diagnostic est encore plus difficile,
voire impossible. Il repose sur des critères
inconstants et non spécifiques. Dans les
infarctus antéro-septaux, on recherchera
:
le signe de Cabrera
: il s'agit d'un crochetage de la branche
ascendante de l'onde S en V3-V4.
la présence d'une onde q en D1, V5, V6 ou
V7.
ou une diminution de l'amplitude de l'onde
R de V1 à V4.
Les infarctus
inférieurs peuvent être diagnostiqués par
l'existence d'ondes q larges en D2, D3 et
VF. (Signe de Chapman)

6 - Bloc gauche et insuffisance
cardiaque
Dans l'insuffisance
cardiaque évoluée avec décompensations fréquentes
sous traitement médical maximal, l'existence
d'un bloc gauche large (QRS supérieur à
150 msec) devient une indication à l'implantation
d'un pace-maker triple chambre (sonde OD,
VD et VG) en l'absence de solution de greffe
cardiaque, même si il n'existe pas de bloc
complet. En effet les études actuelles montrent
un bénéfice clinique et fonctionnel. Il
reste à démontrer, outre le SMR (service
médical rendu), le bénéfice sur la mortalité
de cette population à risque.
HEMIBLOCS ANTERIEURS
GAUCHES (HBAG)
Nous prendrons pour
type de description l'HBAG standard sans
anomalie électrique associée.
1 - Plan frontal
C'est dans ce plan
que l'on observe les signes typiques de
l'HBAG standard :
la durée de QRS est modérément allongée,
en moyenne à 0,09 seconde.
l'axe de QRS est dévié à gauche, entre -45
et -80°. On observe toujours un aspect rS
en D3 VF. Un tel aspect est également souvent
rencontré en D2, alors qu'il existe, à l'inverse,
un aspect qR en D1 et VL.
2 - Plan horizontal
Dans les dérivations
précordiales du plan horizontal, on observe
habituellement une onde S relativement profonde
jusqu'en V6.
3 - Formes cliniques
et étiologiques
L'incidence des HBAG
est d'environ 2 à 4% des ECG enregistrées
dans une consultation de cardiologie. L'incidence
augmente de façon progressive avec l'âge.
La prépondérance masculine est évidente.
L'insuffisance coronarienne
représente la principale cause d'HBAG. Il
s'agit habituellement d'infarctus, le plus
souvent antérieurs, mais l'insuffisance
coronarienne sans infarctus du myocarde
est une cause relativement fréquente. Les
cardiopathies hypertensives, et les cardiopathies
valvulaires aortiques peuvent également
déterminer un HBAG. Les autres causes sont
très rares.
HEMIBLOCS POSTERIEURS
GAUCHES (HBPG)
L'hémibloc postérieur
gauche isolé est exceptionnel. Son aspect
électrocardiographique typique se reconnaît
dans le plan frontal :
l'axe de QRS est dévié au delà de +120°.
on retrouve un aspect qR en D2, D3 et VF,
avec présence de S1 Q3. La largeur de QRS
est dans les limites de la normale ou légèrement
allongée (de 0,10 à 0,12 seconde). Mais,
fait essentiel, ces critères ne sont valables
qu'en l'absence d'hypertrophie ventriculaire
droite ou de coeur horizontal.
Ainsi, le diagnostic
HBPG ne peut être purement électrocardiographique,
il doit nécessairement s'appuyer également
sur le contexte clinique et radiologique.
Les cas d'HBPG isolés
sont très rares dans la littérature, et
non spécifiques ; on les rencontre essentiellement
dans les cardiomyopathies aiguës ou chroniques,
l'insuffisance coronarienne aiguë ou chronique,
et les cardiopathies valvulaires principalement
aortiques.
FORMES ECG DES
BLOCS DE BRANCHES
1 - Blocs transitoires
ou intermittents
Dans certains cas,
l'aspect de bloc de branche persiste pendant
un certain temps, et disparaît secondairement.
La conduction peut être interrompue momentanément
par des altérations diverses (inflammatoires,
anoxiques, métaboliques, traumatiques, toxiques
etc...).
Parfois, on observe
sur un même tracé électrocardiographique
à la fois des complexes avec aberration
de conduction, et des complexes avec conduction
intraventriculaire normale. On parle alors
de blocs intermittents.
2 - Les blocs fonctionnels
Il s'agit de blocs
intermittents, qui surviennent du fait d'une
inégalité de la période réfractaire normale
des branches du faisceau de His. Ils sont
en général fréquence-dépendant, et apparaissent
secondairement à l'accélération du rythme
cardiaque. On les observe notamment dans
les tachycardies paroxystiques supra-ventriculaires.
3 - Les blocs bifasciculaires
Les blocs bifasciculaires
associent un trouble de conduction dans
la branche droite, ainsi que dans un des
rameaux de la branche gauche du faisceau
de His.
l'association bloc de branche droit et hémibloc
antérieur gauche (BBD + HBAG) est l'association
la plus fréquente.
l'association bloc droit avec hémibloc postérieur
gauche (BBD + HBPG) est beaucoup plus exceptionnelle.
4 - Les blocs trifasciculaires
Plusieurs formes
ont été décrites:
La forme la plus
typique est caractérisée par l'existence
d'un bloc de branche droit complet, associé,
en alternance, à un hémibloc antérieur gauche
ou postérieur gauche.
Un autre aspect caractéristique
est représenté par l'alternance d'un bloc
de branche droit complet avec un bloc de
branche gauche complet.
On rattache au bloc
trifasciculaire certains blocs bifasciculaires
complets permanents, s'accompagnant d'un
bloc auriculo-ventriculaire du 2ème degré
de type Mobitz. Il a en effet été démontré
que cette variété de bloc auriculo-ventriculaire
est dans ces cas toujours en rapport avec
un trouble de conduction infrahissien.
5 - Les blocs de branches
incomplets
Bloc incomplet droit :
Dans les blocs incomplets
droits, la durée du complexe QRS varie de
0,08 à 0,12 seconde. On observe également
la double positivité du bloc droit, avec
aspect RSR' en précordiale droite.
La signification
clinique du bloc incomplet droit est incertaine.
On l'observe souvent chez des enfants ou
des sujets jeunes apparemment indemne de
cardiopathie.
L'association avec
une hypertrophie ventriculaire droite est
néanmoins fréquente, et son étiologie est
largement dominée par les cardiopathies
à retentissement valvulaire droit, en particulier
cardiopathies valvulaires mitrales, cardiopathies
congénitales et coeur pulmonaire chronique.
Bloc incomplet gauche :
Le bloc incomplet
gauche typique à une durée de QRS < 0,12
seconde, et un empâtement initial de la
branche ascendante de l'onde R dans les
dérivations V5, V6 et V7 (et fréquemment
D1 et AVL).
Il correspond toujours
à une cardiopathie organique, le plus souvent
valvulopathies aortiques, cardiopathies
ischémiques ou hypertensives et myocardiopathies.
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