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DEFINITION
La fibrillation
atriale correspond à une activité totalement
désynchronisée de l'ensemble des myocytes
atriaux. Il en résulte une activité électrique
ininterrompue, rapide, irrégulière et il
n'est plus possible de différentier les
phases de dépolarisation et de repolarisation.
Cette anarchie
dans la propagation de l'influx au niveau
du massif atrial entraîne une inefficacité
hémodynamique complète. En effet, la contraction
coordonnée des oreillettes est alors remplacée
par une stimulation musculaire très rapide,
donnant à la paroi un aspect vermiculaire.
Enfin, la fibrillation
atriale a presque toujours comme conséquence
une arythmie complète ventriculaire dont
la fréquence, le plus souvent rapide, dépend
de la qualité de la conduction atrioventriculaire;
on parle souvent de tachyarythmie par fibrillation
atriale.
ETIOLOGIE
La fibrillation
atriale (FA) peut être aiguë ou chronique.
Elle peut évoluer longtemps sur le mode
paroxystique, ou être permanente.
1. Cardiopathies
chroniques
1.1 - La plupart
des cardiopathies chroniques
peuvent se compliquer de FA, en particulier
les cardiopathies parvenues au stade d'insuffisance
cardiaque, qui s'accompagnent de fibrillation
atriale dans environ la moitié des cas.
1.2 - Les cardiopathies
mitrales rhumatismales
représentent une étiologie fréquente, et
l'apparition de la FA constitue un tournant
dans l'évolution de la maladie.
1.3 - Les cardiopathies
les plus souvent en cause
sont les cardiopathies valvulaires, certaines
cardiopathies congénitales comme les communications
inter-atriales. On retrouve toutes les cardiopathies
comportant une atteinte de la fibre myocardique
: myocardiopathies primitives ou myocardiopathies
de surcharge secondaires.
L'insuffisance coronarienne chronique peut
également favoriser la fibrillation atriale.
1.4 - L'hyperthyroïdie
s'accompagne fréquemment de fibrillation
atriale, d'autant plus volontiers qu'une
cardiopathie est associée.
1.5 - Enfin,
la fibrillation atriale
peut survenir sur un cœur apparemment sain
et on parle alors de FA idiopathique. Dans
ce cas de FA idiopathique, on individualise
la dilatation idiopathique de l'oreillette
droite, dont les manifestations rythmiques
sont précoces, et la maladie rythmique atrial
qui se caractérise par l'alternance d'une
tachycardie atriale, FA ou flutter, et de
bloc sino-atrial.
2. Cardiopathies aiguës
Toutes les
atteintes cardiaques aiguës peuvent s'accompagner
de FA, en particulier les myocardites et
les péricardites virales ou rhumatismales.
L'infarctus myocardique peut parfois s'accompagner
de FA à la phase aiguë.
MECANISME
Les études
électrophysiologiques ont montré que la
fibrillation atriale est due à la dépolarisation
anarchique de cellules ou groupes de cellules
myocardiques. Le déclenchement de la fibrillation
atriale requiert deux conditions simultanées
: un trouble de la conduction et un trouble
de l'excitabilité atriale.
Les foyers
d'hyperexcitabilité donneraient naissance
à des dépolarisations prématurées, alors
que l'absence d'homogénéité de conduction
à travers le massif atrial est à l'origine
d'une conduction irrégulière et ralentit
les influx, créant ainsi des circuits multiples
variables en fonction des conditions locales
de la conduction et de l'excitabilité des
cellules atriales. Il en résulte une multitude
de microcircuits, perpétuellement changeants,
responsables d'une contraction vermiculaire
non systématisée.
ASPECTS ELECTRO-CARDIOGRAPHIQUES
1. L'activité atriale
En cas de fibrillation
atriale, il n'est plus possible d'individualiser
les ondes P, et celles-ci sont remplacées
par une trémulation permanente de la ligne
isoélectrique, déformée par des accidents
irréguliers d'amplitudes inégales (ondes
f). Ces ondes peuvent avoir une amplitude
assez minime ou au contraire être très amples,
rapides et irrégulières ; dans ce dernier
cas on parle de fibrillation à grosses mailles.
Dans certains
cas, l'amplitude des ondes f sur le tracé
de surface décroît tellement qu'elles ne
sont plus visibles, donnant pratiquement
un aspect de paralysie atriale (l'oreillette
est alors totalement muette et inexcitable).
Cet aspect se rencontre surtout en cas de
dilatation majeure des oreillettes.
2. L'activité ventriculaire
En cas de fibrillation
atriale, les influx d'origine atriale sont
anarchiques, très rapprochés dans le temps.
Ils pénètrent plus ou moins profondément
dans le nœud atrio-ventriculaire, mais une
grande partie d'entre eux ne pourront traverser
le nœud de part en part. La plupart seront
en effet bloqués, mais ils n'en provoquent
pas moins un état réfractaire, absolu ou
relatif, qui va gêner la pénétration des
influx suivants.
2.1 - Habituellement,
la conduction est assurée par les voies
nodo-hissiennes normales.
Dans les conditions
habituelles, le filtre que représente le
noeud atrio-ventriculaire permet de réduire
la fréquence ventriculaire d'environ 4 fois
par rapport à la cadence atriale, qui de
l'ordre de 400 à 600 /mn. Le rythme est
habituellement très irrégulier, d'où le
nom d'arythmie complète qui est associée
à la notion de fibrillation atriale.
2.2 - Plus rarement,
les voies nodo-hissiennes sont pathologiques.
Il peut en effet
exister un bloc atrio-ventriculaire, dont
le diagnostic n'est pas toujours aisé en
cas de fibrillation atriale. La reconnaissance
d'un bloc du premier ou du deuxième degré
n'est pas possible dans la fibrillation
atriale. En cas de bloc complet (3ème degré),
l'arythmie complète ventriculaire est remplacée
par un rythme régulier, du fait de l'échappement
du foyer d'automatisme situé en aval de
la zone de bloc. Les QRS sont fins en cas
d'échappement hissien, et élargis en cas
d'échappement plus bas situé. Parfois, la
fibrillation atriale accompagne un rythme
ventriculaire lent, restant irrégulier.
On parle alors de brady-arythmie par fibrillation
atriale.
2.3 - Fibrillation
atriale et blocs de branche fonctionnels.
Le caractère irrégulier
de la cadence ventriculaire favorise la
survenue d'un bloc de branche fonctionnel,
notamment en cas de fréquence ventriculaire
rapide. Le plus souvent le phénomène de
bloc survient sur un intervalle RR court,
qui fait suite à un intervalle RR précédent
long (phénomène d'Aschman), car la durée
de la période réfractaire est fonction de
la longueur du cycle cardiaque précédent.
Habituellement, il s'agit d'un bloc de branche
droit. Ce phénomène de bloc peut être isolé
ou se répéter sur plusieurs complexes successifs,
pour peu que la fréquence reste rapide.
2.4 - Fibrillation
atriale et extra-systoles ventriculaires.
Les extrasystoles
ventriculaires peuvent s'observer quelque
soit la nature du rythme atriale. En cas
de fibrillation atriale, le diagnostic est
parfois difficile, car des blocs de branche
fonctionnels peuvent en imposer pour des
ESV.
2.5 - Fibrillation
atriale et préexcitation ventriculaire.
Les préexcitations
ventriculaires, en particulier sur fibres
de Kent (syndrome de Wolff-Parkinson-White)
posent essentiellement un problème pronostique
et thérapeutique. Le diagnostic et facile
lorsque l'on dispose d'un ECG en rythme
sinusal, qui montre la pré-excitation. Au
cours de l'épisode d'arythmie atrial, la
morphologie des complexes QRS peut parfaitement
simuler un bloc de branche controlatéral.
Des complexes fins et larges coexistent
sur le même tracé. Le pronostic dépend de
la perméabilité de la voie de pré-excitation.
Lorsque la voie accessoire est très perméable,
la cadence ventriculaire peut être très
rapide (supérieur à 300 /mn), et finir par
induire une fibrillation ventriculaire.
RETENTISSEMENT HEMODYNAMIQUE
Le retentissement
hémodynamique de la FA est lié d'une part
à la perte de la systole atriale mécanique,
et d'autre part à l'accélération de la fréquence
ventriculaire. En rythme sinusal, la contraction
atriale en fin de diastole assure le remplissage
ventriculaire gauche, et intervient pour
environ 5% du débit cardiaque au repos,
alors que cette proportion peut monter jusqu'à
30 % à l'effort. Ceci explique que la survenue
d'une FA puisse être mal tolérée lorsque
la systole atriale assure une part importante
du remplissage ventriculaire (tachycardie,
effort, cardiopathie hypertrophique...).
CLINIQUE
1. Troubles fonctionnels
liés à la FA
Que la FA soit paroxystique
ou permanente, on observe de grandes variations
de la tolérance fonctionnelle d'un patient
à un autre, ou chez un même patient.
1.1 - Fibrillation
atriale paroxystique
Le diagnostic de
FA paroxystique est souvent un diagnostic
d'interrogatoire, à moins que l'on ait la
chance de pouvoir enregistrer un accès.
Le plus souvent, le patient décrit la survenue
brutale d'une sensation de palpitations,
irrégulières, désordonnées, et souvent angoissantes.
La durée de l'accès est extrêmement variable,
de quelques secondes à quelques heures.
Parfois, la crise s'accompagne d'une polyurie
importante et d'une asthénie. Mais le plus
souvent, les crises ne sont pas ressenties
par le patient, restent méconnues et donc,
sous-estimées.
Les conséquences
de la tachyarythmie sont ressenties de façon
très variables . Parfois, sensations lipothymiques,
voire syncope, ou angor fonctionnel, mais
il n'est pas rare que la crise ne soit pas
ressentie. Parfois, la FA est au second
plan, alors que le patient souffre d'asthénie
ou de dyspnée ou de malaise mal défini.
Enfin, la FA peut se manifester par une
complication thrombo-embolique, le plus
souvent cérébrale, alors responsable d'un
accident ischémique cérébral transitoire
ou définitif.
1.2 - Troubles fonctionnels
liés à la FA permanente
Les troubles fonctionnels
de la FA permanente dépendent essentiellement
de la cardiopathie sous-jacente, et de la
fréquence de la tachycardie. La FA doit
être recherchée de principe comme facteur
déclenchant en cas de décompensation d'une
cardiopathie connue.
2. Diagnostic de la
fibrillation atriale.
2.1 - Diagnostic clinique
en présence de l'accès
Le diagnostic
de la FA est habituellement facile à l'auscultation,
du fait de l'existence d'une arythmie complète
ventriculaire. Le caractère irrégulier est
volontiers mieux perçu à l'auscultation
qu'à la simple prise du pouls. Cliniquement,
il n'est pas possible de différentier une
FA d'un flutter ou d'une tachysystolie atriales
à conduction variable.
Dans tous les
cas, l'électrocardiogramme permet le diagnostic.
2.2 Diagnostic de la
FA dans l'intervalle des accès
Le problème
le plus difficile est représenté par la
nécessité d'un diagnostic rétrospectif,
lorsque la FA n'est pas ou mal ressentie
par le malade, notamment dans le cadre du
bilan étiologique d'un accident ischémique
cérébral transitoire.
Le Holter ECG
sur 24 heures représente un apport important
pour le diagnostic. On n' a que très rarement
l'occasion d'enregistrer des accès de FA,
car ils sont souvent assez espacés dans
le temps au début de l'évolution. Il faut
alors s'attacher à rechercher une extrasystolie
atriale, anormalement importante , qui peut
être le prélude à l'installation d'une FA.
EVOLUTION
L'évolution est très
variable d'un patient à l'autre, les crises
pouvant être très espacées dans le temps,
ou au contraire être rapidement récidivantes.
Le plus souvent, elles évoluent sur le
mode paroxystique, puis la fibrillation
devient permanente.
COMPLICATIONS
DE LA FA
1. Complications thromboemboliques
La disparition de
l'activité mécanique atriale favorise la
formation de thrombi atriales, particulièrement
dans l'oreillette gauche. Ces thrombi peuvent
migrer spontanément, ou à la faveur d'une
reprise de la contraction atriale lors d'un
retour spontané en rythme sinusal. Le risque
d'embolie de la circulation systémique est
d'autant plus élevé qu'il existe une lésion
valvulaire mitrale, ou une dilatation de
l'oreillette gauche. Les localisations les
plus habituelles sont les migrations cérébrales,
notamment l'artère sylvienne droite, ainsi
que dans la fourche aortique et dans les
artères des membres inférieurs. Ce risque
de migration thromboembolique justifie la
prescription d'un traitement anticoagulant.
2. Insuffisance cardiaque
Lorsque la FA est
installée depuis longtemps, elle s'accompagne
souvent d'une insuffisance cardiaque congestive.
En fait, l'insuffisance cardiaque est le
plus souvent en rapport avec la cardiopathie
sous-jacente. Toutefois, dans certains cas,
la FA peut être responsable de l'apparition
d'une insuffisance cardiaque, notamment
lorsque la conduction atrio-ventriculaire
est bonne, et qu'un accès prolongé de FA
s'accompagne alors d'une fréquence ventriculaire
élevée.
3. Préexcitation ventriculaire
La survenue d'un
accès de FA peut mettre en jeu le pronostic
vital lorsqu'il existe une préexcitation
ventriculaire avec voie accessoire ( faisceau
de Kent ) très perméable, car elle peut
déclencher une fibrillation ventriculaire.
TRAITEMENT
1. Traitement de la
FA paroxystique
1.1 - Traitement médicamenteux
des accès
Le traitement de la FA paroxystique est
avant tout le traitement digitalique, sous
quelque forme que ce soit. La Digoxine
intra - veineuse (0.7 à 0.8 mg/kg), permet
un ralentissement de la fréquence ventriculaire.
La restauration du rythme sinusal est souvent
spontané en quelques heures.
Les quinidiniques sont rarement indiqués
à cette phase.
L' Amiodarone, par voie orale ou
intraveineuse est éventuellement indiquée
en association avec les digitaliques, surtout
en cas de cardiopathie évoluée avec mauvaise
fonction ventriculaire gauche et décompensation
cardiaque.
Les bêta-bloquants
sont souvent indiqués pour ralentir la cadence
ventriculaire. De même lorsque la FA est
en rapport avec une hyperthyroïdie.
Les calcium bloqueurs
comme le Vérapamil (Isoptine*), ou le Diltiazem
(Tildiem*) peuvent être associés aux digitaliques.
On les utilise non pas tant pour obtenir
un retour au rythme sinusal, que pour ralentir
la fréquence ventriculaire durant l'accès
Enfin, le traitement anti-coagulant est
obligatoire par voie intra-veineuse ou sous-cutanée,
de façon à obtenir une anticoagulation efficace.
En cas de fibrillation atriale paroxystique
survenant dans le cadre d'une préexcitation
ventriculaire, on utilisera la Flécaïnide
(Flécaine*) (1 à 2 mg/kg par voie intra-veineuse)
ou l'Amiodarone.
Les digitaliques sont dans ce cas contre-indiqués.
1.2 - Traitement préventif
des récidives de FA paroxystique
Le traitement le plus classique est représenté
par la quinidine.
L'hydroquinidine est efficace à la posologie
moyenne de 600 mg/j. Le traitement est généralement
bien supporté, en dehors de quelques intolérances
digestives ou neurologiques. Il faut par
ailleurs surveiller, dès le début du traitement,
l'absence d'allongement de l'espace QT à
l'ECG. Il prédispose, en effet, aux torsades
de pointe.
Les quinidiniques peuvent être associés
aux digitaliques,
ces derniers pouvant également être préscrits
seuls.
Les antiarythmiques
de la classe 1C de la classe 1C sont
efficaces, mais d'un maniement plus difficile,
du fait du risque d'arythmie à l'étage ventriculaire,
surtout en cas de mauvaise fonction ventriculaire
gauche.
| D'une manière
générale, les antiarythmiques
de classe 1 sont contre-indiqués
en cas de mauvaise fraction d'éjection
(FEVG< 40%) ou d'antécédents
d'insuffisance cardiaque (surmortalité
par effet proarythmique). |
Les classes III
sont également utilisé. L'Amiodarone
reste le traitement le plus efficace, mais
ne doit pas être utilisée en première intention
du fait de ses effets secondaires, à l'exception
de FA sur syndrome de préexcitation avec
réponse ventriculaire très rapide. Le Sotalol
peut également être prescrit à des doses
variant de 80 mg à 480 mg en 2 prises. Pour
l'instant les autres
classes III ne sont pas encore commercialisés.
Certaines FA paroxystiques sont rebelles,
et surviennent plus volontiers à l'occasion
d'efforts, de stress ou d'émotion. Elles
ont un mécanisme catécholergique, et l'on
utilise volontiers les bêtabloqueurs
dans ce cas.
Inversement, la FA peut être d'origine vagale,
initiée par une phase de bradycardie. On
choisira alors un antiarythmique ayant un
effet vagolytique, comme le disopyramide.
1.3 - Traitements non
médicamenteux
Exceptionnellement,
lorsque les accès de FA sont très invalidants,
c'est à dire soit prolongés et rapides,
soit très récidivants, ou encore lorsque
le traitement antiarythmique est responsable
d'effets secondaires intolérables pour le
patient, on peut proposer une ablation de
la voie hissienne par radiofréquence.
On créé alors volontairement
un bloc atrio-ventriculaire complet, ce
qui impose la mise en place d'un stimulateur
cardiaque définitif. Cette thérapeutique
n'empêche pas les accès de FA ; elle empêche
seulement l'arythmie complète ventriculaire
; elle seule permet donc de supprimer les
symptômes lorsque le traitement médicamenteux
est inefficace.
2. Traitement de la
FA permanente
En présence d'une
FA permanente, le premier problème thérapeutique
est le choix entre une tentative de régularisation
ou le maintien de la FA.
2.1 - Régularisation
par cardioversion médicamenteuse
ou électrique
La réduction médicamenteuse fait appel aux
mêmes médicaments que ceux prescrits pour
une FA paroxystique avec les mêmes contre-indications.
La dysfonction ventriculaire étant plus
fréquente dans ce groupe, on est rapidement
limité dans le choix et l'amiodarone
est donnée plus facilement.
Le choc électrique externe, ou cardioversion,
consiste à délivrer, sous anesthésie générale,
un courant transthoracique d'une intensité
de 100 à 360 Joules chez l'adulte, grâce
à deux larges électrodes. Il permet d'obtenir
un retour en rythme sinusal, mais ne garantit
pas son maintien.
Les modalités pratiques de la cardioversion
sont bien codifiées. Le patient doit être
soumis à un traitement anticoagulant efficace
au moins 1 mois avant la tentative de régularisation.
Celle-ci doit être faite en l'absence de
surdosage digitalique ou de déséquilibre
potassique. Le traitement anticoagulant
est à poursuivre pendant au moins 1 mois
après retour au rythme sinusal.
Les indications de choc électrique
dépendent de la tolérance de la FA, et de
la tendance probable à la récidive après
le choc, qui elle même dépend de l'ancienneté
du trouble rythmique et de la cardiopathie
causale. Les meilleurs candidats à la cardioversion
sont les patients dont la FA est récente
, sans dilatation atriale importante.
Une rechute n'est
pas une contre-indication à une nouvelle
cardioversion, sauf en cas de récidive précoce
avec traitement antiarythmique d'entretien
bien conduit.
Une nouvelle prise
en charge se développe dans les FA d'apparition
récente, avec réalisation d'une ETO précoce
(après 48 heures d'anticoagulation IV).
En l'absence de thrombi atriaux, le patient
peut bénéficier d'une cardioversion électrique.
2.2 - Traitement d'entretien
de la FA permanente
Traitement antiarythmique
Son but est d'obtenir
une bonne tolérance du trouble rythmique.
Il faut savoir en faire accepter le principe
au patient, qui doit s'adapter à ces nouvelles
conditions hémodynamiques. Souvent, la FA
chronique permanente est mieux tolérée que
les formes paroxystiques.
Le traitement médicamenteux
repose essentiellement sur les digitaliques
ou l'Amiodarone. Le Vérapamil et le Diltiazem
peuvent être utilisés, notamment chez le
coronarien, afin de ralentir la fréquence
ventriculaire. Il est rare que le traitement
médicamenteux ne parvienne pas à obtenir
un ralentissement suffisant de la fréquence
ventriculaire, et que l'on doive recourir
à une ablation de la conduction atrio-ventriculaire,
et à la mise en place d'un pace maker définitif.
Traitement anticoagulant
Plusieurs grandes
études ont montré l'intérêt indiscutable
des anticoagulants de type antivitamine
K dans la prévention primaire des accidents
vasculaires cérébraux. La prescription d'antivitamine
K réduit, selon les études, de 67 % à 82
% le risque de survenue d'un premier accident
cérébral ischémique. Le risque d'accidents
hémorragiques graves, sous traitement antivitamine
K varie suivant les études et limite les
indications. Le traitement antivitamine
K est obligatoire chez les patients présentant
une FA, et atteints d'une cardiopathie,
lorsque le patient a une prothèse valvulaire,
ou encore qu'il présente des antécédents
d'embolie ou un thrombus identifié.
La fibrillation atriale
idiopathique du sujet de moins de 65 ans,
en l'absence de cardiopathie, échappe à
cette indication.
Place des anti-agrégants plaquettaires
Les résultats obtenus
avec les anti-agrégants plaquettaires, et
notamment l'aspirine, dans la prévention
des accidents vasculaires cérébraux sont
moins convaincants qu'avec les AVK. L'aspirine
semble toutefois avoir un effet préventif
aussi efficace que les AVK chez les sujets
de moins de 65 ans sans cardiopathie. En
revanche, après 70 ans, les AVK sont plus
efficaces. Les indications exactes des anti-aggrégants
restent à préciser.
2.3 - Les indications
du traitement anticoagulant en présence
d'une fibrillation atriale
Les indications du
traitement anticoagulant en présence d'une
fibrillation atriale ont été récemment codifiées
dans une Task Force commune de trois sociétés
de cardiologie (American College of Cardiology,
American Heart Association, European Society
of Cardiology). Ces recommandations sont
résumées ci-dessous.
Ces trois sociétés
recommandent que le traitement anti-thrombotique
soit basé sur l'évaluation du risque embolique.
Les facteurs de risque d'accident embolique
sont :
- la présence d'une
insuffisance cardiaque contrôlée ou non-contrôlée,
- une fraction d'éjection inférieure
à 0.35% quelle que soit la cause,
- une hypertension artérielle contrôlée
ou non-contrôlée.
Les recommandations
sont gradées en Classe I, IIa et IIb suivant
le niveau de preuve recueilli dans la littérature
médicale:
- La recommandation
de grade I est le plus haut niveau; elle
recueille l'unanimité des experts.
- La recommandation de grade IIa est basée
sur un niveau de preuve plus faible mais
recueille l'accord de la majorité des experts
consultés sur ce point.
- La recommandation de grade IIb a un niveau
de preuve plus faible ne faisant pas l'unanimité
chez les experts.
Recommandations pour
le traitement anti-thrombotique chez les
malades en fibrillation atriale (cf. tableau
)
Classe I (Recommandations faisant l'unanimité
des experts)
1. Un traitement
anti-thrombotique (traitement anticoagulant
oral ou aspirine) doit être prescrit en
vue de prévenir les complications thrombo-emboliques
à tous les patients en fibrillation atriale
à l'exception de ceux qui ont une fibrillation
atriale isolée.
2. La sélection du
traitement anti-thrombotique doit être individualisée,
en fonction du risque absolu d'accident
ischémique et de saignement, du rapport
risque-bénéfice pour chaque patient pris
individuellement.
3. Un traitement
anti-coagulant oral est recommandé à une
dose susceptible d'obtenir un INR entre
2 et 3 chez les patients à haut risque d'accident
vasculaire en l'absence de contre-indication.
4. L'aspirine à une
dose de 325mg journellement est une alternative
au traitement anticoagulant oral chez les
patients à bas risque ou chez les patients
avec contre-indication au traitement anti-coagulant
oral.
5. Chez les patients
en fibrillation atriale avec valvulopathie
rhumatismale ou prothèse valvulaire mécanique
ou biologique, un traitement anticoagulant
oral doit être prescrit avec un INR adapté
en fonction du type de prothèse, mais qui
ne peut en aucun cas être inférieur à 2
à 3.
Classe IIa (Recommandations acceptées par
la majorité des experts)
1. Chez des patients
de plus de 75 ans sans contre-indication
au traitement anti-coagulant mais considérés
à haut risque de complication hémorragique,
le traitement anticoagulant oral à titre
préventif doit être prescrit avec un INR
cible de 2 (1.6-2.5).
2. Les règles du
traitement anti-thrombotique (anticoagulant
ou anti-plaquettaire) chez les patients
avec flutter atriale sont les mêmes que
celles de la fibrillation atriale.
3. Les recommandations
pour la fibrillation atriale paroxystique
sont les mêmes que pour la fibrillation
atriale permanente
Classe IIb (Recommandations ne faisant pas
l'unanimité chez les experts)
1.
L'interruption du traitement anticoagulant
pour une période d'une semaine ou moins
en raison de geste chirurgical ou de procédure
invasive comportant un risque de saignement
est possible sans substitution par l'héparine
pour les patients en fibrillation atriale
mais qui ne sont pas porteurs de prothèse
valvulaire cardiaque. Cela concerne notamment
la FA du sujet de moins de 65 ans, en l'absence
de cardiopathie (notamment oreillette gauche
de taille normale, absence de contraste
spontané à l'échographie, absence de dysfonction
ventriculaire gauche).
2.
Chez les patients à haut risque ou lorsque
l'interruption du traitement anticoagulant
doit être supérieure à une semaine, le relais
par héparine non fractionnée ou héparine
de bas poids moléculaire doit être prévu.
3.
Chez les patients avec maladie coronaire
soumis à anticoagulation, les mêmes critères
s'appliquent que chez les malades sans maladie
coronaire.
De petites doses d'aspirine (75mg par jour)
ou de clopidogrel (75mg par jour) peuvent
être données de façon simultanée au traitement
anticoagulant mais ces stratégies n'ont
pas fait l'objet d'une évaluation extensive
et peuvent être associées avec un risque
de saignement élevé.
4. L'aspirine n'est
pas jugée indispensable pour la prévention
des accidents ischémiques chez les patients
de moins de 60 ans sans facteur de risque
(fibrillation atriale isolée).
CONCLUSION
La FA représente
le plus fréquent des troubles du rythme
cardiaque, résultant de l'association d'un
trouble de l'excitabilité et de la conduction
intra-atriale. Il en résulte une perte de
l'activité mécanique, dont le retentissement
hémodynamique peut être sévère en cas de
cardiopathie organique notamment hypertrophique.
La thérapeutique dépend surtout de la tolérance
clinique et évolutive, selon la caractère
paroxystique ou permanent de la FA et de
la cardiopathie sous-jacente éventuelle.
Les facteurs de risque
d'AVC sont en cas de FA, rétrécissement
mitral, hypertension artérielle, antécédent
d'AVC ou d'AIT, dysfonction VG, poussée
d'insuffisance cardiaque et âge supérieur
à 75 ans. |