| INTRODUCTION
Le coeur comporte
deux types de cellules :
les cellules myocardiques contractiles communes,
qui assurent le travail mécanique du coeur.
les cellules du tissu nodal, siège de l'automatisme
et assurant la conduction.
Toutes ces cellules
sont électriquement polarisées lors de la
diastole et se dépolarisent lors de la systole
: c'est le potentiel d'action.
POTENTIEL D'ACTION
1 - La cellule
est polarisée pendant la diatole,
le milieu endo-cellulaire négativement,
et la membrane du côté extracellulaire positivement.
Il existe entre les milieux extra et intra-cellulaires
une différence de potentiel de l'ordre de
-90 mV en début de diastole. Pendant la
systole, la fibre se dépolarise, c'est le
potentiel d'action qui est sous la dépendance
de mouvements ioniques transmembranaires.
On lui décrit quatre phases :
1.1 - La phase
0 Ascendante
où le potentiel s'inverse brutalement correspond
à l'afflux rapide de Na+ dans la cellule.
Le potentiel passe de -90 mV à +20 mV.
1.2 - Les phases
1 et 2 ou plateau,
sont sous la dépendance d'entrée de Na+
et Ca++ dans la cellule.
1.3 - La phase
3 ou repolarisation ramène
la fibre au potentiel transmembranaire de
repos, fortement électronégatif. Elle est
sous la dépendance de sortie de K+ de la
cellule.
1.4 - Enfin la
phase 4 qui
amène le potentiel transmembranaire au niveau
du potentiel seuil (- 70 mV) à partir duquel
survient une nouvelle dépolarisation. Cette
phase est sous la dépendance d'échanges
actifs Na+ - K+ (le Na+ sort de la cellule,
le K+ y rentre). Ce phénomène actif est
catalysé par l'ATPase membranaire.
2 - Signification
fonctionnelle du potentiel d'action.

2.1 - La phase
0 : est
d'autant plus rapide que le potentiel transmembranaire
de repos est plus électronégatif, et réciproquement.
Plus cette phase est rapide, plus la cellule
conduit rapidement la dépolarisation. On
décrit donc deux types de cellules :
les cellules à réponse et conduction rapides
(His et Purkinje) où le potentiel transmembranaire
est fortement électronégatif et la phase
0 abrupte,
les cellules à réponse et conduction lentes
(noeud de Keith et Flack et noeud d'Aschoff-Tawara)
où le potentiel transmembranaire de repos
est faiblement électronégatif et la phase
0 plus lente.
2.2 - Les phases
1 et 2 correspondent
à la période réfractaire absolue pendant
laquelle la cellule ne peut être à nouveau
dépolarisée. La période réfractaire absolue
est donc proportionnelle à la durée du plateau.
2.3 - Pendant
la phase 3, à
partir d'un certain niveau de potentiel,
la cellule recouvre la possibilité de se
dépolariser à nouveau, mais le potentiel
d'action a une morphologie et une amplitude
qui dépendent du niveau de repolarisation
de la membrane cellulaire. Schématiquement,
le potentiel d'action est d'autant plus
faible et sa phase 0 d'autant plus lente
que le niveau de repolarisation est plus
faiblement électronégatif. Cela permet de
définir les périodes réfractaires :
En 2, une dépolarisation est possible si
l'intensité de stimulation est forte, c'est
la limite de la période réfractaire absolue
(PRA).
En 3, la dépolarisation est possible, mais
non propagée. C'est la période réfractaire
effective (PRE).
En 4, la dépolarisation est propagée, mais
lente, c'est la limite de la période réfractaire
relative (PRR).
En 5, la réponse est normale, c'est la limite
de la période réfractaire totale (PRT).
Les périodes
réfractaires du tissu nodal sont très différentes
selon la formation considérée. Schématiquement,
la période réfractaire est plus longue au
niveau du noeud auriculo-ventriculaire qu'au
niveau du faisceau de His. En outre, la
période réfractaire de la partie distale
du faisceau de His a une période réfractaire
plus longue que la partie proximale et que
le myocarde contractile commun. Ce qui caractérise
les périodes réfractaires, c'est leur inhomogénéïté
physiologique.
2.4 - La phase
4 :
pendant la phase 4, le potentiel de repos
est stable à - 90 mV dans les cellules myocardiques
contractiles communes.
Inversement, il s'élève dans les cellules
du tissu nodal. Cette élévation progressive
du potentiel transmembranaire de repos va
permettre à la cellule d'atteindre spontanément
le potentiel seuil à partir duquel survient
une nouvelle dépolarisation.
- Cette élévation est à la base de l'automatisme
cardiaque. Elle est rapide dans les cellules
à dépolarisation systolique lente (phase
0 lente) de telle sorte que leur fréquence
de dépolarisation spontanée est élevée.
On les appelle cellules pace-maker ou automatiques.
- Cette élévation diastolique du potentiel
transmembranaire de repos est lente dans
les cellules His-Purkinje, elles sont douées
d'automatisme, mais leur fréquence de dépolarisation
spontanée est basse.
TISSU NODAL 
1. Il comporte
deux formations nodales,
une formation fasciculaire et une formation
réticulaire.
1.1
- Le noeud de Keith et Flack ou noeud sinusal
contient les
cellules automatiques dont la fréquence
de dépolarisation est la plus rapide. Il
siège dans l'oreillette droite, à l'abouchement
de la veine cave supérieure,
1.2 - Le noeud
d'Aschoff-Tawara, ou noeud auriculo-ventriculaire
se trouve
dans le plancher de l'oreillette droite,
au voisinage de la cloison inter-auriculaire,
il contient des cellules automatiques.
1.3 - Le faisceau
de His comporte :
le tronc qui naît du noeud auriculo-ventriculaire
et se bifurque rapidement sur le septum
musculaire en deux branches :
- l'une droite grêle,
- l'autre gauche plus volumineuse, donnant
deux faisceaux principaux, l'un antéro-supérieur,
l'autre postéro-inférieur.
Ces deux branches se ramifient et donnent
: le réseau de Purkinje qui est en contact
avec le myocarde ventriculaire commun.
2. La dépolarisation
est assurée par le noeud de Keith et Flack,
puis conduite au noeud auriculo-ventriculaire
par voie musculaire (oreillette droite)
puis au tronc du faisceau de His, aux branches
du faisceau de His, au réseau de Purkinje,
puis enfin au myocarde ventriculaire commun.
La conduction se fait de cellule à cellule
au niveau des disques intercalaires, le
tissu nodal de même que le myocarde commun
se comporte fonctionnellement comme un syncytium.
3 - Mais le point
de passage obligatoire de l'onde de dépolarisation
entre oreillettes et ventricules est le
noeud auriculo-ventriculaire et le tronc
du faisceau de His.
4 - La séquence
de dépolarisation normale est la suivante
:

sinus de Keith et Flack,
myocarde auriculaire commun : repère sur
l'électrocardiogramme de surface, onde P,
noeud auriculo-ventriculaire où la conduction
est lente : repère sur l'électrocardiogramme
de surface, intervalle PR,
faisceau de His,
branches du faisceau de His,
réseau de Purkinje,
myocarde ventriculaire contractile commun
: repère sur l'électrocardiogramme de surface,
complexe QRS.
4.1 - L'électrocardiogramme
normal comporte donc :
une onde P positive en D1 D2 durant 6 à
8/100e de seconde,
un intervalle PR de 12 à 22/100e de seconde,
un complexe QRS fin durant 6 à 8/100e de
seconde, lorsque la totalité de la masse
ventriculaire est activée de façon synchrone
par les deux branches du faisceau de His
et par le réseau de Purkinje.
4.2 - Toute anomalie
du schéma d'activation va modifier l'électrocardiogramme
:
anomalie de fréquence auriculaire et/ou
ventriculaire,
anomalie de conduction : entre le sinus
et l'oreillette (bloc sino-auriculaire),
entre les oreillettes et les ventricules
(bloc auriculo-ventriculaire),
anomalie d'activation (ou d'invasion) ventriculaire
: bloc de branche, extrasystole ventriculaire,
pré-excitation ventriculaire : dans tous
ces cas, le complexe QRS est élargi, supérieur
à 12/100e de seconde. Le complexe est élargi
puisque l'activation de la masse ventriculaire
se fait au moins en partie par voie musculaire
qui est plus lente que par le réseau de
Purkinje : activation asynchrone.
5 - Enfin, comme
on l'a vu précédemment, la vitesse de dépolarisation
diastolique
des fibres automatiques conditionne la hiérarchie
des pace-maker physiologiques :
le noeud de Keith et Flack est le plus rapide
(rythme sinusal voisin de 70/mn),
En cas de défaillance, l'automatisme est
assuré par les cellules du noeud auriculo-ventriculaire
ou du faisceau de His (rythme jonctionnel
voisin de 40 à 45/mn).
En cas de défaillance, par les cellules
du réseau de Purkinje (rythme idio-ventriculaire
voisin de 25 à 35/mn).
INFLUENCE DU SYSTEME NERVEUX AUTONOME
Le para-sympathique
ralentit la fréquence sinusale et la conduction
dans le noeud auriculo-ventriculaire, mais
n'a pas d'influence sur le système His-Purkinje.
La stimulation sympathique
a l'effet inverse et affecte toutes les
formations du tissu nodal, noeuds, faisceau
et réseau de Purkinje.
A l'état basal,
il existe un tonus cardio-modérateur vagal.
La suppression de l'innervation sympathique
par blocage pharmacologique des récepteurs
adrénergiques et du système para-sympathique
donne la fréquence de dépolarisation spontanée
du noeud sinusal voisine de 90 à 105 chez
l'homme.
TROUBLES DE L'AUTOMATISME
1 - La phase
diastolique du potentiel d'action
est caractérisée
par le niveau du potentiel transmembranaire
de repos, la vitesse de dépolarisation diastolique
spontanée et le niveau du potentiel seuil.
2 - Plusieurs
mécanismes
permettent d'expliquer l'augmentation de
fréquence de la dépolarisaiton d'une fibre
automatique:
Accélération de la dépolarisation diastolique
.
Elévation du potentiel transmembranaire
de repos .
Abaissement du potenteil seuil.
En pratique, n'importe
quelle cellule, même non automatique peut
acquérir un automatisme anormal dans les
cas pathologiques : essentiellement ischémie,
intoxication digitalique, hypokaliémie,
stimulation adrénergique excessive.
3 - Des mécanismes
exactement opposés
expliquent qu'une cellule automatique ait
une fréquence de dépolarisation anormalement
basse. Sont responsables de ces phénomènes
: une digitalisation en zone thérapeutique,
l'hyperkaliémie, la stimulation vagale.
REENTREE
Le mécanisme
de réentrée suppose que le tissu de conduction
est anastomosé. Les différentes formations
du tissu de conduction ont physiologiquement
des vitesses de conduction et des périodes
réfractaires différentes, ces différences
pouvant être renforcées dans certains cas
pathologiques. On peut donc concevoir un
modèle où la voie alpha a une période réfractaire
plus longue que la voie ßeta. Dans ces conditions,
une onde de dépolarisation suffisamment
prématurée peut trouver alpha en période
réfractaire et être bloquée sur alpha, et
trouver ßeta sorti de sa période réfractaire,
donc perméable. L'onde de dépolarisation
sera conduite par ßeta et va atteindre alpha
par voie rétrograde. Si le temps de conduction
dans ßeta est suffisamment long pour permettre
à alpha de sortir de sa période réfractaire,
l'onde de dépolarisation empruntera alpha
dans le sens rétrograde, puis à nouveau
ßeta dans le sens antérograde. Un mouvement
circulaire s'établira donc entre deux formations
du tissu de conduction. Il est généralement
rapide et explique certains troubles du
rythme dits par réentrée :
micro-réentrée : jonctionnelle (noeud auriculo-ventriculaire),
macro-réentrée : syndrome de Wolff-Parkinson-White,
pré-excitations ventriculaires,
nombre de troubles du rythme ventriculaire
répondent également à ce mécanisme.
FIBRILLATION
La fibrillation
auriculaire ou ventriculaire correspond
à une désynchronisation de l'activation
cellulaire responsable de multiples réentrées
entrainant une activation anarchique mécaniquement
inefficace du myocarde contractile commun.
Elle est déclenchée
par stimulation en période dite vulnérable
(fin de la phase 3) sur des cellules à repolarisation
généralement prolongée et désynchronisée
par un phénomène pathologique ou pharmacologique.
REEXCITATION FOCALE
L'exagération
de l'inégalité des périodes réfractaires
explique ce phénomène :
La juxtaposition de deux groupes cellulaires,
l'un à période réfractaire prolongée, l'autre
à période brève, fait que la cellule à période
brève sort de sa période réfractaire alors
que la cellule voisine à période réfractaire
prolongée a un potentiel encore supérieur
au potentiel seuil. Cela déclenche une nouvelle
dépolarisation de la cellule dont la période
réfractaire est la plus brève. Ce phénomène
est observé en cas d'ischémie.
DEPOLARISATION DIASTOLIQUE SPONTANEE - POTENTIELS
RESIDUELS.
A l'état pathologique,
le potentiel diastolique peut fluctuer ou
s'élever progressivement. La survenue d'une
dépolarisation sur un potentiel faiblement
électronégatif va donner un potentiel d'action
de faible amplitude et peu ou non propagé.
C'est l'explication du bloc paradoxal. |