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I.
Surveillance d'un patient porteur d'une
prothèse valvulaire
POINTS
FORTS A COMPRENDRE
Le
remplacement d'une valve sténosée
ou fuyante par une prothèse est une
chirurgie courante. Depuis le premier remplacement
valvulaire, effectué par Starr en
1960, la qualité technique des prothèses
a beaucoup évolué. Les modèles
les plus récents, à double
ailette, sont très performants.
Le
remplacement valvulaire par une prothèse
procure généralement une excellente
amélioration clinique. Néanmoins,
le remplacement valvulaire par prothèse
doit être considéré
plutôt comme une chirurgie palliative
que comme une guérison. La mortalité
péri opératoire n'excède
plus 1 à 2 % pour un remplacement
mono valvulaire, mais la survie des opérés,
qui est de 80 % à 5 ans, n'excède
pas 50 à 60 % à 10 ans et
50 % environ à 15 ans.
En
effet, le porteur de prothèses valvulaires
est exposé à des complications,
au premier rang desquelles les complications
thrombo-emboliques et l'endocardite infectieuse,
particulièrement grave dans ce contexte.
Les embolies artérielles périphériques,
notamment cérébrales, représentent
la complication la plus fréquente
des prothèses.
Le
diagnostic des dysfonctions de prothèse
fait surtout appel à l'échocardiogramme
Doppler transthoracique et transœsophagien.
Le diagnostic en demeure difficile et l'examen
nécessite un échographiste
entraîné.
Bien
que leur qualité de vie soit très
améliorée après le
remplacement valvulaire, ces patients sont
donc soumis à certaines contraintes
telles que l'observance d'un traitement
anticoagulant parfaitement équilibré
et ceci à vie pour les porteurs de
prothèses mécaniques, ainsi
qu'à la prophylaxie draconienne de
l'endocardite infectieuse.
La
surveillance du traitement anticoagulant
et l'obtention d'un équilibre parfait
de celui-ci est indispensable et doit être
l'objectif principal du suivi effectué
par le médecin traitant.
Il
faut donc considérer les prothèses
valvulaires comme un substitut imparfait
des valves natives (c'est pourquoi l'on
s'oriente de plus en plus de nos jours vers
le traitement conservateur des valvulopathies,
surtout mitrales, commissurotomie percutanée
pour la sténose mitrale, plastie
chirurgicale dans la majorité des
cas d'insuffisance mitrale).
PRINCIPAUX TYPES
DE PROTHESES VALVULAIRES
Il existe deux grands
types de prothèses valvulaires :
les prothèses mécaniques faites
de matériaux inertes et les prothèses
biologiques ou bioprothèses, le plus
souvent d'origine animale.
Une
prothèse mécanique
est constituée de :
- un anneau d'insertion, métallique,
qui sert à fixer la prothèse
sur l'anneau mitral ou aortique, plus rarement
tricuspidien.
- un élément mobile, de constitution
variable et dont les mouvements, sous l'effet
des variations de pression dans les cavités
situées de part et d'autre de la
prothèse, vont ouvrir et fermer alternativement
la prothèse.
Pour les plus anciennes prothèses,
l'élément mobile est une bille
en silastic se déplaçant entre
l'anneau d'insertion recouvert de dacron
et une cage en titane (prothèse de
Starr- Edwards, encore utilisée).
Des prothèses à disque sont
apparues ensuite, dont le chef de file était
la valve de Björk-Shiley. Ultérieurement,
des prothèses dont l'élément
mobile est fait de deux hémi disques
ou ailettes en carbone pyrolytique sont
apparues et sont actuellement les plus largement
utilisées (prothèses de Saint
Jude, Sorin, Tekna, Medtronic-Hall...)
.
- les prothèses mécaniques
actuelles ont une excellente durabilité
et doivent en principe durer toute la vie
du patient.
- leur inconvénient majeur est de
nécessiter un traitement anticoagulant
à vie, fortement dosé et parfaitement
équilibré.
Les
prothèses biologiques comportent
une armature métallique sur laquelle
s'insèrent 3 valves biologiques,
le plus souvent sigmoïdes aortiques
de porc (bioprothèses de Hancock,
de Carpentier Edwards...), plus rarement
de péricarde de veau (valve de Ionescu-Shiley) .
Ce sont des hétérogreffes
ou xénogreffes. Certaines prothèses
plus récentes ne comportent pas d'armature
(valves "stentless") .
- Des homogreffes sont également
utilisées. Il s'agit de valves d'origine
humaine, provenant de donneurs d'organes.
Leur durabilité serait meilleure
que celle des bioprothèses d'origine
animale, mais leur usage est limité
du fait des problèmes de disponibilité
au niveau des banques d'organes.
- Dans de rares cas, la propre valve pulmonaire
du patient est utilisée pour reconstruire
la valve aortique et la région avoisinante
: il s'agit alors d'une autogreffe, utilisée
dans l'opération de Ross, réalisée
surtout chez les enfants et les sujets jeunes.
- L'avantage essentiel des prothèses
biologiques est de ne pas nécessiter
de traitement anticoagulant et de comporter
un moindre risque de complications, notamment
thrombo-emboliques, que les prothèses
mécaniques.
- Leur inconvénient majeur est leur
durabilité médiocre, qui n'excède
guère 10 ans. Leur dégénérescence
est d'autant plus rapide que le patient
est plus jeune. De nos jours, et sauf cas
particuliers (contre-indication au traitement
anticoagulant...), elles ne sont guère
implantées en dessous de l'âge
de 75 ans.
SURVEILLANCE
1 - Surveillance post-opératoire
immédiate
Le traitement anticoagulant par l'héparine
en continu au pousse seringue est mis en
route quelques heures après l'intervention,
selon des modalités variables suivant
les centres. Le relais par anti-vitamine
K est entrepris précocement, dès
les premiers jours post-opératoires,
avec maintien de l'héparine jusqu'à
l'obtention d'un INR correct.
Vers le 8ème au 10ème jour
post-opératoire, un séjour
de convalescence en centre spécialisé,
où une réadaptation fonctionnelle
cardio-respiratoire est entreprise, est
fortement recommandé et dure de 3
à 4 semaines.
L'échocardiogramme Doppler précoce
de la prothèse est essentiel, car
il servira d'examen de référence
pour le suivi ultérieur et notamment
en cas de suspicion de dysfonction. Actuellement,
il est recommandé de considérer
l'écho Doppler fait au 3ème
mois post-opératoire comme l'examen
de référence plutôt
que l'examen post-opératoire précoce,
en raison de l'anémie liée
à l'intervention (les malades étant
peu transfusés de nos jours), qui
modifie les gradients trans-prothétiques
par l'hyperdébit qu’elle entraîne.
L'écho Doppler transthoracique sera
fait dans tous les cas. Pour les prothèses
mitrales, un examen par voie transœsophagienne
est réalisé de manière
systématique dans certaines équipes.
2 - Surveillance ultérieure
2.1 - Fréquence
Le patient doit être vu une fois
par mois par son médecin traitant,
afin de vérifier notamment l'état
clinique et l'équilibre du traitement
anticoagulant par les anti-vitamine K (AVK).
Celui-ci doit être parfaitement équilibré
et ne doit jamais être interrompu.
Son bon équilibre sera vérifié
par le dosage de l'INR et accessoirement
par le dosage du taux de prothrombine. Durant
les premiers mois de traitement, il est
parfois nécessaire de faire des prélèvements
sanguins plusieurs fois par semaine, jusqu'à
l'obtention d'un équilibre parfait
du traitement. Lorsque le traitement est
correctement stabilisé, la réalisation
d'un bilan de coagulation chaque mois est
suffisante.
Le patient sera examiné par le Cardiologue
au 2-3ème mois post-opératoire,
à la fin de la convalescence, notamment
pour la réalisation de l'échocardiogramme
Doppler de référence. Ensuite,
il sera vu par le Cardiologue tous les 4
mois la 1ère année, puis 1
à 2 fois par an. La réalisation
d'un écho Doppler transthoracique
annuel, ou tous les deux ans est recommandée.
Pour les porteurs de bioprothèses,
la surveillance sera rapprochée à
partir de la 6ème année post-opératoire.
Il est souhaitable que le porteur de prothèse
soit muni d'un carnet de surveillance, dans
lequel sont indiqués le type et le
calibre de la prothèse implantée,
le niveau d'anticoagulation souhaité
et les caractéristiques de la valve
à l'écho Doppler de référence
(cf. carte de porteur de prothèse
valvulaire).
En cas de complication, notamment de suspicion
d'endocardite infectieuse ou de thrombose
de prothèse, il ne faut pas hésiter
à réhospitaliser le patient.
2.2 - Surveillance clinique
L'absence de réapparition des symptômes
ayant justifié le remplacement valvulaire
est le premier élément de
surveillance. La réapparition de
signes fonctionnels tels que dyspnée,
récidive d'insuffisance cardiaque
gauche ou droite doit faire suspecter un
fonctionnement anormal de la prothèse
et nécessite une réhospitalisation.
Une dysfonction de prothèse n'est
cependant pas toujours en cause; une dysfonction
ventriculaire gauche ou une hypertension
artérielle pulmonaire préexistantes
peuvent être responsables de la réapparition
d'une insuffisance cardiaque après
une intervention trop tardive.
L'auscultation de la prothèse est
essentielle pour la surveillance. La survenue
d'une modification de l'auscultation doit
faire suspecter une dysfonction de prothèse.
- Les bioprothèses ont une auscultation
identique à celle des valves natives.
- Les prothèses mécaniques
ont une auscultation très particulière.
Les bruits d'ouverture et surtout de fermeture
sont intenses, claqués, métalliques.
Ils sont parfois d'intensité suffisante
pour être audibles par le patient
lui-même et par son entourage. Les
porteurs de prothèses sont parfois
très gênés durant les
premiers mois post-opératoires par
les bruits de valve, mais cette gêne
disparaît habituellement après
la première année.
- Pour les prothèses mécaniques
en position aortique, le bruit d'ouverture
suit B1, le bruit de fermeture est contemporain
de B2 ; il peut exister un souffle systolique
éjectionnel peu intense à
la base et le long du bord sternal gauche.
- Pour les prothèses mécaniques
en position mitrale, le bruit de fermeture
est contemporain de B1, le bruit d'ouverture
survient peu après B2 ; il n'y a
pas de bruit surajouté systolique
ni diastolique.
- Les modifications pathologiques sont la
diminution d'intensité ou le caractère
variable des bruits d'ouverture ou de fermeture
d'un cycle cardiaque à l'autre, l'apparition
ou l'augmentation d'intensité d'un
souffle systolique, ou l'apparition d'un
bruit diastolique surajouté (souffle
d'insuffisance aortique en cas de prothèse
aortique ou roulement diastolique en cas
de prothèse mitrale).
L'absence de fièvre ou de foyer infectieux
doit être vérifiée soigneusement
à chaque consultation.
2.3 - Surveillance radiologique
Le cliché de thorax permet d'apprécier
les modifications de volume de la silhouette
cardiaque, qui doit diminuer de taille après
le remplacement valvulaire.
Le radiocinéma de prothèse
est particulièrement intéressant
pour apprécier le jeu de l'élément
mobile de la prothèse et reste, avec
l'échocardiogramme Doppler, l'un
des meilleurs éléments du
diagnostic d'une dysfonction de prothèse.
Un mouvement de bascule de l'armature métallique
pourra ainsi être visualisé
en cas de désinsertion de prothèse.
En cas de thrombose, le jeu de l'élément
mobile (bille, disque ou double ailette)
peut être anormal : par exemple excursion
diminuée de la bille en cas de thrombose
au niveau de la cage, blocage d'une ailette
en cas de thrombose partielle d'une prothèse
à double ailette, etc.
2.4 - Surveillance électrocardiographique
L'ECG permet la surveillance du rythme
cardiaque et permet de constater la régression
éventuelle d'une hypertrophie ventriculaire
gauche ou droite, mais il n'apporte pas
d'élément spécifique
pour la surveillance de la prothèse.
2.5 - L'échocardiogramme
Doppler
L'écho Doppler transthoracique
et transœsophagien est actuellement
l'examen le plus performant pour la surveillance
des prothèses valvulaires et le diagnostic
des dysfonctions de prothèse.
L'interprétation de l'examen demeure
néanmoins délicate, surtout
en cas de prothèse mécanique,
qui génère des échos
de réverbération sur ses structures
métalliques, si bien que l'image
de la prothèse obtenue en échographie
bidimensionnelle est généralement
médiocre.
L'examen au Doppler est essentiel (Doppler
pulsé, continu et à codage
couleur). Il permet de mesurer les gradients
trans-prothétiques, surtout le gradient
moyen. Couplé à l'examen bidimensionnel,
il permet également de déterminer
la "surface utile" de la prothèse.
Le Doppler continu et couleur permet également
de mettre en évidence une fuite prothétique,
intra prothétique ou para prothétique
par désinsertion de la valve.
Le gradient moyen n'est pas identique d'un
patient à l'autre. Il varie suivant
le type de prothèse utilisé
( cf. )
et son calibre, qui a été
choisi par le chirurgien en fonction de
la taille de l'anneau valvulaire du patient.
Pour un même patient, il n'est pas
immuable et dépend de multiples facteurs,
tels que la fréquence et le débit
cardiaques. Chez un même patient,
il y a donc tout intérêt à
comparer les résultats d'un examen
à l'autre, le patient étant
sa propre référence. Il faut
réinsister sur l'intérêt
de l'examen au 3ème mois post-opératoire,
qui permettra d'interpréter les modifications
ultérieures éventuelles des
gradients et des surfaces.
Les gradients les plus faibles sont enregistrés
à l'état normal sur les bioprothèses,
surtout les homogreffes et, pour les prothèses
mécaniques, sur les valves à
double ailette.
En cas de suspicion de dysfonction de prothèse,
l'échocardiogramme Doppler transœsophagien
est d'un apport essentiel, notamment s'il
s'agit d'une prothèse mitrale, qui
est particulièrement bien mise en
évidence par cette technique, l'œsophage
étant au contact immédiat
de la face postérieure du cœur
et de l'anneau mitral. L'écho transœsophagien
est donc réalisé de manière
systématique en cas de suspicion
de thrombose, d'endocardite sur prothèse
ou de désinsertion, en mode multiplan.
L'interprétation en reste délicate
et nécessite un opérateur
entraîné, bien rôdé
à ce type de problème.
2.6 - Surveillance
biologique
Un
équilibre parfait du traitement anticoagulant
par les anti-vitamine K est indispensable,
et ceci à vie. La surveillance du
traitement AVK par le TP est peu fiable
et doit être abandonnée au
profit de la surveillance par l'INR (International
Normalized Ratio). Pour les porteurs de
prothèses mécaniques, l'INR
doit être compris entre 3 et 4. Les
porteurs de bioprothèses ne nécessitent
pas de traitement anticoagulant, sauf durant
les trois premiers mois post-opératoires
ou s'il existe une autre raison de le prescrire,
telle qu'une fibrillation atriale, etc.
Les
recommandations des Sociétés
savantes sont plus nuancées et préconisent
un INR différent en fonction du type
de prothèse et des facteurs de risque
liés au patient lui-même. Le
niveau exact d'anticoagulation souhaité
pour un malade donné est à
discuter avec le Cardiologue et doit être
établi individuellement pour chaque
patient. (Cf Tableau 28 Le
traitement anticoagulant des porteurs de
prothèses)
| INR-cible pour
les prothèses mécaniques |
| Risque thrombotique de
la prothèse |
Facteurs de risque (FdR)
liés au patient |
Faible
Moyen Élevé |
Pas de
FdR |
>=FdR |
2.5
3.0
3.5 |
3.0
3.5
4.0 |
Le
traitement anticoagulant ne doit jamais
être interrompu, sauf en cas d'hémorragie
mettant en jeu le pronostic vital immédiat.
Dans ce cas, si la neutralisation de l'AVK
est nécessaire, on administre du
plasma frais de préférence
à la vitamine K (0.5 à 2 mg).
- En cas d'extraction dentaire, le patient
peut être traité en ambulatoire,
avec un INR de 2 à 2.5 (interruption
du traitement anticoagulant 1 à 3
jours avant et reprise des AVK le jour de
l'extraction).
- En cas de chirurgie extracardiaque, on
arrête les AVK pour obtenir un INR
à 1 et on administre de l'héparine
de manière à obtenir un TCA
de 2 fois le témoin. L'héparine
est interrompue de sorte que le TCA soit
normal au moment de l'opération et
elle est reprise dès que possible
en post-opératoire. Les héparines
de bas poids moléculaire (HBPM) sont
de plus en plus utilisées pour l’anticoagulation
des prothèses valvulaires, mais encore
actuellement, seule l'héparine non
fractionnée possède une AMM
dans cette indication en France. Néanmoins,
les recommandations de la VIIème
Conférence de Consensus nord-américaine
(Chest 2004;126:Suppl) préconisent
l'usage des HBPM dans cette indication,
à condition bien sûr de les
utiliser à dose curative et non à
dose préventive.
- En cas de grossesse, le risque d'accident
thrombo-emboliques à partir de la
prothèse est multiplié par
10. Les complications thrombo-emboliques
sont plus fréquentes sous héparine
que sous AVK. L'attitude classique en France
consiste à mettre la patiente sous
héparine durant le 1er trimestre
de la grossesse (en raison du risque tératogène
des AVK) et durant les 15 derniers jours,
en maintenant les AVK entre-temps. Les recommandations
européennes actuelles vont plutôt
dans le sens d'un traitement par AVK pendant
toute la durée de la grossesse jusqu'à
la 38ème semaine, mais il n'y a pas
de consensus à ce propos.
COMPLICATIONS
1 - Complications thrombo-emboliques
Les
accidents thrombo-emboliques représentent
la complication la plus fréquente
des prothèses valvulaires. Ils sont
beaucoup plus fréquents avec les
prothèses mécaniques qu'avec
les prothèses biologiques, d'où
la nécessité absolue d'un
traitement anticoagulant à vie et
parfaitement équilibré pour
les porteurs de prothèses mécaniques.
Ils sont plus fréquents dans la première
année suivant l'implantation de la
prothèse, mais le risque persiste
au-delà. L'incidence en est plus
élevée pour les prothèses
mitrales que pour les prothèses aortiques
(3,5 % années-patients pour les valves
de Starr Edwards mitrales contre 2 % années-patients
pour les mêmes valves en position
aortique). Leur incidence varie également
en fonction du type de prothèse,
les valves à double ailette ayant
une incidence de complications thrombo-emboliques
moindre que les prothèses plus anciennes.
Ils sont favorisés par un traitement
anticoagulant insuffisant.
Il
en existe plusieurs types :
a) Embolies systémiques
Il s'agit de la migration dans une artère
périphérique d'un caillot
formé sur la prothèse. Les
embolies sont le plus souvent cérébrales,
donnant lieu à un accident ischémique
transitoire ou constitué, parfois
définitif laissant des séquelles.
Plus rarement, il s'agit d'une ischémie
aiguë d'un membre inférieur,
d'un infarctus du myocarde embolique, d'un
infarctus rénal ou splénique.
Il s’agit dans ce cas de thromboses
non obstructives, n'empêchant pas
l'excursion de l'élément mobile,
et survenant surtout sur les prothèses
mitrales, avec thrombus sur la face atriale
de la prothèse.
b) Thromboses de prothèse
Elles sont l'apanage des prothèses
mécaniques.
La thrombose aiguë de prothèse
est à l'origine d'accidents
brutaux, souvent dramatiques, avec œdème
aigu pulmonaire, ou syncope, ou état
de choc, voire mort subite ou très
rapide. Des embolies périphériques
sont souvent survenues dans les jours ou
les semaines précédents. Le
patient doit être hospitalisé
d'urgence pour réintervention ou
pour traitement thrombolytique. Il s’agit
dans ce cas de dysfonction de prothèse
par thrombus gênant les mouvements
de l'élément mobile
.
Le
diagnostic de la thrombose de prothèse
est souvent difficile. Il peut exister une
modification de l'auscultation, soit diminution
de l'amplitude des bruits de prothèse
ou surtout apparition ou renforcement d'un
souffle systolique pour une prothèse
aortique ou d'un roulement diastolique pour
une prothèse mitrale. Au plan biologique,
le traitement anticoagulant est souvent
insuffisant. Outre ces éléments,
le diagnostic fait surtout appel au radiocinéma
de prothèse ,
qui peut montrer une diminution du jeu de
l'élément mobile, et surtout
à l'échocardiogramme
Doppler transthoracique et transœsophagien.
A l'écho Doppler, les gradients trans-prothétiques
sont anormalement élevés,
la surface valvulaire est réduite
; il peut exister une fuite valvulaire par
fermeture incomplète de la prothèse
; enfin, le thrombus est parfois visible,
surtout sur la face atriale des prothèses
mitrales en écho transœsophagienne.
Malgré les moyens d'investigation
modernes, le diagnostic de thrombose de
prothèse est souvent délicat.
Le cathétérisme cardiaque
n'a plus guère d'indication dans
ce contexte.
En
cas de thrombose aiguë de prothèse,
le patient doit être réopéré
d'urgence pour changement de valve. Dans
les formes subaiguës, le traitement
thrombolytique donne parfois de bons résultats.
En cas de dysfonction de prothèse
de moindre gravité, le traitement
anticoagulant doit être rééquilibré
avec passage transitoirement à l'héparine
si nécessaire.
2 - Désinsertions de prothèse
Elles
concernent 5 % des cas et surviennent surtout
durant les premiers mois post-opératoires.
Elles peuvent être soit spontanées,
par lâchage de sutures sur des tissus
fragiles, soit dues à une endocardite
infectieuse. S'il s'agit d'une désinsertion
peu importante, elle est asymptomatique
et sera suspectée par l'apparition
d'un souffle, diastolique pour une prothèse
aortique, systolique pour une prothèse
mitrale. Si elle est plus importante, elle
peut être à l'origine d'une
aggravation fonctionnelle avec apparition
d'une insuffisance cardiaque ou d'une hémolyse,
qui se manifeste par une anémie de
gravité variable, avec élévation
des LDH et présence de schizocytes,
qui signe le caractère mécanique
de l'hémolyse.
Le
diagnostic sera confirmé par l'échocardiogramme
Doppler transthoracique et surtout transœsophagien,
qui mettra en évidence une fuite
para prothétique plus ou moins importante.
Si la désinsertion est importante,
une bascule de la prothèse pourra
être visible en radiocinéma.
En cas de désinsertion importante,
symptomatique, une réintervention
est nécessaire.
3 - Complications infectieuses
3.1 - Une médiastinite post-opératoire
survient dans 1 % des cas environ et représente
l'une des principales causes de mortalité
précoce.
3.2 - L'endocardite infectieuse
est une complication redoutable
chez les porteurs de prothèse. Ces
sujets sont à risque majeur d'endocardite
et doivent bénéficier d'une
prophylaxie draconienne, et ceci leur vie
durant. Le risque d'endocardite est un peu
plus élevé sur bioprothèse
que sur prothèse mécanique.
Il existe des formes précoces et
des formes tardives d'endocardites sur prothèse,
qui comportent un pronostic différent
:
- Les endocardites post-opératoires
précoces sont la conséquence
d'une contamination per opératoire
et sont dues à des germes hospitaliers
multirésistants, le plus souvent
staphylocoques. Elles revêtent en
général un caractère
aigu et se compliquent de désinsertion
de la prothèse. Outre l'antibiothérapie
adaptée au germe isolé dans
les hémocultures, une réintervention
précoce est le plus souvent nécessaire.
Le pronostic en demeure très sévère,
avec une mortalité l’ordre
de 50 %.
- L'endocardite tardive,
survenant au-delà du 2ème
mois post-opératoire, se rapproche
de l'endocardite sur valve native avec des
germes comparables, mais le staphylocoque
est néanmoins en cause dans 50% des
cas. Le pronostic est meilleur que celui
de l'endocardite précoce, d'autant
que les germes sont généralement
moins résistants, mais une réintervention
est assez souvent, mais inconstamment, nécessaire.
Le
diagnostic de l'endocardite, précoce
ou tardive, est fait par les hémocultures
et par l'échocardiogramme Doppler
transthoracique et transœsophagien
qui permettra de visualiser des végétations
sur la prothèse et de mettre en évidence
d'éventuelles complications (désinsertion
avec fuite para prothétique, abcès,
surtout au niveau de l'anneau aortique).
Il
faut réinsister sur la prévention
et le traitement indispensable de tout foyer
infectieux, notamment ORL et dentaire, chez
les porteurs de prothèses (cf. carte
d'antibioprophylaxie avant soins dentaires).
En cas de fièvre inexpliquée,
il est indispensable de réaliser
des hémocultures systématiques,
avant toute antibiothérapie prescrite
à l'aveugle.
4 - Complications du traitement
anticoagulant
Les
accidents hémorragiques sont d'autant
plus à craindre qu'une hypocoagulabilité
importante est nécessaire. Le risque
hémorragique est estimé à
1,2 % années-patients pour les sujets
porteurs de valves mécaniques donc
sous traitement anticoagulant permanent.
Ce risque fait préférer l'implantation
de bioprothèses chez les sujets âgés
de plus de 75 ans, chez lesquels le risque
hémorragique est le plus élevé
et chez lesquels l'on peut espérer
une longévité suffisante de
ce type de prothèse.
Les
complications hémorragiques peuvent
être de tout type : hémorragie
cérébrale, digestive ou hématurie
qui doivent faire rechercher une lésion
organique sous-jacente, méno-métrorragies,
hématome favorisé par un traumatisme.
Leur gravité est variable, mais certaines
peuvent aboutir au décès.
En
cas d'hémorragie sévère,
le traitement antivitamine K doit être
interrompu, mais le maintien d'une anticoagulation
par l'héparine est indispensable,
en maintenant un TCA de 1,5 à 2 fois
le témoin. L'interruption temporaire
du traitement anticoagulant est parfois
nécessaire, notamment en cas d'hémorragie
intracrânienne.
5 - Dégénérescence
des bioprothèses
La
détérioration tissulaire des
bioprothèses survient inexorablement
avec les années, avec apparition
de calcifications ou de déchirure,
responsables de sténoses et/ou de
fuites valvulaires imposant la réintervention.
La rapidité de la dégénérescence
est d'autant plus élevée que
le patient est plus jeune. Dix ans après
l'intervention, 70 à 80 % des bioprothèses
demeurent fonctionnelles mais elles ne sont
plus que 40 % après 15 ans. Outre
le jeune âge, surtout dans l'enfance
et l'adolescence, la grossesse et l'insuffisance
rénale accélèrent également
la dégénérescence des
prothèses biologiques.
6 - Complications rares
L'hémolyse
est constante, minime et infra clinique,
due au traumatisme des hématies sur
la prothèse. Les hémolyses
pathologiques sont rares avec les prothèses
actuelles et se voient surtout en cas de
dysfonction, notamment de désinsertion.
La
maladie de la bille est
une complication devenue historique, qui
a disparu. Elle était due à
une altération de la bille de silastène
des premières prothèses de
Starr aortiques implantées dans les
années 1960.
La
fracture d'une ailette ou du disque avec
embolisation de l'élément
rompu est exceptionnelle.
Références :
- Recommandations de la Société
Européenne de Cardiologie 2007 (Guidelines
on the management of valvular heart disease
(European Society of Cardiology) : Eur Heart
J 2007;28:230-68
- Recommandations américaines 2006
ACC/AHA (Guidelines for the management of
patients with valvular heart disease) Circulation
2006;114:e84-23, ou J Am Coll Cardiol 2006;48:e1-148
- Recommandations de la Société
Française de Cardiologie2005 concernant
la prise en charge des valvulopathies acquises
et des dysfonctions de prothèses
valvulaires (Archives des Maladies du Cœur
2005; 98(suppl):5-61).
POINTS FORTS
A RETENIR
Les porteurs de prothèses valvulaires sont
exposés à un certain nombre de complications,
notamment thrombo-emboliques, surtout
lorsqu'il s'agit d'une prothèse mitrale.
Les embolies artérielles périphériques,
notamment cérébrales, représentent la complication
la plus fréquente des prothèses.
L'endocardite infectieuse
sur prothèse demeure une complication redoutable,
grevée d'une très lourde mortalité malgré
les progrès de l'antibiothérapie et de la
chirurgie.
Le diagnostic des dysfonctions de prothèse
fait surtout appel à l'échocardiogramme-Doppler
transthoracique et transoesophagien. Le
diagnostic en demeure difficile et l'examen
nécessite un échographiste entraîné.
La surveillance
du traitement anticoagulant et l'obtention
d'un équilibre parfait de celui-ci est indispensable
et doit être l'objectif principal du suivi
effectué par le médecin traitant.
La prévention de l'endocardite infectieuse
doit être draconienne chez ces patients
à haut risque infectieux.
II.
Surveillance d'un patient porteur d'une
prothèse vasculaire
CE
QU'IL FAUT SAVOIR
Les complications
les plus fréquentes des prothèses vasculaires
sont les sténoses anastomotiques, les thromboses,
les désunions anastomotiques (faux anévrismes)...
La fréquence des infections
de prothèses artérielles, tous sites d'implantation
confondus, peut être évaluée à 2 % environ.
Ces infections sont particulièrement graves,
mettant en jeu la survie d'un membre, et
surtout la vie du patient.
La surveillance des patients porteurs de
prothèse vasculaire doit donc concerner
aussi le risque infectieux, et comporter
des mesures prophylactiques.
L'infection peut être précoce (dans les
semaines suivant l'implantation de la prothèse,
malgré l'antibioprophylaxie péri-opératoire
qui est de règle), ou retardée (plusieurs
mois ou années après). Le risque d'infection
d'une prothèse artérielle reste permanent,
dans la mesure notamment où une bactériémie
peut toujours contaminer par voie hématogène
la surface interne de la prothèse qui ne
s'endothélialise pas (chez l'homme). Ce
risque est bien mis en évidence par des
études chez l'animal, mais n'a pas été démontré
épidémiologiquement chez les patients, malgré
des cas cliniques démonstratifs.
La détection des infections précoces doit
être assurée par le chirurgien vasculaire
dans les suites de l'intervention par une
surveillance étroite : un écoulement par
la plaie, une tuméfaction, une fièvre sont
des signes d'alerte majeurs.
La surveillance
ultérieure du patient porteur de
prothèse artérielle est avant tout clinique
: état fonctionnel vasculaire des membres,
perception des pouls artériels, inspection
et palpation des sites d'implantation prothétique
accessibles. Une complication infectieuse
de la prothèse peut revêtir une forme aiguë
ou chronique. Elle doit être suspectée sur
une fièvre, même modérée au long cours,
une tuméfaction d'un site d'implantation,
une thrombose non expliquée autrement, des
infections (répétées) cutanées, articulaires,
d'un membre en aval de la prothèse, une
hémorragie digestive en cas de prothèse
aortique (fistule aorto-duodénale)... L'infection
de prothèse est souvent difficile à prouver,
et les éléments du diagnostic à rechercher
sont d'abord un syndrome biologique infectieux
et inflammatoire.
On s'abstiendra d'effectuer toute ponction
d'une tuméfaction sans avis et présence
du chirurgien...
Après consultation vasculaire spécialisée,
on cherchera à localiser le foyer infectieux
par échographie et mieux scanner abdomino-pelvien,
et le cas échéant des membres inférieurs,
recherchant en particulier une collection
liquidienne (voire des bulles de gaz) périprothétique.
Dans certains cas, une ponction guidée peut
permettre un prélèvement bactériologique.
Eventuellement, une scintigraphie aux leucocytes
marqués pourra mettre en évidence un foyer
infectieux au contact de la prothèse. Dans
certains cas, c'est l'examen bactériologique
systématique lors d'une réintervention pour
thrombose de prothèse ou faux anévrisme
anastomotique qui révèle la participation
infectieuse à cette complication.
La prise en charge
d'une infection de prothèse est du ressort
du chirurgien vasculaire, en coopération
avec les infectiologues. Malgré des progrès,
le risque d'amputation d'un membre reste
élevé, et la mortalité est importante lorsque
c'est une prothèse aortique qui est en cause.
Aussi faut-il insister sur la prévention
de l'infection chez les patients porteurs
d'une prothèse vasculaire, tout comme chez
ceux porteurs d'une prothèse valvulaire.
Il est essentiel de prévenir les plaies
des membres inférieurs et leur infection,
de maintenir une hygiène cutanée rigoureuse,
de traiter tout foyer infectieux. Il est
indiqué d'encadrer toutes les interventions
dentaires ou ORL, les artériographies et
autres cathétérismes cardiovasculaires,
les coloscopies et les endoscopies urinaires,
par une antibioprophylaxie. Celle-ci doit
être adaptée à la bactériologie des infections
de prothèse étudiées, ce qui fera choisir
une céphalosporine de 3ème génération ou
une fluoroquinolone.
En conclusion,
le bénéfice apporté au patient par la mise
en place d'une prothèse vasculaire pour
une artériopathie comporte aussi un risque
infectieux à long terme dont il faut toujours
être conscient. Une surveillance régulière
est donc indispensable. Une attention particulière
doit être portée |