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Le rétrécissement aortique
(RA) de l'adulte est la valvulopathie la
plus fréquente dans les pays occidentaux.
C'est une maladie du 3ème âge.
Sa fréquence réelle et relative
a beaucoup augmenté au cours des
20 dernières années, en raison
du vieillissement de la population dans
les pays occidentaux et de la raréfaction
des valvulopathies rhumatismales d'une part,
en raison de la plus grande fréquence
avec laquelle il est diagnostiqué
d'autre part.
Sa prévalence est estimée
à 5% chez les sujets de plus de 75
ans, 3% ayant une sténose aortique
serrée.
C'est le développement de l'échocardiogramme
Doppler pour le diagnostic,
et les progrès de la chirurgie cardiaque
pour la thérapeutique, qui ont décuplé
l'intérêt porté au RA.
Le RA peut être opéré
de nos jours jusqu'à un âge
très avancé (80, 85 ans, voire
au-delà), avec de très bons
résultats sur la survie et sur la
qualité de vie.
ETIOLOGIE
Le RA de l'adulte
est une affection fréquente. Elle
représente 25 % à 30% des
valvulopathies de l'adulte. En fait, le
RA est de nos jours la valvulopathie la
plus fréquemment rencontrée
dans les pays occidentaux.
Il s'agit d'une maladie du sujet âgé,
fréquente surtout au delà
de 65 ans. Il existe une nette prépondérance
masculine.
Les formes congénitales par contre
sont rares ; elles compliquent le plus souvent
une bicuspidie aortique.
1 - Le rétrécissement
aortique dégénératif
ou maladie de MÖNCKEBERG
est la forme la plus fréquente des
RA purs ou avec fuite discrète, et
était considéré jusqu’à
ces dernières années comme
d’origine dégénérative.
En fait, des travaux récents sont
en faveur d’un processus actif qui
présente des similitudes avec le
développement de la plaque d’athérome.

Les calcifications sont généralement
abondantes sur la valve aortique et peuvent
s'étendre vers l'anneau mitral et
le septum inter ventriculaire.
2 - La bicuspidie
aortique congénitale :
Elle est
fréquente dans la population générale
(environ 1 à 2%)
Elle représente l'étiologie
la plus fréquente des RA des sujets
jeunes et d'âge moyen.

La disposition géométrique
de l'orifice bicuspide explique la fréquence
avec laquelle il devient progressivement
sténosant alors qu'il ne l'était
pas initialement. Il peut se calcifier au
fil des années. Il peut aussi être
fuyant.
La géométrie particulière
de l’orifice bicuspide explique également
l’importance de la « lésion
de jet » sur la paroi externe de l’aorte
ascendante, qui va dilater progressivement
l’aorte au fil des années.
De plus, il existe des anomalies histologiques
de la paroi aortique qui vont favoriser
sa dilatation. Actuellement, l’on
insiste beaucoup sur la surveillance de
la dilatation de l’aorte ascendante
en cas de bicuspidie.
3 - Le rhumatisme
articulaire aigu :
Il est plus rarement
en cause de nos jours dans les pays occidentaux.
Le mécanisme en est une fusion commissurale
avec calcifications secondaires.
Une insuffisance aortique est fréquemment
associée au RA.
Il existe fréquemment une atteinte
associée d'autres valves, notamment
de la mitrale.
4 - RA congénitaux :
Il en existe
3 types anatomiques :
4.1 - Le RA valvulaire,
qui
est le moins rare. Il est plus fréquent
chez les garçons. L'orifice aortique
est bicuspide dans plus de la moitié
des cas. Les valves sont souples, non calcifiées,
à la différence des formes
de l'adulte.
4.2 - Le RA sous-valvulaire,
dont la forme
la moins rare est représentée
par un diaphragme dans la chambre de chasse
du ventricule gauche, situé à
1 cm environ des valves aortiques.
4.3 - Le RA supra-valvulaire,
Le RA supra
valvulaire, qui est le plus souvent associé
à une dysmorphie et à un retard
mental. Ce syndrome polymalformatif, dont
l’origine génétique
a été confirmée récemment,
est appelé " syndrome de Williams-Beuren
"
PHYSIOPATHOLOGIE
La surface normale
de l’orifice aortique chez l’adulte
est de 2.5 à 3.5cm2.
La réduction de la surface de l'orifice
aortique entraîne une gène
à l'éjection ventriculaire
gauche avec des conséquences en aval
sur la circulation systémique et
en amont sur le ventricule gauche qui s'adapte
à ses nouvelles conditions de fonctionnement
grâce à des mécanismes
de compensation dont la faillite tardive
conduit à l'insuffisance cardiaque.
Une surface valvulaire aortique inférieure
ou égale à O.75 à 1cm2,
soit 0,5 à 0.6cm2 par m2 de surface
corporelle, c’est-à-dire un
quart de la surface d’un orifice normal,
représente une obstruction critique.
1 - Conséquences
d'amont :
1.1 - L'obstacle
à l'éjection ventriculaire
gauche augmente la post-charge et est responsable
d'une surcharge systolique du ventricule
gauche (VG).
La pression systolique ventriculaire gauche
augmente et l'élévation de
la contrainte pariétale ventriculaire
gauche induit une hypertrophie myocardique
concentrique avec augmentation du rapport
épaisseur sur rayon. Cet épaississement
pariétal se fait sans modification
de la taille de la cavité, qui est
normale ou un peu petite. L'hypertrophie
permet de maintenir une pression systolique
ventriculaire gauche élevée
et un débit d'aval satisfaisant.
1.2 - Du
fait de l'épaississement pariétal,
les propriétés diastoliques
du ventricule gauche sont altérées
de manière précoce. La compliance
du VG diminue. La pression de remplissage
du VG est élevée ; de ce fait,
la contraction atriale joue un rôle
important dans le remplissage ; la perte
de la contraction atriale, qui représente
près de 40 % du remplissage ventriculaire,
explique la détérioration
hémodynamique sévère
des sténoses aortiques lors de la
perte du rythme sinusal (passage en fibrillation
atriale).
2 - Conséquences
d'aval :
Du fait de l'hypertrophie
pariétale qui compense l'augmentation
de contrainte pariétale, le VG conserve
longtemps un débit normal au repos
et à l'effort.
A long terme, en cas de détérioration
de la fonction systolique ou en cas d'hypertrophie
majeure, le débit cardiaque s'élève
insuffisamment à l'effort, la pression
artérielle systémique n'augmente
pas à l'effort, d'où une diminution
du flux encéphalique et coronarien,
qui peut être responsable de syncope,
d'ischémie myocardique aiguë
pouvant entraîner asystole ou troubles
du rythme, voire mort subite.
DIAGNOSTIC
1 - Signes fonctionnels
:
Le RA est une
maladie longtemps asymptomatique. L'absence
de symptômes fonctionnels ne permet
pas, à priori, d'affirmer que le
RA est peu serré. Les signes fonctionnels
sont des symptômes d'effort.
1.1 - L'angor
d'effort :
traduit
l'ischémie myocardique d'effort,
il
est souvent révélateur, observé
dans plus de la moitié des cas de
RA serré,
il
peut être dû exclusivement à
la sténose aortique, mais parfois
également à un athérome
coronarien associé.
1.2 - Les syncopes
ou lipothymies d'effort :
sont
plus rares,
elles
traduisent l'ischémie cérébrale
d'effort,
elles
représentent un symptôme fonctionnel
inquiétant, qui fait craindre l'éventualité
d'une mort subite.
1.3 - La dyspnée
d'effort :
elle
est fréquente, de degré variable,
à quantifier en fonction de la classification
de la NYHA,
à
un stade évolué, l'insuffisance
ventriculaire gauche, voire l'insuffisance
cardiaque globale sont possibles.
2 - Signes physiques
:
2.1 - Les anomalies
se résument le plus souvent à
la constatation du souffle systolique :
Rétrécissement aortique
Il s'agit d'un souffle systolique éjectionnel,
distant de B1 et de B2, maximal à
la base, classiquement au foyer aortique,
c'est-à-dire le deuxième espace
intercostal droit et il a des irradiations
ascendantes, vers les vaisseaux du cou.
son intensité est variable. Il peut
être intense et frémissant.
Il peut aussi être nettement plus
discret, notamment lorsqu'il existe une
insuffisance cardiaque; dans ce cas, à
l'extrême, le souffle peut disparaître
totalement.
Il est habituellement rude et râpeux.
En fait, le souffle est parfois atypique,
peu intense ou de localisation inhabituelle,
latéro-sternal gauche, voire endapexo-axillaire,
pouvant simuler une insuffisance mitrale.
2.2 - Le deuxième
bruit est
souvent diminué ou aboli en cas de
RA serré calcifié de l'adulte
(signe inconstant).
Il peut persister, même en cas de
sténose serrée, dans les formes
moins calcifiées du sujet jeune.
2.3 - Un souffle
diastolique latéro-sternal gauche
d'insuffisance aortique discret est fréquemment
associé.
2.4 - Le reste
de l'examen clinique permet de rechercher
:
des signes d'insuffisance ventriculaire
gauche.
une pathologie associée, notamment
vasculaire (palpation et auscultation des
axes artériels). Vérifier
les artères cervicales à destinée
encéphalique.
3 - Electrocardiogramme
:
Le rythme reste habituellement sinusal.
L'ECG peut être normal, ce qui n'élimine
pas l'éventualité d'un RA
serré (20 % des cas).
Une hypertrophie ventriculaire gauche est
fréquente (axe de QRS gauche, ondes
R amples dans les précordiales gauches,
ondes S amples dans les précordiales
droites, troubles de repolarisation en précordiales
gauches).
Des troubles de conduction intra ventriculaire
et auriculo-ventriculaire sont possibles
et sont souvent dus à la compression
des voies de conduction par l'extension
des calcifications valvulaires et juxta
valvulaires aortiques.
4 - Radiographie
de thorax :
La taille du coeur reste longtemps normale.
Une saillie de l'aorte ascendante au bord
droit (dilatation post-sténotique
par lésion de jet) est possible.
La présence de calcifications valvulaires
aortiques oriente le diagnostic. Elles peuvent
être visibles sur le cliché
de thorax de profil, mais sont surtout bien
détectées par l'examen en
amplificateur de brillance.
5 - L'échocardiogramme-Doppler
+++ :
C'est l'examen clé du diagnostic.
Son développement et son usage systématique
chez les sujets âgés porteurs
d'un souffle systolique ont permis de dépister
de très nombreux cas de RA qui autrefois
auraient été méconnus.
C'est grâce à cette technique
que l'importance réelle du RA dans
la population âgée a été
découverte. La majorité des
souffles précordiaux des sujets de
plus de 60 ans, qualifiés autrefois
de "souffles en écharpe",
correspondent en réalité à
des rétrécissements aortiques.
5.1 - Signes
échographiques :
Echocardiographie bidimensionnelle
Les sigmoïdes aortiques sont remaniées,
calcifiées, et leur ouverture est
réduite.
Le caractère bi ou tricuspide de
l’orifice peut souvent être
affirmé par l’échographie
transthoracique avec la qualité des
appareils actuels.
Dans les formes congénitales, les
valves sont souples, souvent bicuspides,
non calcifiées. Leur ouverture forme
un « dôme » valvulaire
caractéristique.
Le ventricule gauche est le plus souvent
hypertrophié et de cinétique
normale ou exagérée. A un
stade évolué, il peut être
peu hypertrophié, mais dilaté
et globalement hypocinétique, son
aspect simulant celui d'une cardiomyopathie
dilatée.
5.2 - L'examen
en Doppler :
Il permet d’affirmer le diagnostic
: le flux aortique, enregistré au-delà
de l'orifice, au Doppler continu, en se
repérant sur le flux au Doppler couleur,
est turbulent et anormalement rapide.
La mesure de sa vitesse au Doppler continu
permet, à l'aide de l'équation
de Bernouilli, de déterminer le gradient
de pression systolique entre le VG et l'aorte,
ce qui permet de préciser la sévérité
du RA. Le flux transaortique doit être
recherché avec soin, en utilisant
toutes les voies d’abord disponibles
(apicale, parasternale droite ++ chez le
sujet âgé, sus-sternale chez
le jeune, et éventuellement sous-costale).

On calcule un gradient maximal instantané
et un gradient moyen, qui est plus représentatif
de la sévérité du RA.
Un gradient
moyen > 50 mmHg témoigne d'un
RA serré.
Ce gradient peut être artificiellement
abaissé lorsque la fonction systolique
du ventricule gauche est très altérée.
Le diagnostic est alors difficile ; il faut
calculer la surface valvulaire aortique
en écho Doppler par l'équation
de continuité ou au cathétérisme.
Une surface
valvulaire aortique inférieure à
1cm2 ou mieux, à 0.60cm2/m2 à
de surface corporelle témoigne d’un
RA serré.
La mesure de la surface valvulaire aortique
par planimétrie en échocardiographie
transthoracique ou transœsophagienne
a été proposée, mais
est peu fiable.
Le retentissement du RA sur le VG (épaisseur,
cinétique) et sur les pressions droites
est également précisé.
Recherche à l’écho Doppler
de lésions associées, notamment
d'une insuffisance aortique ou d'une autre
valvulopathie, notamment mitrale.
Mesure du diamètre de l’aorte
ascendante, notamment en cas de bicuspidie
(le diamètre maximal ne doit pas
dépasser 40mm).
En cas de dysfonction ventriculaire gauche
évoluée avec bas-débit,
une échographie de stress par de
petites doses de dobutamine pourra être
indiquée pour rechercher s’il
persiste une « réserve contractile
», ou en cas de doute sur le caractère
serré du RA.
L'écho Doppler est en outre le meilleur
examen de surveillance des patients qui
ne justifient pas d'une intervention d'emblée.
Dans les formes peu ou moyennement serrées,
une surveillance annuelle en écho
Doppler est préconisée.
6 - Cathétérisme
et angiographie :
6.1 - Il n'est
plus indiqué pour le diagnostic,
sauf dans certains cas particuliers. La
plupart du temps, il est fait à titre
de bilan préopératoire.
6.2 - En cas
de RA serré affirmé par l'écho-Doppler,
le franchissement de l'orifice aortique
par voie artérielle rétrograde,
souvent difficile, n'est pas indiqué
; il a été démontré
récemment par le scanner que des
embolies cérébrales calcaires,
le plus souvent asymptomatiques, étaient
provoquées par le franchissement
le l’orifice aortique dans plus de
la moitié des cas. L'examen est alors
limité à une angiographie
sus-sigmoïdienne aortique, qui permettra
de préciser la taille de l'aorte
ascendante et l'importance d'une éventuelle
régurgitation aortique associée,
et à une coronarographie
systématique.
6.3 - Lorsque
le gradient ou la surface valvulaire enregistrés
au Doppler sont douteux
(difficultés d'enregistrement...)
ou qu’il existe une discordance entre
les symptômes et les données
non invasives, le franchissement de l'orifice
aortique avec mesure du gradient de pression
transvalvulaire est obligatoire. Cette éventualité
est rare actuellement et doit être
limitée aux cas douteux.

La surface valvulaire
aortique sera alors calculée par
la formule de GORLIN, qui fait intervenir
le gradient de pression et le débit
cardiaque.
6.4 - Si l'orifice
aortique a été franchi,
la ventriculographie
gauche par injection de produit de contraste
iodé permettra d'apprécier
la fonction ventriculaire gauche avec notamment
la mesure de la fraction d'éjection.
Une éventuelle insuffisance mitrale
associée sera détectée
et quantifiée.
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
C'est le diagnostic
du souffle systolique :
1. L'insuffisance
mitrale, notamment
celle développée aux dépens
de la petite valve et qui peut être
à irradiations ascendantes, peut
simuler l'auscultation du RA. Cette éventualité
est rare ; habituellement la clinique permet
de distinguer ces deux anomalies.
2. La cardiomyopathie
obstructive.
L'association
d'un RA et d'une cardiomyopathie obstructive
(CMO) est possible, ou tout au moins d'un
RA associé à un gradient intra
ventriculaire gauche.
3. Les RA non
valvulaires (sous
valvulaires ou supra valvulaires) et la
sténose pulmonaire sont généralement
des maladies de l'enfant et de l'adulte
jeune. Le souffle est comparable à
celui du RA valvulaire à quelques
nuances sémiologiques près.
Dans tous ces cas, lorsque la clinique ne
permet pas le diagnostic différentiel,
c'est l'écho Doppler qui tranche.
DIAGNOSTIC D'OPERABILITE
: le bilan préopératoire
1 -
L'âge du patient n'est pas un obstacle
en soi. L'âge physiologique importe
plus que l'âge réel. Un remplacement
valvulaire aortique isolé est possible
chez des sujets de 85 ans et même
plus si l’état physiologique
est bon, et en l’absence de tares
viscérales associées.
2 -
La recherche d'anomalies cardiaques associées
au RA est impérative : valvulopathie
mitrale, sténose coronaire qui peut
nécessiter un ou plusieurs pontages
associés au remplacement valvulaire.
3 -
L'état myocardique ne contre-indique
pas la chirurgie dans le RA isolé.
Un VG même très altéré
peut récupérer de manière
spectaculaire après remplacement
valvulaire, mais cette récupération
est inconstante. Il n'en est pas de même
dans les valvulopathies fuyantes avec VG
dilaté et hypocinétique.
4 -
L'appréciation des fonctions vitales
est impérative :
fonction rénale,
fonction respiratoire,
artères périphériques
; recherche notamment d'une sténose
carotidienne par écho Doppler des
vaisseaux du cou; écho Doppler des
artères des membres inférieurs,
bilan biologique,
recherche systématique des foyers
infectieux, notamment ORL et dentaires (radio
ou scanner des sinus, panoramique dentaire,
consultations ORL et stomatologique).
5 -
Le risque opératoire global sera
apprécié au mieux par l’EUROSCORE
(European System for Cardiac Operative Risk
Evaluation), algorithme de stratification
du risque qui prend en compte de multiples
facteurs pré opératoires et
des facteurs de risque chirurgicaux. Il
a été décrit en 1999
pour la pathologie coronaire, et a été
étendu ensuite à la chirurgie
valvulaire. Ce score, le mieux validé
actuellement, simple à définir,
est prédicteur de mortalité
intra hospitalière et de mortalité
à long terme. Le score pour un patient
donné peut être calculé
directement à partir du site Internet
http://www.euroscore.org.
EVOLUTION
1 - Le RA a
une tendance à l'aggravation au fil
des années.
La progression de la sténose aortique
est très variable d'un individu à
l'autre. Elle peut se faire sur plusieurs
décennies. A l'inverse, chez certains
patients, une sténose peu sévère
peut devenir sévère en quelques
années (progresseurs rapides et progresseurs
lents). L’âge, la coexistence
de lésions coronaires et l’importance
des calcifications valvulaires ont été
identifiés, entre autres, comme facteurs
prédictifs d’évolutivité,
mais il n’est pas possible de prévoir
l’évolution chez un patient
donné.
2 - Les signes
fonctionnels peuvent être absents
malgré une sténose serrée.
Un RA serré peut demeurer asymptomatique
durant de nombreuses années.
3 - Lorsque
les symptômes apparaissent, le pronostic
vital est engagé.
Les chances de survie après l'apparition
des premiers symptômes fonctionnels
sont fonction des signes fonctionnels :
3 à 4 ans de survie en cas d'angor
ou de syncopes,
18 mois à 2 ans après le début
d'une insuffisance ventriculaire gauche.
4 - Le
risque de mort subite existe chez les patients
symptomatiques.
Chez les patients asymptomatiques, ce risque
est faible, inférieur à 1%
par an.
5 - Les autres
complications sont:
l'endocardite infectieuse, rare en cas de
sténose pure (recommandation néanmoins
d'une antibioprophylaxie systématique),
les exceptionnelles embolies calcaires périphériques
spontanées,
les troubles de la conduction ou du rythme,
tels que la fibrillation atriale qui peut
être à l'origine d'une décompensation
cardiaque, le bloc de branche gauche ou
le bloc auriculo-ventriculaire complet,
surtout post opératoire.
TRAITEMENT
1 - Moyens thérapeutiques
:
1.1 - Le traitement
médical n'est qu'adjuvant :
Pas de traitement si le RA est asymptomatique.
L’intérêt d’un
traitement par statine pour ralentir la
progression de la sténose aortique,
qui aurait des déterminants communs
avec les sténoses coronaires, est
discuté depuis quelques années;
son efficacité dans cette indication
n’est pour le moment pas démontrée.
En cas d'insuffisance ventriculaire gauche,
un traitement diurétique est le seul
réellement logique, les nitrés,
les digitaliques et les inhibiteurs de l'enzyme
de conversion ayant plutôt un effet
délétère dans ce cas.
L'activité physique doit être
limitée. Les efforts importants sont
formellement contre-indiqués en cas
de RA symptomatique.
La prophylaxie de l’endocardite infectieuse
est recommandée (classe B).
1.2 - Le remplacement
valvulaire aortique (RVA) :
C'est la seule
thérapeutique efficace.
Par prothèse mécanique en
dessous de 75 ans. Les prothèses
les plus utilisées actuellement sont
les valves à double ailette (SAINT-JUDE,
SORIN BICARBON, TEKNA, ATS ou autre).
Chez les sujets âgés de plus
de 70 à 75 ans, la mise en place
d'une bioprothèse est indiquée,
la durabilité des bioprothèses
stentées étant très
bonne dans cette tranche d’âge.
Les plus utilisées sont les xénogreffes
porcines de CARPENTIER-EDWARDS. Une bioprothèse
sera également implantée en
cas de contre-indication formelle au traitement
anti-coagulant, quel que soit l'âge
du patient.
Les résultats opératoires
sont bons, avec un risque faible, fonction
de l’âge et de la nécessité
de pontages coronaires associés au
RVA : mortalité de 3% avant 70 ans,
5% entre 70 et 80 ans, 9% au-delà
en cas de RVA isolé. La mortalité
opératoire est quasiment doublée
en cas de pontages coronaires associés
: 6% avant 70 ans, 9% entre 70 et 80 ans,
12% au-delà de 80 ans.
Après RVA, la courbe de survie des
opérés rejoint celle d’une
population comparable de même âge.
1.3 - La
valvuloplastie aortique percutanée
est abandonnée
par toutes les équipes du fait de
son efficacité très médiocre.
Elle peut être discutée encore
exclusivement chez les enfants et les adultes
jeunes porteurs d'une sténose aortique
congénitale, à valves peu
calcifiées.
1.4 - La
chirurgie des RA congénitaux est
plus conservatrice.
Pour les formes valvulaires, une valvulotomie
sous CEC, ou une valvuloplastie percutanée,
est réalisée chez l'enfant
; il s'agit d'un geste palliatif, et un
remplacement valvulaire aortique sera nécessaire
10 à 15 ans plus tard, à l'âge
adulte. Une intervention de Ross (utilisation
de la valve pulmonaire du patient comme
autogreffe aortique, ce qui permet la croissance
de l’anneau, avec mise en place d’une
xénogreffe pulmonaire) peut être
envisagée chez le sujet très
jeune, mais il s’agit d’une
chirurgie lourde.
Pour les RA sous valvulaires, l'obstacle
est réséqué, avec éventuelle
résection musculaire associée.
Pour les RA supra valvulaires, l'aorte ascendante
est élargie par un patch.
2- Indications
:
Tout RA serré et symptomatique doit
être opéré (indication
formelle), et ceci de manière urgente
lorsque le RA est compliqué d'insuffisance
cardiaque.
Dans les RA serrés asymptomatiques,
l’intérêt de l’épreuve
d’effort est maintenant bien validé
(l’épreuve d’effort est,
par contre, contre-indiquée en cas
de RA serré symptomatique). Le but
en est de vérifier le caractère
réellement asymptomatique du patient.
La mise en évidence d’une faible
capacité d’effort ou d’une
réponse hémodynamique inappropriée
(absence d’élévation
tensionnelle à l’effort), ou
l’apparition de troubles du rythme
sont des facteurs pronostiques péjoratifs
et incitent à retenir une indication
opératoire.
Si le patient est réellement asymptomatique,
il faut le surveiller étroitement,
tous les 6 mois avec un écho Doppler
et une épreuve d’effort.
Une indication opératoire pourra
être retenue même chez un patient
asymptomatique dans certains cas :
- RA serré
et réponse anormale à l’épreuve
d’effort,
- ou dysfonction
ventriculaire gauche (FE <50%),
- ou nécessité
d’une chirurgie cardiaque sur les
coronaires, l'aorte ascendante ou autre,
- RA serré
et chirurgie extracardiaque programmée
à risque intermédiaire ou
élevé,
- chez les femmes
jeunes, RA serré et désir
de grossesse si gradient moyen VG-Aorte
> 50 mmHg,
- en cas d’HVG
importante, de RA très serré
(surface valvulaire < 0.30cm2/m2) ou
de troubles du rythme ventriculaire sévères
ne relevant pas d’une autre cause
que le RA (indications discutées).
Les RA non serrés ne sont
pas opérés dans l'immédiat.
Les patients doivent être suivis régulièrement,
cliniquement et en échographie Doppler,
tous les 6 mois à un an. La prophylaxie
de l’endocardite infectieuse est recommandée.
Références
:
Recommandations de la Société
Européenne de Cardiologie 2007 (Guidelines
on the management of valvular heart disease
(European Society of Cardiology) : Eur Heart
J 2007;28:230-68
Recommandations américaines
2006 ACC/AHA (Guidelines for the management
of patients with valvular heart disease)
Circulation 2006;114:e84-23, ou J Am Coll
Cardiol 2006;48:e1-148
Recommandations de la Société
Française de Cardiologie 2005 concernant
la prise en charge des valvulopathies acquises
et des dysfonctions de prothèses
valvulaires (Archives des Maladies du Cœur
2005; 98(suppl):5-61).
POINTS FORTS
A RETENIR
Il est impératif de ne pas méconnaître
un RA en bas débit, qui peut simuler
une cardiomyopathie dilatée idiopathique
(souffle discret ou absent ; aspect échographique
de ventricule gauche dilaté et hypocinétique;
gradients transaortiques faibles au Doppler).
Il est impératif dans ce cas de calculer
la surface valvulaire aortique à
l’écho Doppler, voire au cathétérisme
en cas de doute ou de résultats discordants.
D'où l'importance de l'écho
Doppler systématique en présence
d'une insuffisance cardiaque de primo découverte.
En cas de complication, et notamment d'insuffisance
ventriculaire gauche, l'indication opératoire
est urgente, car le pronostic vital est
engagé.
Après un remplacement valvulaire
aortique réussi, l'espérance
de vie des opérés rejoint
celle d'une population d'âge comparable.
DOSSIER
CLINIQUE
Monsieur GRE…, âgé de 75
ans, est hospitalisé en urgence au
décours d’une syncope à
l’emporte-pièce, avec chute,
survenue dans la rue alors qu’il courait
pour prendre le bus.
Antécédents
:
- Souffle cardiaque connu, non suivi
- Hypercholestérolémie
à 2.60g/l, non traitée
- Cholécystectomie pour lithiase.
A l’admission,
le patient est parfaitement conscient et
bien orienté. Il est en bon état
général et demeure actif pour
son âge. Il pèse 80 kg pour
1.70m. Il a une plaie de l’arcade
sourcilière gauche consécutive
à la chute.
L’auscultation révèle
un souffle systolique râpeux, 3/6
de base, irradiant vers les vaisseaux du
cou, suivi d’un souffle protodiastolique
1/6 ; le 2ème bruit est aboli. L’examen
clinique est sans particularités
par ailleurs et il n’existe aucun
signe d’insuffisance cardiaque. Les
artères périphériques
sont toutes perçues, non soufflantes.
Le cliché
de thorax montre un cœur de taille
normale et une aorte ascendante dilatée.
L’ECG
est le suivant : 
Le bilan biologique est sans particularités.
Le patient est hospitalisé en Soins
Intensifs et surveillé sous scope.
Quelques heures après son admission,
le tracé suivant est enregistré
:
QUESTION 1 :
Décrivez les
ECG.
ECG
1 : Rythme sinusal, PR normal.
Bloc de branche gauche (BBG) complet
ECG
2 : Bloc auriculo-ventriculaire (BAV)
complet
(Fréquence atriale normale, mais
ondes P non conduites aux ventricules).
Rythme d’échappement ventriculaire
à complexes QRS larges, différents
des QRS conduits de l’ ECG 1, très
lent.
Donc, BAV complet paroxystique.
QUESTION 2 :
Comment expliquez-vous
la syncope dont le patient a été
victime ?
Peut-elle relever de plusieurs mécanismes?
Donnez vos arguments.
Au moins 2 mécanismes
possibles :
1. Survenue de la
syncope à l’effort + auscultation
évocatrice de rétrécissement
aortique (RA) chez un homme de 75 ans :
diagnostic probable de RA serré,
syncopal.
2. BBG à l’état
basal + BAV complet paroxystique documenté
: possible syncope liée au BAV (association
au RAC du 3ème âge non exceptionnelle
: BAV favorisé par l’extension
des calcifications valvulaires aortiques).
QUESTION 3 :
Quels examens complémentaires
demandez-vous ?
Quels en seront, a priori, les résultats
?
1. Essentiellement
un échocardiogramme
Doppler, qui va permettre :
- de confirmer le diagnostic de RA
(valves aortiques remaniées, calcifiées,
s’ouvrant peu ; orifice bi ou tricuspide;
HVG fréquente)
- de quantifier la sévérité
du RA : mesure des gradients transvalvulaires
aortiques au doppler continu et détermination
de la surface valvulaire aortique en écho
doppler.
Un RA est considéré comme
serré lorsque le gradient moyen dépasse
40 à 50 mmHg, ou que la surface valvulaire
aortique est inférieure à
1cm2, ou mieux à 0.50 cm²/m²SC.
- d’en préciser le retentissement
: cinétique VG notamment ; pressions
droites
- de préciser l’existence de
lésions associées,
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