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L'angine de poitrine est la manifestation
clinique sous forme de syndrome douloureux
thoracique d'un déséquilibre
entre apports et besoins myocardiques en
oxygène responsable
d'ischémie myocardique. Ce
déséquilibre est le plus souvent
dû à une atteinte
athéromateuse oblitérante
des artères coronaires. Sa
fréquence est grande, son pronostic
est sévère. L'intérêt
d'étudier l'angine de poitrine a
été renouvelé par les
acquisitions thérapeutiques médicales,
chirurgicales et instrumentales récentes
qui tendent à en modifier le pronostic.
L'angine de
poitrine peut revêtir de nombreux
aspects cliniques qu'on classe en deux grandes
rubriques différentes, l'angor
stable et l'angor instable.
C'est l'aspect clinique de la douleur, sa
durée, son mode évolutif et
son mécanisme physiopathologique
qui distinguent ces deux classes d'angine
de poitrine, qui par ailleurs ne comportent
pas les mêmes implications pronostiques.
PHYSIOPATHOLOGIE
DE L'ANGINE DE POITRINE STABLE
L'angine de poitrine
est dûe à un déséquilibre
entre apports et besoins en oxygène
du myocarde.
1 - Les besoins
en oxygène du myocarde
sont proportionnels à :
la fréquence cardiaque,
l'état contractile du ventricule
gauche,
la tension pariétale (produit pression
x rayon de la cavité ventriculaire
gauche).
Les besoins en oxygène du myocarde
sont donc d'autant plus élevés
que la fréquence cardiaque est plus
grande que l'état contractile est
plus élevé, que la pression
artérielle est plus grande et que
la cavité ventriculaire gauche est
plus dilatée.
Les deux
principaux éléments
de variation instantanée des besoins
en oxygène du myocarde sont la fréquence
cardiaque et l'état contractile du
ventricule gauche : deux
facteurs particulièrement influencés
par la sécrétion de catécholamines.
2 - Les
apports en oxygène au myocarde
sont strictement proportionnels au débit
coronaire qui est réglé par
:
2.1. la
différence de pression
régnant entre l'aorte et le sinus
coronaire,
2.2. les
résistances coronaires.
Les résistances coronaires sont fortement
influencées par la vasomotricité
régulant le calibre des vaisseaux
épicardiques.
certains facteurs ont un effet constrictif
:
compression myocardique des petits vaisseaux
en systole (le débit est maximum
en diastole)
stimulation des récepteurs alpha
et probablement blocage des récepteurs
béta.
froid, dérivé de l'ergot de
seigle, cocaïne...
d'autres facteurs ont un effet vasodilatateur
:
métabolites de l'ischémie
myocardique (adénosine, lactate..)
blocage des alpha-récepteurs.
stimulation des récepteurs béta
adrénergiques.
stimulation para-sympathique .
les prostaglandines
(prostacycline)
NO (nitré
endogène)
de nombreux
médicaments ont un effet vaso-dilatateur,
dérivés nitrés, antagonistes
calciques.
3 - L'ischémie
myocardique
est le résultat de ce déséquilibre
entre apports et besoins en oxygène
du myocarde. Elle a des conséquences
:
Biochimiques : déviation vers un
métabolisme anaérobie avec
production de lactates.
Mécaniques : diminution de la contractilité
et de la complicance ventriculaire gauche
dans la zone ischémiée,
Electriques : modifications du potentiel
membranaire se traduisant en électrocardiographie
de surface par des modifications de la repolarisation
ventriculaire.
En outre, des troubles du rythme peuvent
survenir à la faveur des phénomènes
ischémiques.
Cliniques : douleur angineuse mais pas toujours.
L'ischémie peut n'être pas
manifestée cliniquement. C'est l'ischémie
silencieuse dont les modalités évolutives
et le pronostic sont identiques à
l'ischémie douloureuse.
L'ischémie et ses conséquences
sont réversibles en quelques minutes
à l'arrêt de la crise.
4 - Ce déséquilibre
est dû à un athérome
coronaire oblitérant qui empêche
l'augmentation des apports en oxygène
parallèlement aux besoins du myocarde
lors de l'effort.
C'est l'angine
de poitrine par augmentation des besoins.
5 - Il existe
d'autres causes de déséquilibre
entre besoins en oxygène du myocarde
et apports en oxygène :
5.1. Obstacle
à l'éjection ventriculaire
gauche
(rétrécissement aortique orificiel,
cardiomyopathie obstructive).
La consommation en oxygène du myocarde
est fortement augmentée en raison
d'une surcharge barométrique intense
et permanente et d'une augmentation de l'état
contractile,
Les résistance coronaires sont augmentées
en raison d'une tension pariétale
diastolique excessive,
La pression de perfusion des artères
coronaires est basse, pas en rapport avec
la pression d'éjection ventriculaire
gauche.
Pour ces raisons, l'angine de poitrine peut
survenir à l'effort dans ces affections
alors même
que le réseau coronaire ne comporte
pas de sténose organique. Angine
de poitrine fonctionnelle.
5.2. Anémie.
5.3. Tachycardies.
5.4. Aortite syphilitique avec obstruction
ostiale.
CLINIQUE
On entend par
angor stable les douleurs d'angine de poitrine
de durée brève, inférieure
à 15 mn, survenant à la faveur
de l'effort ou déclenchées
par des équivalents de l'effort,
cédant à l'arrêt de
celui-ci, bien calmées par la TRINITRINE
et sans aggravation récente dans
le mode de déclenchement, de soulagement,
ni dans la fréquence des crises et
leur durée.
1 - La douleur
angineuse
1.1 - Le plus
souvent, elle est typique et
rend le diagnostic d'angine de poitrine
aisé :
siège rétrosternal en barre
d'un sein à l'autre,
irradiations typiquement ascendantes dans
les faces latérales du cou, mâchoire
inférieure, membre supérieur
gauche, bord cubital.
à type de striction ou de brûlures,
de pesanteur, parfois de blocage respiratoire,
électivement déclenchée
par l'effort, contraignant à l'interruption
de l'effort,
cédant quelques minutes après
l'interruption de l'effort,
calmée en moins de 5 mn par l'absorption
sub-linguale de TRINITRINE.
Symptômes associés : éructations,
hoquet, bâillements, sueurs froides...
Circonstances favorisantes : périodes
post-prandiales, froid, marche en terrain
accidenté ou en côte, contre
le vent..
1.2 - La douleur
peut être atypique :
dans ses circonstances de survenue : colère...
par son siège : épigastrique,
exceptionnellement thoracique postérieur
interscapulaire, parfois la douleur n'est
ressentie qu'au niveau des irradiations
(maxilaire supérieur ou membre supérieur
gauche).
Dans tous ces
cas, l'interrogatoire
minutieux permettra de recueillir la notion
de douleur survenant électivement
au cours de l'effort et contraignant à
l'interruption de celui-ci.
1.3 - Diagnostic
différentiel
Douleur pariéto-thoracique réveillée
par le mouvement mais pas réellement
par l'effort.
Douleur d'origine digestive, hernie hiatale,
colite de l'angle gauche, ulcère
gastro-duodénal,
Spasme oesophagien déclenché
par les déglutitions rapides ou les
déglutitions de liquide glacé,
Précordiales neurotoniques,
Hépatalgies d'effort de l'insuffisance
ventriculaire droite.
Dans tous les cas, il conviendra de
se méfier des associations.
2 - Examen :
L'examen somatique du patient examiné
en dehors des crises est souvent pauvre.
On doit rechercher :
2.1 - Une localisation
extra-coronarienne de l'athérome
(artériopathie des membres
inférieurs),
Une
anomalie auscultatoire cardiaque
pouvant laisser supposer que l'angine de
poitrine ne procède pas d'un athérome
coronaire mais d'une cause fonctionnelle
: un souffle systolique
éjectionnel orientera vers un obstacle
à l'éjection ventriculaire
gauche (rétrécissement aortique,
cardiomyopathie obstructive), un souffle
diastolique orientera vers une insuffisance
aortique.
2.3. Recherche
de xanthomes tendineux, d'hypertension artérielle...

2.4
- L'examen devra enfin rechercher les facteurs
de risque de la maladie coronarienne.
2.5 - Radiologiquement,
la silhouette
cardiaque est le plus souvent normale. L'examen
en amplificateur de brillance peut montrer
des calcifications coronariennes.
3 - Electrocardiogramme
3.1 - E.C.G. inter-critique
normal dans
plus de 50 % des cas
au début de l'évolution ,
lorsqu'il est pathologique, les anomalies
observées peuvent être les
suivantes:
ischémie sous-épicardique
(inversion de l'onde T pointue asymétrique).
lésion sous-endocardique (sous-décalage
du segment ST).
association des deux
.
Ces anomalies
lorsqu'elles existent ont une valeur localisatrice
en fonction des dérivations dans
lesquelles elles sont observées (anomalies
des précordiales antérieures
traduisant une lésion de l'inter-ventriculaire
antérieure, en D2 D3 VF, lésion
plutôt de la coronaire droite ; anomalie
en latérale V5 V6 éventuellement
associée à des anomalies en
D2 D3 VF, lésion circonflexe possible).
• Rarement, dès les premières
manifestations d'angine de poitrine, l'E.C.G.
peut montrer des signes d'infarctus de date
indéterminée
(cf
chapitre infarctus du myocarde)

3.2 - E.C.G.
en crise, il
montre la plupart du temps des anomalies
sous-décalage du segment ST.
parfois sus-décalage du segment ST.
4 - Electrocardiogramme
d'effort. Il
a un intérêt
diagnostique et pronostique.
Il peut affirmer la présence d'une
insuffisance coronarienne. La précocité
avec laquelle les signes apparaissent au
cours de l'épreuve d'effort donne
une idée de l'intensité des
lésions coronaires.
4.1 - Sur cyclo-ergomètre
ou tapis roulant
(cf.
Chapitre "Epreuve d'Effort")
L'épreuve est conduite de manière
à obtenir une élévation
de la fréquence cardiaque qui tient
compte de l'âge du sujet (on cherche
à atteindre une fréquence
de 85% de la maximale théorique pour
l'âge déterminée selon
la formule 220 - l'âge).
Surveillance monitorée de l'E.C.G.,
dérivations frontales et périphériques,
contrôle de la tension artérielle
pendant toute la durée de l'épreuve,
Epreuve effectuée en présence
d'un médecin
familiarisé à la technique,
disposant d'un matériel
de réanimation
et d'un défibrillateur, en milieu
hospitalier. Ces dispositions ont été
fixées par le législateur.
4.2 - Incidents
- Accidents
La survenue de troubles du rythme ventriculaire,
d'une baisse tensionnelle à l'effort,
d'une douleur thoracique angineuse, de troubles
de repolarisation de forte intensité
doivent faire interrompre l'épreuve,
Les accidents sont exceptionnels, ils tiennent
le plus souvent au non
respect d'une contre-indication formelle,
les contre-indications sont l'insuffisance
cardiaque décompensée, les
obstacles à l'éjection ventriculaire
gauche, les troubles du rythme ventriculaire
sévères à l'état
basal, l'angor instable, l'infarctus récent.
4.3. Résultats
L'épreuve est dite positive
lorsqu'elle détermine la survenue
d'un sous-décalage du segment ST
(plus rarement sur-décalage) de plus
d'1 mm d'amplitude, que cette anomalie soit
accompagnée ou non de douleur.
La précocité
d'apparition des signes est proportionnelle
à la diffusion des lésions
coronaires
(l'apparition des signes pour une fréquence
inférieure à 70 % de la maximale
théorique traduit la plupart du temps
des lésions sévères).
Une baisse
de pression artérielle
au cours de l'effort traduit généralement
un état
myocardique très altéré,
ou une lésion de tronc commun de
la coronaire gauche.
La sensibilité de l'épreuve
d'effort est de 80% (aptitude à dépister
l'insuffisance coronarienne),
La spécificité est également
d'environ 80%. Elle est cependant plus basse
chez les femmes
où les épreuves d'effort faussement
positives sont fréquentes.
5 - Coronarographie
sélective
(cf.
Chapitre "Explorations Hémodynamiques")
5.1 - Technique
Cathétérisme
artériel fémoral selon la
méthode de Seldinger,
- Temps ventriculaire gauche : il comporte
le relevé des pressions, la mesure
du débit cardiaque et l'opacification
du ventricule gauche destinée à
en juger la valeur contractile.
- Temps coronaire : opacification successive
de la coronaire gauche puis de la coronaire
droite sous incidences multiples.
- Epreuves pharmacodynamiques visant à
reproduire le spasme lorsqu'il existe, elles
font appel essentiellement à l'injection
d'alpha-stimulant (méthylergométrine).
5.2 - Incidents
- Accidents
Le perfectionnement
de la technique a rendu les accidents exceptionnels.
La mortalité de l'examen est inférieure
à 1 pour 4000.
Les incidents sont rares, ils sont essentiellement
représentés par des accidents
de la ponction artérielle, la survenue
très rare de douleur angineuse en
cours d'examen,
Le risque le plus important est le déclenchement
d'un infarctus du myocarde sur des lésions
particulièrement serrées,
observées dans environ 1/1000.
5.3 - Résultats.
La coronarographie
- Précise le nombre,
la topographie
et l'intensité des sténoses
artérielles,
- Précise la qualité du lit
d'aval artériel,
- Précise la présence ou l'absence
d'un réseau collatéral et
son intensité.
- Précise la valeur contractile du
ventricule gauche estimée d'après
la fraction d'éjection (volume d'éjection
systolique ventriculaire gauche/volume télédiastolique).
- La diffusion des lésions est variable
suivant les sujets :
de 30 à 40 % des cas lésions
mono ou bi-tronculaires n'intéressant
qu'un à deux vaisseaux.
40 à 50 % des patients ont des lésions
très sévères intéressant
les 3 vaisseaux ou le tronc commun de la
coronaire gauche.
il n'y a que dans 5 à 10 % des cas
que les lésions sont modérées,
n'intéressant que les branches secondaires.
Il faut savoir que les lésions sont
évolutives et qu'il n'est pas rare
qu'à deux examens itératifs
justifiés par l'aggravation de l'angine
de poitrine ou pour contrôle après
pontage ou angioplastie que les lésions
aient évolué, les lésions
observées initialement ayant progressé
et de nouvelles lésions étant
apparues sur le réseau préalablement
indemne.
Enfin, la morphologie des lésions
artérielles est importante à
considérer car elle conditionne la
prise en charge thérapeutique en
particulier les possibilités d'angioplastie.
Trois types de lésions sont décrites
:
lésion de type A, courte, concentrique,
respectant les bifurcations et les angles
vasculaires très vifs, idéale
pour l'angioplastie,
lésion de type B, lésion plus
longue anfractueuse ou excentrique intéressant
les bifurcations, les angles vasculaires
supérieurs à 60° rendant
le geste de l'angioplasticien plus difficile,
lésion de type C longue, calcifiée,
moniliforme, impropre à un geste
d'angioplastie.
5.4. Autres
Explorations pendant la coronarographie
diagnostique.
D’autres examens sont possibles pendant
la coronarographie diagnostique, destinés
à préciser le retentissement
hémodynamique d’une sténose
jugée douteuse. Parmi ces techniques,
la mesure de du gradient de pression de
part et d’autre d’une lésion
à l’état basal et après
épreuve pharmacodynamique est certainement
la plus prometteuse et tend à devenir
une technique de routine.
D’autres explorations existent, comme
la mesure des flux intra-coronaires par
le Doppler, ou l’évaluation
de la composition de la plaque et de la
charge athéromateuse d’un vaisseau
par l’échographie endocoronaire
(cf chapitre Exploration Hémodynamiques
et Angiographiques).
La prise
en charge varie en fonction du nombre des
lésions, de leur aspect, de la présence
éventuelle de collatérales,
la qualité contractile du ventricule
gauche.
Les indications de coronarographie et d'épreuve
d'effort seront discutées dans le
sous-chapitre "conduite à tenir
en présence d'une angine de poitrine
stable".
6 - Autres examens
(cf.
Chapitre "Explorations Isotopiques)
6.1 - Scintigraphie
au Technetium 99
(précise la valeur contractile du
ventricule gauche).
6.2 - Scintigraphie
au Thallium couplée
à l'épreuve d'effort.
Elle permet
d'étudier la perfusion myocardique.
EElle a les
mêmes contre-indications que l'épreuve
d'effort conventionnelle.
Elle permet de dépister les défauts
de perfusion, d'en étudier l'intensité,
le nombre et la diffusion ainsi que leur
reversibilité.
Elle a une spécificité et
une sensibilité plus élevée
que l'épreuve d'effort conventionelle.
La spécificité et la sensibilité
de la scintigraphie au thallium couplée
à l'épreuve d'effort sont
voisines de 100% lorsque les réponses
sont de même sens (toutes deux positives
ou toutes deux négatives).
En fait, il existe des réponses dissociées
assez fréquentes. La sensibilité
et la spécificité du Thallium
est loin d'être parfaite particulièrement
chez la femme et chez les obèses.
Elle est indiquée en cas de doute
persistant après interrogatoire et
épreuve d'effort.
Elle n'a pas d'intérêt en présence
d'un bloc de branche gauche qui donne de
faux positif.
Elle est impossible chez les sujets ayant
un handicap moteur.
Dans ces cas, l'épreuve de sensibilisation
par l'effort est remplacée par une
épreuve pharmacodynamique, en particulier
au dipyridamole, qui par vasodilation coronaire
augmente le débit coronaire. La sensibilité
et la spécificité de cette
méthode ne sont pas parfaites.
6.3 - Echographie.
Elle est utilisée pour préciser
la valeur contractile du ventricule gauche.
Elle est de plus en plus utilisée
pour le diagnostic de l'insuffisance coronarienne.
L'échographie de stress consiste
à analyser la cinétique des
parois, leur épaississement en systole
au cours de la perfusion d'un agent pharmacologique
le plus souvent beta 2 agoniste qui accélère
la fréquence cardiaque et augmente
l'état contractile donc les besoins
en oxygène.
En cas de sténose significative,
un défaut d'épaississement
systolique et une réduction de la
cinétique apparaît au niveau
des zones ischémiques.
Cette méthode a une sensibilité
et une spécificité de grande
valeur, comparables à celles de la
scintigraphie myocardique couplée
à l’épreuve d’effort.
Toutefois, il s’agit d’une méthode
invasive dont les résultats dépendent
considérablement de l’expérience
de l’opérateur.
Elle tend à être utilisée
en routine, particulièrement chez
les sujets ne pouvant se prêter à
un exercice physique.
La principale limitation de cette technique
est le défaut d’échogénicité
des patients.
6.4 - Biologie
: la recherche d'anomalies intéressant
le métabolisme lipidique et le métabolisme
glucidique font obligatoirement partie du
bilan d'une angine de poitrine (cf chapitre
Athérosclérose).
6.5 –
Tomodensitométre en coupes multiples
(scanner multicoupe):
C’est une nouvelle méthode
d’exploration du réseau coronaire
basée sur la technologie de la tomodensitométrie.
Dans ce cas particulier, un grand nombre
de couples (32 voire 64) sont réalisées
en une seule acquisition, réalisée
au cours de la diastole cardiaque. Cela
suppose qu’un logiciel spécifique
permette cette acquisition pendant la diastole,
en synchronisant électrocardiogramme
et temps d’acquisition. Cela suppose
également que la diastole soit longue,
donc la fréquence cardiaque baisse.
Cette méthode est en cours de développement.
La résolution spatiale et temporelle
sont en constante amélioration. Lorsque
le nombre de détecteurs est au moins
égal à 32, on considère
qu’il n’y a pas de segment du
réseau coronaire qui échappe
à l’examen. Les études
menées jusqu’à présent
confirment l’excellente corrélation
entre les données procurées
par cette méthode et l’examen
coronarographique de référence.
En outre, cette méthode permet d’apprécier
dans le même temps la cinétique
du ventricule gauche.  
7 - Histoire
Naturelle de l’Angine de Poitrine
Stable
7.1 - Début
:
il se fait généralement à
partir de la quarantaine. L'âge d'entrée
dans la maladie tend à s'abaisser
depuis une décennie. L'insuffisance
coronarienne se révèle une
fois sur deux par une angine de poitrine
(une fois sur quatre par un infarctus).
7.2 - Installée,
l'angine de poitrine est généralement
stabilisée au moins de façon
transitoire à la faveur du traitement.
C'est à dire que les crises existent
mais sans tendance à l'aggravation
ni à la disparition.
7.3 - A titre
exceptionnel (10
à 15 % des cas), l'angine de poitrine
disparait pendant une période de
temps prolongée : rémission
clinique.
7.4 - Cependant,
l'aggravation survient toujours à
terme manifestée
par
destabilisation de l'angor,
infarctus du myocarde,
insuffisance cardiaque,
mort subite,
accident vasculaire dans un autre territoire.
7.5 - Le terme
ultime de l'évolution est
la destruction du potentiel contractile
ventriculaire gauche qui va conduire à
l'insuffisance cardiaque.
cette perte de potentiel contractile peut
survenir de façon progressive au
fil des années d'évolution,
elle est d'autant plus rapide que le nombre
de vaisseaux lésés est plus
important,
elle peut survenir brutalement à
la faveur d'infarctus,
elle conduit à l'insuffisance ventriculaire
gauche,
lorsque l'insuffisance ventriculaire gauche
est présente, le pronostic vital
est engagé à moyen ou à
court terme.
7.6 - Pronostic
de la maladie coronarienne
Un certain nombre d'éléments
cliniques influencent défavorablement
le pronostic :
l'âge d'entrée dans la maladie
inférieur à 50 ans,
le sexe masculin,
l'hypertension artérielle,
le diabète,
l’insuffisance rénale,
la persistance de l'intoxication tabagique,
les anomalies électrocardiographiques
persistantes en dehors des crises,
un antécédent d'infarctus
du myocarde.
épreuve d'effort fortement et précocement
positive,
scintigraphie au thallium montrant plus
que 1 défaut de perfusion (inversement,
lorsque la scintigraphie au thallium est
normale ou presque normale, le pronostic
est très favorable).
En fait, deux facteurs influencent préférentiellement
le pronostic de la maladie coronarienne
:
le nombre de vaisseaux sténosés,
et la valeur contractile du ventricule gauche.
Schématiquement
plus le nombre de vaisseaux sténosés
est grand et plus
l'altération de la fonction contractile
du
ventricule gauche est grande, plus la mortalité
annuelle est élevée (cf tableau).
La mortalité annuelle de l'angine
de poitrine est voisine de 5 %. Mais elle
varie de 1,4 % chez les sujets ayant une
lésion d'un seul vaisseau avec bon
ventricule gauche à 25 % chez les
sujets avec lésion du tronc commun
de la coronaire gauche et mauvais ventricule
gauche.
Il est important de noter que le pronostic
de la maladie coronarienne peut être
modifié par la chirurgie de revascularisation
myocardique. Cette notion a formellement
été établie par les
études randomisées multicentriques
Américaines et Européennes.
|
MORTALITE
ANNUELLE 590 patients
Suivis 5 ans |
|
Nombre de Vaisseaux sténosés
|
Cinétique VG
normale |
Cinétique VG
modérément altérée
|
Cinétique VG
sévèrement altérée
|
|
1 vaisseau |
1.4% |
3.4% |
12 % |
|
2 vaisseaux |
6.6% |
6.2% |
11.4% |
|
3 vaisseaux |
7.2% |
10 % |
17.6% |
|
Tronc commun CG |
11.4% |
10 % |
25 % |
|
BRUSCHKE Circulation
1973, 47, 1154 |
Histoire naturelle
de l'angine de poitrine évaluée
sur 5 ans chez 590 patients en fonction
du type de lésions et de l'altération
de la cinétique ventriculaire gauche.
La mortalité annuelle moyenne est
de 5% mais elle varie de 1.4% chez les sujets
ayant une lésion d'un seul vaisseau
avec ventricule gauche normal, à
plus de 15 % chez les sujets ayant une atteinte
des 3 vaisseaux ou du tronc commun avec
mauvaise cinétique ventriculaire
gauche.
8 - La prise
en charge du coronarien
8.1 - Le diagnostic
positif de l'angine de
poitrine est le plus souvent facile
Dans les cas litigieux lorsque la scène
clinique est non concluante, l'épreuve
d'effort est nécessaire pour étayer
le diagnostic.
Dans le même ordre d'idée,
chez des sujets présentant des troubles
de repolarisation à l'état
de repos sans scène clinique évidente
ou avec une scène clinique très
atypique, l'épreuve d'effort pourra
être nécessaire pour affirmer
le diagnostic.
Le recours à la scintigraphie au
thallium est désormais plus fréquent
en conjonction avec l'épreuve d'effort
de manière à parvenir à
un diagnostic de certitude par méthode
non invasive. Pour mémoire, une épreuve
d'effort et une scintigraphie au thallium
négatives excluent de fait la probabilité
d'insuffisance coronarienne. Inversement,
la positivité des deux épreuves
permet de l'affirmer avec une quasi certitude.
Le recours à la coronarographie à
titre diagnostique est souvent nécessaire
car l’interrogatoire et les épreuves
invasives ne permettent pas toujours d’affirmer
le diagnostic d'insuffisance coronarienne.
En outre, les explorations invasives ne
donnent pas accès à l’anatomie
du réseau coronaire, au siège,
nombre et type de lésion.
8.2 - L'interrogatoire,
l'examen somatique et les examens biologiques
précisent le contexte dans lequel
survient l'angine de poitrine :
étude des facteurs de risque (cf
chapitre Athérosclérose),
recherche des autres localisations de la
maladie artérielle surtout artères
cervicales à destinée encéphalique
et artériopathie des membres inférieurs,
hypertension artérielle,
diabète ou autres anomalies métaboliques,
insuffisance rénale,
tares associées qui pourraient influencer
les décisions thérapeutiques
médicales ou chirurgicales en particulier
asthme, insuffisance respiratoire...
8.3 - Appréciation
de la gêne fonctionnelle.
Il est
d'usage de le faire suivant une nomenclature
internationale dite de la Canadian Cardiac
Society. Cette classification comporte 4
classes :
Classe I : l'activité physique ordinaire
telle que marche ou montée d'escaliers
ne cause pas d'angine de poitrine. Cette
dernière ne survient qu'en cas d'exercise
intense et prolongé soit lors du
travail soit lors des loisirs.
Classe II : limitation discrète de
l'activité ordinaire telle que marche
rapide, escaliers, marche à plat
de plus de 200 m, montée de plus
d'un étage à vitesse normale.
Survenue après le repas, au froid
ou au vent, à l'occasion de stress
émotionnel ou dans les heures qui
suivent le réveil.
Classe III : limitation marquée de
l'activité physique normale telle
que la marche en terrain plat, la montée
d'un étage à pas normal.
Classe IV : angine de poitrine au moindre
effort, au repos (cette classe n'est pas
une angine de poitrine stable).
8.4 - Estimation
de la sévérité des
lésions
en fonction de :
intensité de la gêne fonctionnelle,
mais surtout réponse lors de l'épreuve
d'effort. Lésions d'autant plus étendues
que l'épreuve d'effort est précocement
positive.
de la même façon, la diffusion
des défauts de perfusion en scintigraphie
au thallium est proportionnelle à
la diffusion des lésions coronaires
estimation du degré d'altération
de la valeur contractile ventriculaire gauche
qui peut s'effectuer par des moyens non
invasifs, soit échocardiographie,
soit scintigraphie au Technetium 99.
8.5 - En fonction
des résultats des investigations
préalables, l'indication de coronarographie
devra être discutée.
La coronarographie a pour but d'effectuer
le bilan anatomique précis de la
maladie coronarienne de manière à
établir un pronostic et à
choisir une thérapeutique qui sera
d'autant plus interventionniste que le pronostic
est plus menacé.
Schématiquement, doivent être
soumis à la coronarographie :
les malades dont la gêne fonctionnelle
est importante,
dont la gêne fonctionnelle est mal
acceptée,
les malades ayant une angine de poitrine
résiduelle après infarctus
du myocarde,
les malades dont l'épreuve d'effort
est précocément positive.
les indications devront être d'autant
plus larges que le sujet est plus jeune.
l'indication de coronarographie doit être
systématique chez les sujets à
fonction ventriculaire gauche altérée.
La coronarographie doit être récusée:
chez les sujets dont le terrain est gravement
débilité en particulier par
des tares viscérales multiples rendant
la réalisation du geste difficile
ou périlleuse.
la coronarographie doit être considérée
avec circonspection chez les sujets dont
le terrain se prêterait mal à
un geste chirurgical thoracique (insuffisance
respiratoire, grand âge, artériopathie
diffuse, insuffisance rénale...)
ou à un geste d'angioplastie.
En fonction des résultats, les différentes
indications thérapeutiques seront
discutées (cf chapitre thérapeutique).
En pratique
: Au fil
des années, compte tenu de la banalisation
de la coronarographie, les malades souffrant
de l’angine de poitrine formellement
prouvée par des méthodes non-invasives
sont soumis à exploration angiographique
de manière à établir
le nombre et la sévérité
des lésions. Ces explorations invasives
ont connu un très grand développement
compte tenu de la possibilité qu’elles
offrent de réaliser dans le même
temps que le geste diagnostique, un acte
thérapeutique, c’est à
dire angioplastie percutanée des
artères coronaires avec ou sans mise
en place de prothèse endovasculaire.
Cette méthode de traitement est devenue
si commune que rares sont les coronariens
qui échappent à la coronarographie.
FORMES CLINIQUES
1 - Ischémie
silencieuse ou ischémie indolore
Dans ces circonstances,
les manifestations ischémiques sont
détectées par l'électrocardiogramme
seul ou l'enregistrement électro-cardiographique
de longue durée selon la méthode
Holter ou à la faveur d'épreuves
non invasives autre que l'électrocardiogramme
d'effort comme la scintigraphie myocardique
au thallium.
L'ischémie myocardique indolore,
pure, sans aucune manifestation clinique
douloureuse, est rare. La plupart du temps,
il s'agit seulement de phénomènes
ischémiques non ressentis par le
patient évoluant dans le contexte
plus général d'une insuffisance
coronarienne manifestée par de l'angine
de poitrine.
De toute façon, la diffusion anatomique
des lésions ainsi que le pronostic
de la maladie sont strictement superposables
à celui de l'angine de poitrine commune
à forme douloureuse.
1.1 - Caractéristiques
Trois types d'ischémie
myocardique indolore sont distingués
selon le contexte clinique :
Type 1 - l'ischémie myocardique silencieuse
est la manifestation exclusive de l'insuffisance
coronarienne (2.5 à 10 %).
Type 2 - l'ischémie survient chez
des sujets avec antécédents
d'insuffisance coronarienne. Elle est peu
fréquente 10 à 15 % des cas.
Type 3 - forme la plus fréquente
au cours de laquelle co-existent des manifestations
classiques douloureuses de l'insuffisance
coronarienne et des manfiestations indolores.
1.2 - Diagnostic
L'ischémie
myocardique indolore ne peut être
reconnue que par les méthodes d'investigation
non invasives.
épreuve d'effort,
à l'enregistrement Holter avec monitorage
du segment ST.
scintigraphie myocardique au thallium.
1.3 - Pronostic
Il est identique
à celui de l'insuffisance coronarienne
commune et dépend du nombre de vaisseaux
lésés et de la qualité
contractile du ventricule gauche et d'éventuels
phénomènes d'instabilité
électrique. 2
- Angor à coronaires perméables.
Il s'agit d'un
concept physiopathologique demeurant extrêmement
mal précisé dont l'existence
réelle demeure incertaine pour beaucoup
d'auteurs.
On admet toutefois, qu'à titre exceptionnel,
d'authentiques manifestations d'ischémie
myocardique peuvent s'observer en l'absence
d'anomalies angiographiquement décelables
du réseau coronaire épicardique
et des branches de division. C'est
ce qu'on appelle l'angine de poitrine à
coronaires saines ou syndrome X.
Il y a lieu toutefois d'être très
exigeant pour en accepter le diagnostic.
En particulier, la démonstration
de l'ischémie myocardique est difficile
puisqu'elle repose sur les méthodes
non invasives dont on sait que la spécificité
n'est pas parfaite.
Il faudrait en théorie pour accepter
le diagnostic d'ischémie myocardique
vérifier pendant une stimulation
auriculaire à fréquence croissante,
que le métabolisme du myocarde dévie
vers la production de métabolites
de l'ischémie myocardique en particulier
la production de lactates.
En pratique, ce genre d'épreuve n'est
jamais réalisée de telle sorte
que le diagnostic de l'ischémie myocardique
repose en fait sur :
l'interrogatoire du patient très
aléatoire,
la réponse aux épreuves ergométriques,
épreuve d'effort dont la spécificité
est imparfaite,
la réponse aux épreuves d'enregistrement
électrocardiographiques de longue
durée type Holter dont on sait aussi
que la spécificité est imparfaite.
L'explication des phénomènes
est très incertaine :
anomalie du métabolisme myocardique
lui-même (peu probable)
anomalie artériolaire des vaisseaux
intramyocardiques avec augmentation des
résistances coronaires au cours de
l'effort (difficile à démontrer).
Le pronostic de la maladie est bon, peu
différent de celui d'une population
non coronarienne de même âge.
Enfin, l'incidence de la maladie est assez
peu représentatif de la maladie coronarienne
puisque la plupart des cas d'angine de poitrine
à coronaires perméables s'observe
chez des femmes.
TRAITEMENT
1 - Objectifs
du traitement
L'histoire naturelle
de l'angine de poitrine montre que lorsqu'elle
est installée, elle
s'aggrave dans 90% des cas.
Le traitement de l'angine de poitrine devrait
idéalement :
faire disparaître les douleurs et
en empêcher les récidives,
éviter l'aggravation et les complications
de l'angine de poitrine essentiellement
infarctus du myocarde et insuffisance cardiaque,
faire régresser ou stabiliser l'athérome
coronarien ou à défaut en
pallier les effets,
et si possible permettre d'améliorer
le pronostic vital de la maladie coronarienne.
2 - Moyens thérapeutiques
2.1 - Correction
des facteurs de risque et règles
hygiéno-diététiques
(cf.
Chapitre "Prévention de la Maladie
Coronaire")
Correction des facteurs de risque de la
maladie coronarienne :
correction du diabète.
correction de l'hypertension artérielle.
correction des désordres métaboliques.
La prescription des statines est devenue
obligatoire chez les patients souffrant
d'angine de poitrine.
(cf.
sous-chapitre "Prévention secondaire"
du chapitre "Athérosclérose")
De nombreux
médicaments existent dans cette nouvelle
classe pharmacologique. Toutefois, à
ce jour, l'efficacité en terme de
réduction de la morbidité/mortalité
n'a été démontrée
qu'avec la simvastatine, la pravastatine
et l’atorvastatine. Ces médicaments
doivent donc être prescrits en priorité
même si on estime qu'il s'agit d'un
effet classe et non pas d'un effet médicament.
L'objectif du traitement est d'obtenir une
réduction du taux de cholestérol
total <1,9g/L, et une réduction
du taux de LDL cholestérol <1,0g/L.
Règles hygiéno-diététiques.
Les règles
hygiéno-diététiques
ont un impact considérable sur l’évolution
à long terme des coronariens.
Suppression du tabac.
Préscription d'un régime alimentaire
de type méditerranéen.
Réduction de la surcharge pondérale,
Réentrainement à l'effort
en milieu spécialisé.
Reprise de l’activité physique
sous forme d’effort de type endurance,
à raison d’une séance
quotidienne de 30 minutes.
On estime que ces règles hygiéno-diététiques
aboutissent à une réduction
considérable de la mortalité
:
L’interruption du tabagisme : 35%
Reprise d’activité physique
: 25%
Diététique appropriée
: 45%
2.2 - Moyens
médicamenteux
Trinitrine
et dérivés nitrés :
la pharmacocinétique de la trinitrine
et des dérivés nitrés
conditionne son efficacité et sa
voie d'administration. La trinitrine et
les dérivés nitrés
quels qu'ils soient lorsqu'ils sont administrés
per os sont inactivés après
absorption digestive lors du premier passage
hépatique. L'efficacité du
produit exige donc qu'il soit administré
par voie extra-digestive (sub-linguale ou
cutanée), ou qu'il soit administré
par voie digestive à une forte posologie
susceptible de saturer le catabolisme hépatique.
Mode d'action et effets secondaires : la
trinitrine est un relaxant direct de la
fibre musculaire lisse, elle entraine une
vaso-dilatation puissante artérielle
et veineuse, prolongée à condition
que la posologie soit correctement répartie
dans la journée. Elle a donc un effet
anti-spastique
sur les coronaires. Par l'effet de vasodilatation
artérielle et veineuse, elle diminue
les conditions de charge du ventricule gauche
et diminue donc de façon indirecte
la consommation d'oxygène du myocarde.
Elle ne comporte pas d'effets secondaires
en dehors de céphalées chez
certains sujets.
L'activité des dérivés
nitrés est toutefois sérieusement
remise en question depuis qu'on sait que
des phénomènes de tolérance
interviennent très rapidement (épuisement
des effets médicamenteux du produit
dès les premières doses).
Ces phénomènes incitent à
administrer le produit de façon discontinue
et non plus continue comme on le faisait
par le passé.
C'est la raison pour laquelle, quel que
soit le mode d'administration, on conseille
de ne prescrire les médicaments que
12 heures par jour.
Il existe un risque sérieux d’interaction
avec les inhibiteurs des phospho-diestérases
(sildenafil, vardenafil, tadalafil), prescrits
dans la dysfonction érectile chez
l’homme. L’association de ces
médicaments avec les dérivés
nitrés et d’une façon
générale les donneurs de NO
(molsidomine) peut entraîner des hypotensions
artérielles graves. Ils ne doivent
jamais être associés.
Caractéristiques
et modalités de prescription des
dérives nitres et de la molsidomine
| |
D.C.I./voies
|
Spécialités
|
Durée d'action
|
|
Nitroglycérine |
Sublinguale |
Trinitrine simple 0.15 mg
pilule à croquer |
1,5mn-1 h |
| |
Spray |
Lénitral Spray
Natispray 0.15-0.30 mg
|
1,5mn-1 h |
| |
Patch transdermique |
Cordipatch 5-10 mg
Diafusor 5-10-15 mg
Nitriderm 5-10-15 mg
Discotrine 5-10-15 mg
Trinipatch 5-10-15 mg |
12-24h |
| |
Orale
(libération prolongée
LP) |
Lénitral gel 2.5-7.5 mg |
8-12h |
| |
I.V. |
Lénitral amp 3 mg (2 ml)
15 mg (10 ml) |
30 mn |
|
Dinitrate d'isosorbide |
Sublinguale |
Risordan cp 5 mg
Isocard Spray |
60 mn |
| |
Orale |
Risordan cp 5-20 mg
Risordan cp LP 60 mg
Langoran gel LP 20-40 mg |
2-6 h |
| |
I.V. |
Risordan amp
10 mg (10 ml) |
30 mn |
|
Mononitrate d'isosorbide |
Orale |
Monicor gel LP
20-40-60 mg |
9h-12h |
|
Molsidomine |
Orale |
Corvasal cp 2-4 mg |
9-12 h |
Molsidomine.
Ce produit a
une action voisine de celle des dérivés
nitrés mais plus puissante et sans
phénomène de tolérance.
Il n'y a donc pas d'échappement.
La Molsidomine comme les dérivés
nitrés entraine une relaxation de
la fibre musculaire lisse vasculaire par
augmentation de la GMP cyclique.
L'absorption intestinale est rapide et complète.
La bio-disponibilité est bonne.
Les effets indésirables sont les
mêmes que ceux des dérivés
nitrés, essentiellement vertige et
céphalées. Le produit se présente
sous forme de comprimé à 2
et 4 mg avec une posologie moyenne de 6
à 12 mg/jour.
Les mêmes risques d’interaction
existent entre la molsidomine et les inhibiteurs
des phospho-diestérases comme pour
les dérivés nitrés
(cf.
supra).
Béta-bloqueurs
Ces médicaments inhibent au niveau
des organes cibles l'action des catécholamines
en bloquant les récepteurs spécifiques.
Ces béta-récepteurs sont ubiquitaires
dans l'organisme.
On en distingue essentiellement deux sortes,
les bêta 1 récepteurs prédominant
au niveau du myocarde et les bêta
2 récepteurs qui prédominent
en particulier au niveau de l'arbre bronchique.
Le blocage indistinct des bêta 1 et
bêta 2 récepteurs conditionne
à la fois l'effet thérapeutique
recherché et l'effet secondaire indésirable.
Le blocage des bêta 1 récepteurs
myocardiques entraîne une diminution
de l'inotropisme et un ralentissement de
la fréquence cardiaque ayant pour
effet une diminution de consommation d'oxygène
du myocarde. Il freine en outre la conduction
mais à un degré moindre.
Au niveau des organes extra-cardiaques,
en particulier au niveau des bronches, le
blocage des bêta-récepteurs
entraînera une broncho-constriction.
Cela conditionne la contre-indication formelle
des bêta-bloqueurs : l'asthme bronchique
vrai.
La plupart des produits disponibles bloquent
indifféremment les bêta 1 et
les bêta 2 récepteurs. Certains
produits sont dits cardio-sélectifs
c'est à dire qu'ils exercent leur
activité bêta-bloquante de
façon préférentielle
sinon élective sur les bêta
1 récepteurs cardiaques. Ces produits
peuvent théoriquement être
prescrits dans l'asthme vrai.
Contre-indications absolues, formelles et
définitives des bêta-bloqueurs
: asthme vrai, rétrécissement
aortique, bloc auriculo-ventriculaire non
appareillé, maladie de Raynaud, diabète
mal équilibré.
• Contre-indication
abusive : ulcère.
• Contre-indications
relatives : troubles de conduction intra-ventriculaire
Inhibiteurs
calciques
(ou calcium-bloqueurs). Il s'agit d'une
classe médicamenteuse plus récente
que les béta-bloqueurs.
Mécanisme d'action : ces produits
s'opposent au transfert transmembranaire
du calcium et à sa mobilisation du
réticulum sarcoplasmique. Le calcium
est indispensable à la contraction
des fibres musculaires lisses ou striées.
Ces effets sont surtout ressentis au niveau
de la fibre musculaire lisse, particulièrement
celle des vaisseaux artériels et
veineux.
Activité anti-angineuse : anti-spastique.
Vaso-dilatation périphérique,
ils diminuent la consommation d'oxygène
du myocarde par diminution de la post-charge
ventriculaire gauche (contrainte pariétale).
Enfin ils ont tous un effet inotrope négatif
puissant compensé par l'effet de
vasoplégie périphérique
qui diminue la postcharge de telle sorte
qu'il est rare qu'en clinique l'effet inotrope
négatif soit manifesté cliniquement.
Effets indésirables : le verapamil
est puissamment dépresseur de l'inotropisme
myocardique et ne doit jamais être
associé avec les bêta-bloqueurs.
Le diltiazem freine la conduction sur le
noeud auriculo-ventriculaire, il est faiblement
dépresseur du myocarde. La nifedipine
n'a pas d'effet sur la conduction mais entraîne
une vasoplégie en particulier veineuse
souvent gênante (oedèmes des
membres inférieurs en imposant pour
des oedèmes d'insuffisance cardiaque).
Principaux
beta-bloquants commercialisés en
France - Caractéristiques pharmacologiques
| Dénomination
commune internationale D.C.I. |
Nom
de Spécialités |
Sélectivité
ß1-adrénergique |
Activité
intrinsèque
ß-stimulante
(ASI) |
Posologie
|
|
Acébutolol |
Sectral |
+ |
+ |
400-1200 mg/j en 2-3 prises |
|
Aténolol |
Ténormine
|
+ |
0 |
100-200 mg/j en 1-2 prises |
|
Bétaxolol |
Kerlone |
+ |
0 |
10-20 mg/j en 1 prise |
|
Bisoprolol |
Détensiel
Soprol |
+ |
0 |
10-20 mg/j en 1-2 prises |
|
Céliprolol |
Célectol
|
+ |
+ |
200-400 mg/j en 1 prise |
|
Métoprolol |
Seloken
Lopressor |
+ |
0 |
50-200 mg/j en 1 prise |
|
Nadolol |
Corgard |
0 |
0 |
80-200 mg/j en 1 prise |
|
Oxprénolol |
Trasicor |
0 |
+ |
160-480 mg/j en 2 prises (R :1/j) |
|
Pindolol |
Visken |
0 |
+ |
5-15 mg/j en 1-2 prises |
|
Propanolol |
Avlocardyl |
0 |
0 |
120-240 mg/j en 3 prises, LP 1/j |
|
Sotalol |
Sotalex |
0 |
0 |
160-480 mg/j en 2 prises |
Caractéristiques
pharmacocinétiques et posologie des
antagonistes calciques
|
DCI |
Spécialité |
Présentation |
Durée d’action |
Posologie Angor |
Interactions |
|
Nifédipine |
Adalate |
gélule 10 mg |
4-6h |
30-60 mg/j
en 3-4 prises |
Cimétidine
Ranitidine
Quinidine |
|
Diltiazem |
Tildiem
BiTildiem
MonoTildiem LP |
cp 60 mg
gel 90-120 mg
gel 200-300 mg |
8-12h
LP : 24h |
120-360 mg/j
en 3-4 prises
BiTildiem
2 prises/j
MonoTildiem
1 prise/j
|
Digoxine
Diazépam
Théophylline
Carbamazépine
Ciclosporine |
|
Vérapamil |
Isoptine |
40-120 mg
cp 240 (LP) |
8-10h (LP) |
240-480 mg/j
en 2 prises |
Quinidine
Digoxine |
|
Amlodipine |
Amlor |
gél 5-10 |
>24h |
5-(10) mg/j
(1 prise)
|
|
Trimétazidine
(Vastarel).
Il s'agit du seul représentant de
la classe thérapeutique des anti-ischémiques
métaboliques. Ce médicament
n'agit pas par réduction de la fréquence
cardiaque ni diminution de la consommation
d'oxygène comme cela peut être
démontré avec les autres produits.
Il n'agit pas par vasodilatation. Son mécanisme
d'action a été longtemps méconnu.
Il intervient au niveau du métabolisme
de la cellule myocardique. De la sorte,
son efficacité réélle
est difficile à démontrer
en clinique. Des essais médicamenteux
sont en cours.
Facilitateurs des Canaux Potassiques: Nicorandil
(Adancor, Ikorel)
Ces médicaments ont une activité
anti-ischémique puissante qui peut
s’exercer en complément de
celle des béta-bloqueurs. Elle est
liée principalement à un effet
vaso-dilatateur périphérique.
Dans un essai au moins, une réduction
de la mortalité a été
obtenue chez les patients traités
en plus de l’amélioration de
la situation fonctionnelle (IONA).
Ranolazine (Ranexa)
Ce médicament n’est pas encore
commercialisé. Il agit par un mécanisme
original de blocage du courant sodique tardif
activé en cas d’ischémie
et conduisant à une surcharge calcique
de la cellule myocardique. L’augmentation
de la rigidité pariétale (diminution
de compliance qui en résulte) constitue
un frein à la microcirculation et
aggrave l’ischémie. Le blocage
de ce courant sodique tardif par la ranolazine
réduit les phénomènes
d’ischémie.
La preuve de l’efficacité de
ce médicament a été
donnée dans plusieurs études
testant son efficacité à réduire
la fréquence des crises angineuses
et son efficacité à prévenir
les signes d’ischémie au cours
d’une épreuve d’effort.
Il n’est pas encore commercialisé.
Ivabradine (Procoralan)
Il s’agit d’une nouvelle classe
pharmacologique. Ce médicament bloque
le courant If au niveau du sinus de Keith
et Flack et a pour effet de ralentir la
fréquence sinusale et de s’opposer
à son accélération
au cours de l’effort.
La preuve de l’efficacité de
ce médicament a été
donnée dans plusieurs études
testant son efficacité à réduire
la fréquence des crises angineuses
et son efficacité à prévenir
les signes d’ischémie au cours
d’une épreuve d’effort.
Ce médicament a été
commercialisé récemment.
Caractéristiques,
pharmacocinétiques et posologie des
nouveaux anti-angineux
|
|
D.C.I./voies |
Spécialités |
Durée d’action |
|
Trimétazidine |
Vastarel |
cp 20 mg
cp 35 mg LM
(libération modifiée) |
5-6h
LM: 8-11h |
|
Nicorandil |
Adancor
Ikorel |
cp 10-20 mg |
8h |
|
Ivabradine |
Pro-coralan |
cp 5-7.5 mg |
11h |
|
Ranolazine |
Ranexa |
Cp 1g |
12h |
Traitement anticoagulant :
Autrefois prescrit chez tout coronarien
d'une façon définitive, on
admet actuellement que le traitement anti-coagulant
n'a pas d'indication dans l'angor stable,
sauf pathologies associées requérant
un traitement anticoagulant au long cours.
Anti-agrégants plaquettaires :
L'utilisation des anti-agrégants
plaquettaires dans l'insuffisance coronarienne
répond à la pathogénie
actuellement admise du développement
de l'athérome qui en fait un conflit
plaquettes-paroi artérielle.
L’aspirine est la plus utilisée.
Une méta-analyse a montré
que l’aspirine était capable
de réduire de plus de 50% le risque
d’événements majeurs
(décès, infarctus, accident
vasculaire cérébral) chez
les coronariens connus soumis à ce
traitement. La dose efficace s’étend
de 75 à 325mg. Toutefois, les doses
de 75 à 160mg s’avèrent
aussi efficaces que les doses les plus élevées.
On privilégiera donc une dose de
75 à 160mg puisque le risque hémorragique
est réduit pour ces doses.
En cas d’allergie à l’aspirine,
ou chez les sujets ayant plusieurs territoires
vasculaires atteints, le clopidogrel a une
dose de 75mg par jour doit être administré.
Chez les sujets avec plusieurs territoires
vasculaires atteints (?3), ce médicament
a été montré supérieur
à l’aspirine seule avec un
bénéfice de 8,7% sur la fréquence
des événements vasculaires
majeurs, comme définis précédemment.
Chez les sujets avec antécédents
d’infarctus, la réduction du
risque par rapport à l’aspirine
atteint 19%.
Hypocholestérolémiants.
Seules les statines ont démontré
une efficacité en termes de réduction
de la morbidité/mortalité
(cf. Prévention Secondaire du chapitre
Athérosclérose).
En cas de contre-indication ou de mauvaise
tolérance, les autres hypocholestérolémiants
seront utilisés, essentiellement
les fibrates.
Inhibiteurs de l’Enzyme de Conversion
de l’Angiotensine (cf chapitre Athérosclérose)
Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion
(IEC) ont été récemment
démontrés capables des réduire
le risque d’événement
cardiaque majeur chez les sujets coronariens
connus. L’efficacité est plus
grande chez les sujets à haut risque,
en particulier patients avec antécédents
d’infarctus, diabète, insuffisance
rénale… On considère
que désormais ils doivent être
prescrits à titre de prévention
des événements secondaires
chez les sujets porteurs d’une cardiopathie
ischémique.
Le ramipril (Triatec) a démontré
une réduction de 25% du risque de
décès, infarctus et accident
vasculaire cérébral dans l’étude
HOPE qui a incorporé des sujets à
plutôt haut risque.
Le perindopril (Coversyl) a fait apparaître
une réduction de 20% du risque de
décès, infarctus et mort subite
réanimée dans l’essai
EUROPA chez des sujets à moindre
risque.
Ces deux médicaments ont reçu
l’approbation formelle des autorités
de santé pour mise sur le marché
dans cette indication et font désormais
partie de l’ordonnance du coronarien.
Antioxydants:
Les effets théoriques des traitements
antioxydants (vitamine E) sont favorables.
Les essais conduits à ce jour avec
ce type de médicament sont demeurés
négatifs. La prescription ne peut
pas être recommandée.
Remplacement hormonal :
L’efficacité du remplacement
hormonal chez les femmes ménopausées
a longtemps été débattue
dans l’insuffisance coronaire chronique.
On sait désormais qu’il n’a
aucune influence sur l’évolution
de la maladie et ne peut donc en aucune
façon être prescrit si le seul
objectif est la maladie coronaire.
2.3 - Angioplastie
des artères coronaires.
Cette technique
a été introduite en 1977 par
Andréas Gruntzig. Elle consiste,
par cathétérisme, à
mettre en place au niveau de la sténose
artérielle un ballonnet qu'il est
possible de gonfler à des pressions
de 6 à 15 atmosphères. L'insufflation
du ballonnet écrase la plaque d'athérome
et la refoule dans la paroi artérielle
à la faveur d'une déchirure
limitée, sous-adventicielle. Le geste
peut être précédé
par une athérectomie rotative lorsque
les lésions sont très calcifiées.
L’angioplastie est complétée
aujourd’hui dans 90% des cas par la
mise en place d’une prothèse
endovasculaire, qui permet d’optimiser
le résultat de l’angioplastie
par ballon, d’obtenir une lumière
artérielle plus large que celle obtenue
par une dilatation au ballon simple. La
mise en place de prothèse endovasculaire
permet en plus de corriger les complications
de l’angioplastie au ballon, en particulier,
dissection étendue et occlusion du
vaisseau.
Cette technique s'applique aux sténoses
de type A et B, plus rarement de type de
C. Actuellement, 40 à 50% des sujets
soumis à coronarographie sélective
ont des lésions qui se prêtent
à une angioplastie.
La technique est en constante évolution
depuis son introduction. Les ballons sont
de plus en plus perfectionnés.
Dans les équipes bien entraînées,
l'angioplastie est réalisée
dans le même temps que la coronarographie
dans au moins 90 % des cas.
La dilatation peut s'effectuer efficacement
et sans complication dans plus de 95 % des
cas (succès primaire). Elle s'avère
impossible dans 4 à 5 % des cas.
Elle se complique de dissection artérielle
et d'oblitération du vaisseaux dans
moins de 1 % des cas. L'occlusion artérielle
est une complication majeure et nécessite
la réalisation d'un pontage aorto-coronarien
en urgence, ce qui suppose que l'angioplastie
soit conduite à proximité
d'un service pouvant réaliser ce
type de chirurgie en urgence.
Son principal inconvénient est représenté
par la resténose,
phénomène qu'on doit considérer
comme un processus cicatriciel en réponse
au traumatisme vasculaire. On sait que la
lésion de resténose est faite
d'une prolifération des cellules
musculaires lisses à partir de la
média qui colonisent l'intima. Elle
intervient dans un délai de 3 à
6 mois. Sa fréquence est de l'ordre
de 35 à 40 % des cas.
Elle impose un contrôle cardiologique
strict après angioplastie à
la recherche de signes d'ischémie
myocardique récidivante.
En cas de récidive de signes d'ischémie
myocardique ou d'angor, elle impose un contrôle
angiographique et éventuellement
un nouvelle angioplastie.
La fréquence de la resténose
a été réduite de 50%
par l’utilisation des prothèses
endovasculaires. Plus récemment,
de nouveaux types de prothèse endovasculaire,
dites prothèses endovasculaires actives
ont permis d’abolir pratiquement le
phénomène de resténose.
Ces prothèses actives sont recouvertes
d’une couche polymer contenant un
médicament (rapamycine ou paclitaxel)
qui abolit la prolifération cellulaire.
Elles demeurent actuellement très
onéreuses. Leur inconvénient
est d’exposer le patient à
une thrombose de stent tardive (au delà
du premier mois) qui survient dans un délai
de 1 à 3 mois avec une fréquence
de 0,5 à 0,7%.
Lésion
serrée de la coronaire droite .
Mise
en place d'un cathéter à ballon
porteur d'une prothèse endovasculaire
("stent") .
Inflation
du ballon porteur de la prothèse
au site de la lésion .
Résultat
final après angioplastie et mise
en place de prothèse endovasculaire .
2.4 - Chirurgie
Elle se propose
de restaurer une vascularisation normale
dans le territoire vasculaire siège
de sténose selon deux techniques,
le pontage aorto-coronaire veineux et l'anastomose
mammaire.
Pontage aorto- coronaire veineux. Le geste
chirurgical consiste à interposer
entre l'aorte et l'artère coronaire
en aval du rétrécissement,
un greffon veineux prélevé
au niveau de la saphène.
La durabilité des pontages veineux
à long terme est problématique.
Un an après l'intervention, 25 à
30 % des pontages veineux sont occlus. Le
taux de perméabilité demeure
stable pendant les six, sept premières
années d'évolution puis chute
inexorablement. Après dix ans pratiquement
tous les pontages veineux sont occlus.
Anastomose mammaire-coronaire. Les deux
mammaires peuvent être utilisées.
Elles sont d'habitude implantées
sur les artères du réseau
gauche interventriculaire antérieure
et circonflexe.
D'autres artères peuvent être
utilisées comme la gastro-épiploïque.
La durabilité des anastomoses mammaires
coronaires à long terme est bien
meilleure que celle des pontages veineux,
de toute façon supérieure
à 10 ans lorsqu'au terme de la première
année d'évolution elles demeurent
perméables.
Désormais, il est possible de procéder
à la revascularisation myocardique
particulièrement avec une anastomose
mammaire-coronaire à cœur battant,
sans circulation extra-corporelle. Le geste
est plus délicat à conduire,
mais les suites sont considérablement
améliorées. Cette technique
est particulièrement indiquée
lorsque la fonction ventriculaire gauche
est gravement altérée et d’une
façon générale chez
les sujets fragiles.
Enfin, les pontages avec d'autres matériaux
comme l’artère radiale peuvent
être proposés mais avec une
durabilité inférieure à
celle des anastomoses mammaire-coronaires.
3 - Conduite
du traitement
3.1 - Traitement
de la crise
Il est assuré
au mieux par la trinitrine sous forme de
dragées qui doivent être croquées,
les morceaux devant être conservés
sous la langue par le malade.
Il existe d'autres voies d'administration
en particulier sous forme de pulvérisation
sub-linguale (spray de trinitrine).
Il convient de recommander au malade de
croquer autant de dragées qu'il est
nécessaire pour faire disparaître
la crise et de consommer de la trinitrine
à chaque crise.
Fréquemment, les malades répugnent
à consommer ce médicament
lors de chaque crise car ils craignent de
voir ses effets bénéfiques
disparaître à la faveur d'une
utilisation intensive.
Il convient de rassurer le patient sur ce
point et de lui affirmer que la consommation
est sans danger et que l'effet ne s'épuise
jamais, ce qui n'est que partiellement vrai.
Dans les cas rebelles (angor instable sévèrement
évolutif et traité en milieu
hospitalier), la trinitrine peut s'utiliser
par voie veineuse avec une efficacité
tout-à-fait remarquable.
Outre la trinitrine d'action rapide, il
est possible d'utiliser l'adalate (nifédipine)
par voie sub-linguale. Ce produit se présente
sous forme de capsules contenant quelques
gouttes de principe actif que le patient
doit conserver sous la langue.
3.2 - Traitement
de fond de l'angine de poitrine
Les
critères présidant au choix
des médicaments ou de leurs associations
sont plus le respect des contre-indications
des différents produits disponibles
que le mode d'action et le mécanisme
physiopathologique connus ou supposés
de l'angine de poitrine.
Cependant, les bêta-bloqueurs, les
dérivés nitrés et les
inhibiteurs calciques demeurent la thérapeutique
de choix de l'angine de poitrine d'effort
stricte.
Lorsque
le spasme coronaire est documenté,
les inhibiteurs calciques qui sont de puissants
vaso-dilatateurs sont préférés
aux béta-bloqueurs qui ont été
accusés de favoriser le spasme ou
de le prolonger.
Thérapeutiques déconseillées
:
Traitement bêta-bloqueur en présence
d'une bradycardie excessive pré-existante
au traitement, ou chez un malade porteur
d'un asthme vrai.
Association bêta-bloqueur verapamil
dont l'effet dépresseur sur le myocarde
est particulièrement important.
Associations médicamenteuses multiples
d'anti-angineux majeurs : bêta-bloqueur,
amiodarone + calcium bloqueur....
La thérapeutique médicamenteuse
dans l'angine de poitrine d'effort ne doit
être débutée qu'après
s'être assuré:
qu'il s'agit bien d'une insuffisance coronarienne.
Les tests
non invasifs, et au besoin la coronarographie
diagnostique permettent toujours d'affirmer
ou d'infirmer le diagnostic.
qu'il ne s'agit pas d'une angine de poitrine
fonctionnelle, compliquant une sténose
aortique orificielle ou une insuffisance
aortique majeure,
Enfin, il est nécessaire particulièrement
chez le sujet jeune d'évaluer la
sévérité de l'atteinte
coronarienne avant l'instauration du traitement.
La conduite du traitement peut faire appel
à différentes associations
médicamenteuses.
la plus conseillée est bêta-bloqueur
+ dérivés nitrés ou
bêta-bloqueur + molsidomine. Se souvenir
que la bradycardie apparaissant sous bêta-bloqueur
est une preuve de l'efficacité du
traitement, elle doit être recherchée,
l'absence d'accélération du
pouls lors du passage du décubitus
à l'orthostatisme étant un
signe de traitement suffisamment dosé.
actuellement on estime que les inhibiteurs
calciques peuvent également être
une thérapeutique de première
intention avec ou sans dérivés
nitrés. Ils sont de toute façon
conseillés lorsque les bêta-bloqueurs
sont contre-indiqués pour des raisons
diverses ou lorsqu'ils ont entrainé
des effets secondaires gênants tels
que syndrome de Raynaud, bronchospasme.
On s'adresse surtout aux médicaments
comportant un effet bradycardisant en particulier
diltiazem ou vérapamil.
l'association bêta-bloquant, inhibiteur
calcique et dérivés nitrés
peut être utilisée en évitant
d'associer les médicaments bradycardisants.
On n'a toutefois pas la preuve que cette
association médicamenteuse pourtant
courante en pratique clinique soit supérieure
en efficacité à l'utilisation
d'un bêta-bloqueur ou d'un inhibiteur
calcique seul avec dérivés
nitrés ou molsidomine.
En fait, le développement de nouveaux
anti-ischémiques a apporté
de nouvelles possibilités de traitement
et de nouvelles possibilités d’association
médicamenteuse. La caractéristique
des médicaments développés
récemment est qu’ils peuvent
tous être associés avec les
béta-bloqueurs ou les inhibiteurs
calciques, dont ils complètent l’action.
Cela est vrai pour les facilitateurs des
canaux potassiques, la ranolazine, l’ivabradine,
mais également pour la trimétazidine,
de développement plus ancien.
3.3 - Dilatation
endoluminale
Elle offre l'incomparable avantage de restituer
un réseau perméable au prix
d'une procédure limitée.
Le bénéfice psychologique
obtenu par cette thérapeutique est
généralement excellent. La
réinsertion socio-professionnelle
s'en trouve facilitée.
Enfin, le coût de cette thérapeutique
est faible, en regard de la chirurgie coronaire,
mais elle ne s'adresse pas exactement aux
mêmes malades. Les indications de
l'angioplastie sont en constante évolution.
Initialement réservée aux
lésions mono- tronculaires proximales
de type A.
|
ETUDE
EUROPEENNE RANDOMISEE
760 patients. 6 ans. 2 Vx au moins
|
|
Traitement |
Chirurgical |
Médical |
P |
|
Groupe total |
91% |
81% |
P<0.001 |
|
2 vaisseaux |
89.4% |
86% |
NS |
|
3 vaisseaux |
94% |
80% |
P<0.001 |
|
Tronc commun |
81.4% |
57.8% |
P<0.001 |
|
Circulation 1982 |
|
VETERAN
ADMINISTRATION STUDY RANDOMISEE
686 patients. 6 ans. |
|
Traitement |
Chirurgical
|
Médical
|
P
|
|
1 vaisseau |
88% |
86% |
NS |
|
2 vaisseaux |
87% |
75% |
NS |
|
3 vaisseaux |
84% |
65% |
P<0.001 |
|
TC à 4 ans |
90% |
60% |
P<0.001 |
|
Circulation 1982 |
l'angioplastie
est désormais appliquée à
des lésions de type A et B souvent
multiples. Les bi-tronculaires et les pluri-tronculaires
peuvent faire l'objet d'angioplastie dans
la mesure où les lésions s'y
prêtent.
Il faut se souvenir que la multiplication
des gestes d'angioplastie augmente le risque
de resténose en proportion.
3.4 - Traitement
chirurgical
La mortalité
opératoire est faible, 1 à
5%, l'efficacité sur la douleur est
remarquable et durable dans la mesure où
la correction a été complète.
Il est établi actuellement que la
correction chirurgicale des lésions
améliore la performance ventriculaire
gauche et améliore le pronostic de
la maladie coronarienne lorsque les lésions
intéressent le tronc commun de la
coronaire gauche ou les trois principaux
troncs coronaires.
Actuellement, les indications chirurgicales
sont en retrait considérable dans
l'insuffisance coronarienne par rapport
à ce qu'elles étaient au début
des années 80.
Ne sont soumis à revascularisation
chirurgicale que les sujets porteurs de
lésions
du tronc commun de la coronaire gauche ou
de lésions tri-tronculaires avec
mauvaise fonction ventriculaire gauche impropre
à angioplastie multi-tronculaire.
3.5 - Indications
respectives entre angioplastie et chirurgie
chez les multi-tronculaires :
De multiples
essais randomisés ont été
conduits pour évaluer l'efficacité
respective de l'angioplastie avec ou sans
stent, et de la chirurgie chez les multi-tronculaires.
Tous n'avaient pas exactement les mêmes
critères d'inclusion mais tous donnent
des résultats sensiblement similaires
:
la durée d'hospitalisation est bien
entendue raccourcie chez les malades soumis
à angioplastie par rapport à
la chirurgie,
le bénéfice immédiat
en terme de mortalité est identique
dans les deux groupes. La mortalité
est de l'ordre de 1 % dans les séries
angioplasties et les séries chirurgicales,
le coût immédiat de la procédure
est beaucoup plus faible avec angioplastie
qu'avec chirurgie. Toutefois, l’utilisation
des prothèses endovasculaires actives
rapproche considérablement le coût
de l’angioplastie chez les multi-tronculaires
du coût de la chirurgie.
le bénéfice à long
terme de l'une ou de l'autre thérapeutique
est identique en terme de survie,
en termes
de mortalité à long terme,
la chirurgie a été montré
supérieure à l'angioplastie
chez les diabétiques dans un essai
thérapeutique randomisé comparant
ces deux techniques (BARI).
par contre, la qualité de vie dans
le groupe chirurgical est estimé
généralement meilleure, du
fait que dans le groupe angioplastie il
est fréquemment nécessaire
de reprendre les malades une à plusieurs
fois pour traiter une resténose.
Cette notion
sera très certainement remise en
cause par l’utilisation des prothèses
endovasculaires actives. Des essais sont
en cours comparant chirurgie et endoprothèse
active chez des sujets multi-tronculaires
et chez les diabétiques. Ils devraient
vraisemblablement conclure à une
efficacité identique pour les deux
méthodes.
A ce jour, on peut
donc conclure à l'efficacité
équivalente des deux techniques en
terme de survie mais peut être pas
en terme de qualité de vie.
3.6 - Traitement
du terrain :
La
correction des facteurs de risque est obligatoire,
tabagisme, obésité, diabète,
sédentarité.
En outre il est devenu obligatoire de traiter
l'hypercholestérolémie. Les
statines sont obligatoires (voir paragraphes
précédents).
3.7 - Conclusion :
Au total, que
le patient ait été revascularisé
ou non, l’ordonnance à long
terme doit comporter obligatoirement :
Un anti-plaquettaire (aspirine ou clopidogrel)
;
Un béta-bloqueur et/ou inhibiteur
calcique, particulièrement chez les
sujets avec antécédents d’infarctus,
et/ou demeurant symptomatiques ;
Une statine ;
Un inhibiteur de l’enzyme de conversion
qui ne peut être que Ramipril ou Perindopril,
puisque l’efficacité a été
démontrée avec seulement ces
deux médicaments (pas d’effet
classe).
Angine
de Poitrine – ce qu’il faut
retenir
1. L’angine
de poitrine chronique
est la conséquence d’un athérome
tronculaire oblitérant des artères
coronaires, responsable d’ischémie
myocardique et de douleurs thoraciques caractéristiques
d’angor, déclenchées
par l’effort. L’angine de poitrine
chronique résulte d’un déséquilibre
entre apports et besoins en oxygène
du myocarde au cours de l’effort.
2. L’angine
de poitrine chronique est à différencier
fondamentalement de l’angine
de poitrine fonctionnelle, qui peut
s’observer en l’absence d’athérome
tronculaire coronaire oblitérant
lors de valvulopathies (rétrécissement
aortique, insuffisance aortique) et certaines
cardiomyopathies, (cardiomyopathie obstructive).
3.
Cette pathologie est fréquente,
débute à l’âge
mûr et augmente progressivement en
fréquence avec l’âge.
Elle peut être la première
manifestation de l’insuffisance coronarienne,
mais elle peut également survenir
dans les suites d’une autre manifestation
d’insuffisance coronarienne (infarctus)
et même après revascularisation
myocardique.
4.
Les facteurs de risque de l’angine
de poitrine sont ceux communs à toutes
les formes d’athérosclérose.
5.
La douleur angineuse, seul signe fonctionnel,
est le plus souvent caractéristique
et facile à reconnaître. Toutefois,
il existe des formes douloureuses atypiques
et des formes indolores (ischémique
myocardique silencieuse).
6.
L’examen somatique d’un
sujet souffrant d’angine de poitrine
chronique est souvent très pauvre,
parfois complètement négatif.
La présence d’un souffle systolique
ou diastolique témoigne très
vraisemblablement d’une angine de
poitrine fonctionnelle nécessitant
une approche thérapeutique spécifique.
7.
L’électrocardiogramme de repos
est peu performant pour le diagnostic de
la maladie. Il montre parfois dès
les premières manifestations angineuses
des complications de la maladie coronaire
comme un infarctus du myocarde passé
inaperçu.
8.
Les épreuves non invasives,
épreuve d’effort classique,
scintigraphie myocardique à l’effort
ou après épreuve pharmacologique,
échographie de stress, permettent
d’établir le diagnostic d’ischémie
myocardique à l’effort, mais
la sensibilité et la spécificité,
et les valeurs prédictives positive
et négative de ces examens sont imparfaites.
Tous ces examens sont opérateurs-dépendants.
9.
Dans le futur, le diagnostic d’athérome
tronculaire oblitérant pourrait être
établi par imagerie non invasive
des artères coronaires par tomographie
en coupes multiples synchronisée
à l’électrocardiogramme
(pas encore de pratique clinique de routine).
10.
Seule la coronarographie permet d’avoir
une idée exacte du nombre, des caractéristiques
et de la topographie des lésions
et dans le même temps, d’évaluer
la fonction du ventricule gauche.
11.
Le traitement médical comporte
quatre classes pharmacologiques, anti-plaquettaires
(aspirine, clopidogrel) ; beta-bloqueurs,
particulièrement dans le post-infarctus
; statines ; inhibiteurs de l’enzyme
de conversion (ramipril ou perindopril).
D’autres anti-angineux sont disponibles,
les dérivés nitrés
et autres donneurs de NO, les inhibiteurs
calciques, les facilitateurs des canaux
potassiques, la trimétazidine, la
ranolazine et l’ivabradine. Les mesures
hygiéno-diététiques
(suppression du tabac, reprise de l’activité
physique, correction du surpoids) et la
correction des facteurs de risque sont des
composantes capitales du traitement.
12.
L’angioplastie percutanée des
artères coronaires avec ou
sans prothèse endovasculaire permet
d’améliorer la situation fonctionnelle
des patients souffrant d’angine de
poitrine chronique
stable. Il n’a jamais été
démontré qu’elle permettait
d’en modifier le pronostic vital.
13.
La chirurgie de revascularisation
est proposée chez les sujets dont
le réseau est impropre à une
revascularisation percutanée. Elle
est particulièrement indiquée
chez les sujets avec lésions du tronc
commun de la coronaire gauche, lésions
des trois vaisseaux coronaires, avec altération
de la fonction ventriculaire gauche. Dans
toutes ces circonstances, elle améliore
le pronostic vital. L’amélioration
du pronostic vital est moins claire pour
les sujets revascularisés sur des
lésions de moindre diffusion. |