Avec l'électrocardiogramme,
les explorations hémodynamiques et, à un degré
moindre, angiographiques du coeur sont les
plus anciennement utilisées.
Elles ont connu un développement considérable
jusqu'à la fin des années 1970 date à laquelle
l'échocardiographie a pris progressivement
le pas sur les méthodes hémodynamiques et
surtout angiographiques, particulièrement
dans certains types de pathologie, cardiopathies
congénitales et valvulopathies.
Désormais, les explorations hémodynamiques
et angiographiques sont moins souvent justifiées
dans ce type de pathologie. Par contre, dans
d'autres types de pathologies comme les cardiopathies
ischémiques, les explorations hémodynamiques
et angiographiques voient leurs indications
croître régulièrement en raison des possibilités
diagnostiques qu'elles offrent et surtout
en raison des possibilités thérapeutiques
représentées par l'angioplastie des artères
coronaires et les interventions sur les orifices
valvulaires (valvuloplastie, remplacement
valvulaire percutanée).
CONDITIONS
DE L'EXAMEN
- Les explorations hémodynamiques
et angiographiques sauf exception
se réalisent chez un malade éveillé soumis
à une sédation légère par voie orale quelque
temps avant l'examen ou par voie veineuse
immédiatement avant l'examen.
Il n'y a que dans les cas exceptionnels
qu'une anesthésie générale est nécessaire
(malade particulièrement pusillanime,
enfant en bas âge ou débile léger).
Il n'est pas nécessaire d'être à jeun.
- Les abords vasculaires
sont veineux ou artériels ou les deux.
Ils s'effectuent la plupart du temps par
ponction percutanée après anesthésie locale
à la xylocaïne.
- La technique utilisée est celle
de SELDINDER. Lorsque les vaisseaux
ont été ponctionnés, un système d'introducteur
à valve permet d'introduire et de
retirer autant de cathéters qu'il
est nécessaire sans avoir à
traumatiser la paroi vasculaire à
chaque passage. Il est possible
d'aborder de cette façon l'artère
fémorale, l'artère humérale, l'artère
radiale.
- Au terme de l'examen, une simple
compression d'une dizaine à une vingtaine
de minutes permet d'assurer l'hémostase
artérielle et/ou veineuse.
- Il n'y a que dans les cas exceptionnels
qu'il est nécessaire de dénuder les
vaisseaux, la plupart du temps au
niveau de la gouttière bicipitale.
- L'examen se fait sous très
légère anticoagulation pour éviter la
formation de caillots.
- La durée de l'examen est
très variable de 20 minutes à plus d'1
heure lorsque l'exploration est complexe
ou nécessite un geste thérapeutique associé.
MATERIEL
- Matériel utilisé:
La gamme des cathéters utilisable est
infinie.
Un cathéter est un tuyau de forme, de
taille et de rigidité variables permettant:
- la mesure des pressions.
- l'injection de produit de contraste.
- la mesure du débile cardiaque.
- le traitement de certaines pathologies,
cathéters à ballon pour
angioplastie et valvuloplastie.
- cathéter électrode
pour le recueil des signaux électriques
et physiologiques.
- cathéter multi-électrode
pour ablation entre autres des
voies accessoires par radio-fréquence.
- Le recueil des signaux physiologiques
nécessite:
- des capteurs de pression soit
externes reliés à un cathéter rempli
de liquide, soit disposés à
l'extrémité du cathéter pour enregistrement
de haute fidelité.
- des cathéters multi-électrodes,
pour les explorations électrophysiologiques.
Ils peuvent être placés dans différentes
cavités pour enregistrer le signal
et stimuler le coeur.
- les capteurs de signaux physiologiques
sont reliés à un appareil amplificateur
et enregistreur approprié.
- L'appareillage radiologique:

Les appareillages radiologiques permettent
de suivre la migration des cathéters
dans les cavités cardiaques, de
contrôler le déroulement
de l'examen, et de conserver un document.
La manipulation des cathéters est
effectuée sous scopie numérique
avec de faibles doses de rayons X. La
saisie des séquences aux fins de
visualisation et d'archivage se fait sous
radio-cinéma à une cadence
de prise de vue et 12 ½ à
25 images par seconde. Ces séquences
délivrent un rayonnement beaucoup
plus important, de l'ordre de 50 fois
supérieur à celui délivré
par la scopie.
Les appareillages radiologiques produisent
désormais des images numériques
dont la conservation est effectuée
sur CD-Rom ou mieux, sur système
de conservation longue durée type
bande magnétique numérique.
La conservation sur un support de ce type
permet d'avoir en ligne la conservation
des documents sur une période de
temps pratiquement illimitée. La
consultation des documents peut donc s'effectuer
par l'intermédiaire d'un réseau
de fibre optique à haut débit
et d'un logiciel approprié à
partir d'ordinateurs personnels dont la
diffusion n'a pas de limites physiques.
En d'autres termes, les anciens systèmes
analogiques de conservation des documents,
fastidieux dans leur utilisation pour
le long terme, ont fait place à
une technologie numérique moderne,
beaucoup plus souple et beaucoup plus
efficace d'utilisation.
- Les produits de contraste:
Les produits de contraste utilisés
sont désormais non ioniques ou
très faiblement ioniques de sorte
que l'inconfort procuré par l'injection
est très réduit. Le patient
ressent une bouffée de chaleur
peu intense et fugace au cours des injections
dans les cavités cardiaques.
Des effets secondaires peuvent s'observer
:
- vomissement au moment de la première
injection.
- réaction allergique mineure
au terme de l'examen sous forme d'éruption
cutanée régressive en
quelques heures
- le choc anaphylactique est rarissime,
1 pour 1000 examens. Il nécessite
l'injection d'adrénaline intraveineuse
pour sa correction.
COMPLICATIONS
- L'infection est rare,
1% des cas. Le plus souvent, il s'agit
d' une bactériémie qui s'observe
après un examen particulièrement
prolongé
- Complications locales vasculaires:
Hématome au point de ponction artérielle
chez un malade soumis à un traitement
anticoagulant. Il s'agit d'une complication
assez fréquente de l'ordre de 1
à 2 % des cas, surtout après
angioplastie coronaire. Une réparation
chirurgicale est parfois nécessaire.
- Embolie périphérique:
- Il s'agit d'une complication peu
fréquente de l'ordre de 1 pour
1000 examens.
- Elle est parfois cérébrale
ou plus rarement dans un autre territoire
vasculaire (cliniquement moins expressif).
L'embolie peut être de nature
cruorique, gazeuse ou de matériel
athéromateux.
- Il peut s'agir d'une faute technique.
Le plus souvent, il s'agit d'une complication
inhérente à la technique
de cathétérisme. La
migration des cathéters dans
des vaisseaux particulièrement
athéromateux n'est pas toujours
anodine. Les plaques athéromateuses
peuvent se décoller et migrer.
- Les embolies gazeuses sont toujours
régressives. Les embolies cruoriques
ou athéromateuses peuvent donner
des séquelles définitives.
- Ì Enfin, les embolies de
cristaux de cholestérol peuvent
donner des acrosyndromes avec oblitération
vasculaire très périphérique
au niveau des orteils mais également
des reins qui peuvent être définitives.
Il s'agit d'une complication exceptionnelle
de l'ordre de 0,2 pour 1000.
- L'infarctus du myocarde:
Il est dû soit à une embolie
périphérique athéromateuse
soit à une embolie cruorique. Il
est très rare de l'ordre de 1 pour
1000 examens.
- Le décès:
Il est observé exceptionnellement
au cours des explorations diagnostiques.
La plupart du temps il s'agit d'une exploration
coronarienne chez un patient porteur d'une
sténose très sérrée
du tronc commun de la coronaire gauche.
La fréquence est de l'ordre de
1 pour 4000 examens.
MESURES
HEMODYNAMIQUES
Il s'agit du recueil des pressions, de
la mesure du débit cardiaque, des
oxymétries qui permettent le calcul
des résistances vasculaires, des
shunts, des gradients trans-valvulaires,
des surfaces valvulaires, et à un
degré moindre de l'état contractile
du ventricule gauche.
- Les pressions
1.1 - Elles sont mesurées
dans toutes les cavités cardiaques
oreillettes, ventricules et artères.
1.2 - A droite, on
mesure en outre, la pression capillaire
bloquée qui est assimilée
à la pression auriculaire gauche.
En effet, l'oreillette gauche ne peut
s'aborder que par cathéterisme
transseptal qui nécessite une
ponction du septum inter-auriculaire
à laquelle toutes les équipes
d'hémodynamique ne sont pas familiarisées.

1.3 - La pression de remplissage
des ventricules est importante à
connaître. C'est un signe précoce
de dysfonction ventriculaire.
- La pression de remplissage est
égale à la pression
télédiastolique du ventricule
considéré, c'est à
dire mesurée juste avant le
début de la systole ventriculaire.
- La pression moyenne de la cavité
d'amont, c'est à dire l'oreillette
droite pour le ventricule droit, l'oreillette
gauche ou le capillaire pour le ventricule
gauche est souvent assimilée
à la pression de remplissage
ventriculaire.
- De plus, la pression diastolique
dans l'artère pulmonaire est
assimilée à la pression
de remplissage ventriculaire gauche.
En effet, pendant la diastole, l'écoulement
sanguin ne rencontre pas d'obstacle
entre artère pulmonaire, capillaire
pulmonaire, oreillette gauche et ventricule
gauche. Il y a physiologiquement
égalité de pression entre
ces quatre cavités en fin de
diastole.
Le recueil des
pressions de remplissage du ventricule
gauche pourra donc s'effectuer indifféremment
par la mesure de l'une de ces quatre
cavités. En pratique usuelle,
l'artère pulmonaire et le capillaire
permettent cette appréciation
sans qu'il soit besoin de réaliser
un cathéterisme gauche. C'est
utilisé pour le monitoring en
réanimation.
-
Le débit
cardiaque est mesuré
par le principe de Fick et/ou le principe
de Stewart Hamilton. Actuellement c'est
ce dernier sous forme de thermodilution
qui est le plus utilisé
-
Le calcul
des gradients valvulaires nécessite
l'enregistrement simultané des
pressions de part et d'autre des orifices
sténosés. OG-VG ou capillaire-VG
pour la mitrale, VG-aorte pour l'orifice
aortique. Le calcul des surfaces valvulaires
fait appel à la formule de Gorlin

-
Les oxymétries étagées
permettent le calcul des shunts intra-cardiaques.
-
L'oxymétrie dans l'artère
pulmonaire et dans l'aorte
permet de calculer la différence
artério-veineuse, reflet du débit
cardiaque. La désaturation artérielle
dans l'artère pulmonaire est
le premier signe de l'insuffisance circulatoire
de repos qui va donc élargir
la différence artério-veineuse,
c'est à dire la différence
de contenu en oxygène du sang
entre l'artère pulmonaire et
l'artère périphérique.
- Enfin, l'analyse des courbes
de pression ventriculaire permet
le calcul des indices d'état contractile
ventriculaire gauche comme la dp\dt et
la Vmax actuellement tombés en
désuétude car difficiles
à analyser de façon fiable
et peu représentatifs de l'état
contractile..
ANGIOGRAPHIE
Toutes les cavités cardiaques peuvent
être angiographiées:
- oreillette droite
- ventricule droit
- artère pulmonaire
- oreillette gauche
- ventricule gauche
- aorte
- coronaires
- Ventricule gauche
En pratique, c'est surtout le ventricule
gauche qui fait l'objet de la plus grande
attention. La ventriculographie permet
de calculer :
- les volumes ventriculaires (volume
télédiastoliques VTD,
volume télésystolique
VTS)
- la fraction d'éjection qui
est un reflet global mais assez précis
de la qualité contractile du
ventricule gauche
|
FEVG =
fraction d'éjection ventriculaire
gauche
VTD = volume télédiastolique
ventriculaire gauche
VTS = volume télésystolique |
|
|
- le cinétique segmentaire
du ventricule gauche.
- L'angiographie ventriculaire gauche
est peu informative en cas de sténose
valvulaire.
- Par contre, elle est très informative
en cas de régurgitation valvulaire
mitrale qui nécessite une angiographie
ventriculaire gauche, et aortique
qui nécessite une angiographie sus-sigmoïdienne.
Il est possible de quantifier le degré
de régurgitation valvulaire par cette
méthode.

-
L'injection dans l'aorte
permet de dépister et quantifier
la fuite valvulaire aortique. Elle permet
d'objectiver une pathologie aortique,
dissection, anévrysme...
-
Enfin, l'injection dans l'artère
pulmonaire n'a d'autre intérêt
que d'affirmer ou d'infirmer le diagnostic
d'embolie pulmonaire.
-
Coronarographies
La coronarographie sélective
permet :
- de préciser l'anatomie du
réseau coronaire
- de préciser la présence
ou l'absence de sténoses organiques,
leur siège, leur topographie
et leur diffusion
- de préciser la présence
ou l'absence de spasme coronaire.
La coronarographie ne permet
pas de mesurer le débit coronaire
ni les résistances coronaires.
-
Autres méthodes de mesure
Les méthodes hémodynamiques
classiques et l'angiographie conventionnelle
ne donnent pas accès à
toutes les informations recherchées
par le clinicien. En particulier, en
matière de maladie coronaire,
il n'est pas toujours aisé de
déterminer si une sténose
coronaire vue en angiographie est réellement
hémydynamiquement significative,
c'est à dire capable de limiter
le flux coronaire à l'effort,
ou en dehors de l'effort.
En pratique, des méthodes sont
en cours de développement destinées
à introduire la mesure de variables
hémodynamiques au sein du réseau
coronaire pour répondre à
ce type de question. En pratique, deux
mesures sont utilisées:
- Doppler intracoronaire.
Dans ce cas particulier, un transducteur
Doppler est monté à
l'extrémité d'un cathéter.
Il permet de mesurer les vitesses
circulatoires à l'intérieur
des artères coronaires et leurs
variations sous l'effet d'une vasodilatation
induite par l'adénosine
- La mesure de pression intracoronaire.
Ces méthodes sont en train
de passer dans la pratique clinique
de routine. C’est surtout le
cas de la mesure de pression intra-coronaire.
Avec cette méthode, il est
désormais possible de dire
si une lésion a une conséquence
hémodynamique ou non. L’évolution
à long terme des patients chez
qui ce genre de mesure a été
effectuée confirme le bien-fondé
de la méthode.

- Imagerie ultrasonore intra-
coronaire .
L'imagerie ultrasonore intra-coronaire
est rendue possible grâce à
la fabrication de cathéters
de très petit calibre munis
de transducteurs ultrasonores à
leur extrémité. Ils
permettent d'analyser l'anatomie de
l'artère coronaire et en particulier
les trois tuniques. Les images sont
des coupes d'artère coronaire.
La réalisation d'une multitude
d'images permet la reconstruction
tri-dimensionnelle du vaisseau.
Il ne s'agit pas d'une méthodologie
de routine. Elle est utilisée
essentiellement en recherche clinique
sur la structure des vaisseaux,
composition des plaques athéroscléreuses,
vérification de la qualité
des gestes de cathétérisme
interventionnel.

ACTES THERAPEUTIQUES
DERIVES DE L'EXPLORATION HEMODYNAMIQUE ET
ANGIOGRAPHIQUE
- angioplastie des artères coronaires
(cf. chapitre angine de poitrine à l'effort)
- valvuloplastie des orifices valvulaires
sténosés (cf.
chapitre sur rétrécissement mitral)
- Autres interventions valvulaires en
cours de développement et de validation
(remplacement percutané de l’orifice
valvulaire aortique).
TABLEAU DES VALEURS NORMALES RECUEILLIES
EN HEMODYNAMIQUE
| |
PRESSIONS
mmHg |
SATUR.
% |
Hb
g% |
|
OD (a,v,moy) |
moy.0 |
|
|
|
VD (sys,dia,téléd) |
25/0/+2
|
|
|
|
AP (sys,dia,moy) |
25/10/moy.15
|
70 |
15 |
|
Cap (a,v,moy) |
moy.10 |
|
|
| OG
(a,v,moy) |
moy.10
|
|
|
|
VG (sys,protod,téléd)
|
120/0/+10 |
|
|
|
Ao (sys, dia, moy) |
120/60/moy.85 |
95 |
15 |
| Débit
cardiaque (l/min) |
5 à 6
|
|
Index cardiaque (l/min/m²) |
2.5 à
3.5 |
|
Index systolique (ml/m²) |
40 à
50 |
|
Différence artério-veineuse
(vol%) |
3 à 5.5
|
|
Gradient transmitral (mmHg) |
0 |
|
Gradient VG-aorte (mmHg) |
0 |
|
Volume télédiastolique
(ml/m²) |
90 |
|
Volume télésystolique
(ml/m²) |
30 |
|
Fraction d'éjection (%) |
0.66 |
|